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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 14:15

Le rire contagieux


Par Emmanuel Cognat

Les Trois Coups.com


Après un virevoltant « Cyrano de Bergerac » l’an dernier, la compagnie du Berger revient au Théâtre de l’Épée-de-Bois présenter du 4 au 23 février sous la direction d’Olivier Mellor un « Knock » détonant, admirablement servi par une troupe de comédiens survitaminés.

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« Knock ou le Triomphe de la médecine » | © Karine Thénard

Qui ne possède pas dans sa bibliothèque un vieil exemplaire poussiéreux du fameux texte de Jules Romains ? Qui peut prétendre n’avoir jamais interpellé quiconque par un « ça vous chatouille ou ça vous gratouille » ? Knock est de ces classiques qui, à force de l’être, finiraient presque par nous paraître lointains, usés. Vidés de leur sens. Pour dire les choses franchement, dépourvus d’intérêt.

En désaccord complet avec ce constat tacite que seule une méconnaissance profonde de l’œuvre peut justifier, Olivier Mellor et sa troupe, dont l’impressionnante énergie nous avait déjà enchantés par le passé (1), se sont attelés à réhabiliter le texte de Romains. Refusant le terme de « dépoussiérage », ils ne bouderont probablement pas celui de « recréation » (récréative ?), ou mieux encore celui de « réanimation » qui aurait été si cher au Dr Knock.

Le triomphe de la vie

Car sur scène, c’est bien, avant même Knock ou la médecine, la vie qui triomphe. Qu’on l’appelle farce, comédie, cabotinage ou tout simplement énergie, c’est une force joyeuse et vivante que mettent au service des bons mots de Romains tous les comédiens de la troupe, sans la moindre exception. Le verbe clair et le geste précis, ils déclament bien haut un texte respecté à la lettre, tout en adoptant un jeu très actuel, que souligne parfaitement un décor résolument contemporain. Créant un décalage salutaire et vivifiant, auquel font écho les interludes chantés, véritables créations musicales, autant que théâtrales, qui accompagnent agréablement les changements de décor.

Certes, le parti pris du décalage amène parfois la pièce à flirter avec l’incongru. On a ainsi du mal à trouver une justification à l’arrivée des patients pour la consultation gratuite de Knock en auto tamponneuse guidée par un gorille humanoïde, ou à la manière étrangement sensuelle avec laquelle le docteur accueille le pharmacien Mousquet lors de leur première entrevue. Mais ces bizarreries sont complètement assumées par des comédiens de qualité, si bien qu’on les oublie rapidement pour ne voir que le talent déployé sur scène. Celui de Stephen Szekely, Knock omniprésent mais juste d’une extrémité à l’autre de la pièce, inspirant un temps la sympathie avant de dégager une froideur inquiétante, est le plus manifeste. Mais les « seconds » rôles ne sont pas en reste avec un Tambour de ville et un Scipion joués par Dominique Herbet avec beaucoup de rondeur ou le très bon Docteur Parpalaid, dont le rôle difficile de médecin falot écartelé entre filouterie et respect de l’art est incarné avec élégance par Rémi Pous.

« En somme, l’âge médical peut commencer. »

Mais le plus admirable de tout, c’est qu’en jouant à fond la carte de l’humour et du décalage, Olivier Mellor arrive à rendre plus sensible encore le propos de Romains. Parce qu’il fait d’une satire du monde médical quelque peu convenue le miroir d’une problématique quotidienne pour le spectateur contemporain. Car à l’heure des crises économiques, de l’hyperconsommation et du numérique à tout prix, des phrases telles que « Vous comprenez, mon ami, ce que je veux, avant tout, c'est que les gens se soignent. » ou « […] il y a un intérêt supérieur à celui de ces deux-là. […] Celui de la médecine. » (2) ne se regonflent-elles pas d’un sens profond et grave ?

C’est bien parce que, à aucun moment, les comédiens d’Olivier Mellor ne se départissent de leur gouaille et de leur plaisir d’être en scène que cette deuxième lecture s’imprime au plus profond du cœur et de l’esprit avec toute la limpidité des évidences. 

Emmanuel Cognat


(1) Voir aussi Cyrano de Bergerac, critique de Laura Plas.

(2) Les deux intérêts dont il est question sont celui du malade et celui du médecin.


Knock ou le Triomphe de la médecine, de Jules Romains

Folio Théâtre, nº 2, 1993

Compagnie du Berger • 57, rue du Paraclet • 80000 Amiens

06 32 62 97 72

Site : www.compagnieduberger.fr

Courriel : compagnie@compagnieduberger.fr

Compagnie La Lune bleue • 2, rue du Hocquet • 80190 Nesle

03 22 88 36 90

Site : www.lalunebleue.net

Courriel : cie.lalunebleue@gmail.com

Coproduction : Théâtre des Poissons à Frocourt et Comédie de Picardie à Amiens

Mise en scène : Olivier Mellor

Avec : Stephen Szekely (Knock), Rémi Pous (Docteur Parpalaid), Jean‑Christophe Binet (Bernard / un gars), Vincent Tepernowski (Jean / Mousquet / un gars), Dominique Herbet (le Tambour de ville / Scipion), Valérie Jallais (Madame Parpalaid / la Dame en noir / la Bonne), Marie‑Laure Boggio (la Dame en noir / Madame Rémy)

Musiciens : Séverin « Toskano » Jeanniard, Christine « Zef » Moreau, Olivier Mellor

Lumières : Benoît André

Son : Séverin Jeanniard, Christine Moreau

Scénographie : Valérie Jallais, Olivier Mellor, Benoît André

Construction décor : Olivier Briquet, Benoît André, Syd Etchetto, Greg Trovel

Photo, vidéos : Manuel Gomez, Eva Jallais

Chansons originales : Séverin Jeanniard, Christine Moreau, Olivier Mellor

Costumes, maquillage, coiffure : Hélène Falé

Régie plateau : Alexandrine Rollin, Greg Trovel

Cantine : Alex Douchet

Théâtre de l’Épée-de-Bois • la Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 48 08 39 74

Site du théâtre : http://www.epeedebois.com/

Métro : ligne 1, arrêt Château-de-Vincennes puis navette Cartoucherie ou bus 112, arrêt Cartoucherie

Du 4 au 23 février 2014, du mardi au samedi à 20 h 30 et le dimanche à 18 heures

Durée : 2 h 30 avec entracte

18 € | 14 € | 12 € | 10 € | 8 € | 7 €

Tournée :

– 27 et 28 février : Théâtre du Casino, Deauville (14)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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