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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 11:24

Jan Klata : « child
of the revolution ! »


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Après « Transfer ! », présenté le mois passé dans le cadre du Festival d’automne à la Maison des arts de Créteil, le tonitruant Polonais Jan Klata monte « l’Affaire Danton ». Musique rock, acteurs à casser la baraque de la M.A.C. et mise en scène détonante ne suffisent étonnamment pas à maintenir l’attention.

Jan Klata est un habitué des coups de théâtre qui refont l’histoire. Déjà bien connu (et décrié) en Pologne, il a présenté Transfer ! à Lille cette année, où il traite du rapport entre Allemands et Polonais durant la Seconde Guerre mondiale, et revient aujourd’hui avec l’Affaire Danton, qui fait de la Révolution (la nôtre évidemment) le modèle de toutes les autres. À commencer par celles qui agitent son propre pays.

Né en 1973, en pleine guerre froide, dans une Pologne s’apprêtant à basculer d’un régime communiste à une société capitaliste, il a vécu vingt ans de violents changements. Une révolution moins sanglante, où l’imposant Danton a fait place aux biffetons et où la terreur capitaliste a fait pièce aux liens sociaux. C’est ici la main invisible de l’économie qui a tranché. Des tours se sont élevées ; elles côtoient aujourd’hui le palais de la Culture (beau comme un blockhaus stalinien).

Partant de cette analogie entre les différentes révolutions, Jan Klata a monté une scénographie hybride entre bidonville (des garages en tôle ondulée, des cartons et de la poussière) et Manhattan de nuit (les cartons s’illuminent lors des noirs). Des costumes à la coupe très xviiie et aux matières furieusement funky (avec son gilet orange, sa redingote bleue brillante et sa culotte en velours fuschia, Danton joue le disco boy), des perruques poudrées (et laquées !) donnent à ces jacobins et montagnards un petit air soixante-huitard qu’entretiennent les airs rock qui choquent.

« l’Affaire Danton » | © Maz Bartosz

Scène première qui s’expose avec Placebo en B.O. et son Requiem for a Jerk, ironique chanson qui dit « Listen to the organ that I play for you / Since you got no choice, hear me through / You look as if you like it, but you seem reserved / It’s my requiem, for a jerk / I wrote it in the bath, on my breakfast tray / Cut my appetite for the day » * alors que l’on découvre un merveilleux Saint-Just dansant autour d’un Marat déjà plongé dans sa mythique baignoire, et déjà mort. Toutes les musiques sont du même (bon) goût. Bon ne convient qu’à moitié puisque l’esthétique revendiquée va de la série Z tendance kitsch à la peinture de David, d’une Étude révolutionnaire de Chopin à Children of the Revolution des T-Rex. En guise de guillotine ? Des tronçonneuses !

La pièce n’est pas historique (c’est dit) : elle fait de la révolution un motif qui contient des tensions et des sentiments communs, où les bassesses, l’argent, le pouvoir et le sexe le disputent à l’honneur, à la foi politique, aux idéaux (qui virent totalitaires). Chacun des excellents comédiens (formés à la bonne école : celle de Pologne) est à saluer, car tous incarnent parfaitement les grandeurs et misères de la révolution. Robespierre campe un homme noir, assez trouble et fragile, Danton un vivant fougueux débordé par ses excès, Desmoulins un néoromantique déchiré par des passions contradictoires… Tous chantent, dansent, sautent, pirouettent avec un plaisir partagé.

Des longueurs dans le jeu comme dans la dramaturgie brident cependant l’allant de l’ensemble. Des scènes qui se répètent à la toute fin, de l’excès plus qu’à l’envi, des poncifs aussi et une lumière lugubre desservent le talent des comédiens. Mais pouvait-on demander à celui qui se dit « l’enfant terrible » du théâtre polonais de rester dans les clous ? « Children of the revolution », criait-il déjà ! 

Cédric Enjalbert


* Écoute les orgues qui jouent pour toi / Puisque tu n’as pas le choix, écoute-moi bien / T’as l’air d’aimer ça mais tu sembles réservé / C’est mon requiem, pour un con / Je l’ai écrit dans mon bain sur mon plateau-déjeuner / Il m’a coupé l’appétit pour la journée.


L’Affaire Danton

Production Teatr Polski de Wroclaw

Texte et mise en scène : Jan Klata

Avec : Kinga Preis, Anna Ilczuk, Katarzyna Straczek, Marcin Czarnik, Wieslaw Cichy, Wojciech Ziemianski, Bartosz Porczyk, Andrzej Wilk, Marian Czercki, Edwin Petrykat, Zdzislaw Kuzniar, Miroslaw Haniszewski, Rafal Kronenberger, Michal Opalinski, Michal Mrozek

Dramaturgie : Sebastian Majewski

Décors et costumes : Mirek Kaczmarek

Chorégraphie : Macko Prusak

Lumière : Justyna Lagowska

Coordinateur de projet : Hanna Frankowska

Maison des arts de Créteil • place Salvador-Allende • 94000 Créteil

Réservations : 01 45 13 19 19

www.maccreteil.com

Du 2 au 5 décembre 2009 à 20 h 30

Durée : 2 h 45

20 € | 15 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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