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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct d’Avignon
L’arnaque est mon métier
Le « Knock » de Guy Simon, c’est un peu Tartuffe chez Tim Burton : un charlatan-savant fou, au cœur d’un cyclone scénique ébouriffant.
« Knock » | © Anaïs Richetta-Simon
La pièce raconte comment le Dr Knock, débarqué dans une paisible bourgade, étend sa démoniaque emprise sur une population crédule, pour faire exploser le chiffre d’affaires de son prédécesseur. La satire est virulente : contre les charlatans de tout poil, contre la crédulité d’une population par trop encline à se jeter dans les bras du premier escroc venu. Mais la mise en scène de Guy Simon fait voir encore plus que cela : la pièce devient un vibrant appel à la vigilance contre toutes les formes de dictature, tous les discours faussement séduisants qui font peur à la population pour mieux la manipuler. Car, bien sûr, le plus fort est que les habitants pensent vraiment que Knock et ses douteuses méthodes sont indispensables…
Le lavage de cerveau opéré par Knock est d’autant plus efficace que le personnage a un côté séducteur, avec sa crinière blanche et son ample costume noir, n’hésitant pas à se fendre de quelques pas de tango. Tous derrière et lui devant : l’impression est renforcée par le choix de faire porter des masques et des costumes carnavalesques à tous les personnages qui gravitent autour de Knock. C’est là la patte typique de la compagnie du Kronope, fameuse pour son style commedia dell’arte et le soin particulier qu’elle apporte aux costumes et aux masques ainsi qu’aux décors.
De fait, le décor a quasiment l’air d’un personnage à lui tout seul. Il est fait de malles et accessoires divers artistement amoncelés au centre du plateau. La moindre ouverture est utilisée pour des entrées et sorties inattendues et sans doute fort complexes à mettre en œuvre. Aucune erreur n’est permise ! Cette organisation fait ressortir deux choses : d’une part, le côté labyrinthique, caché, des manœuvres de Knock ; et d’autre part, la précision machiavélique avec laquelle son piège se met en place. Guy Simon est formidable dans ce rôle, faisant de Knock un personnage tantôt maléfique (avec l’aide d’éclairages effrayants et une bonne louchée de rires sardoniques), tantôt presque attachant : on croit parfois voir une réincarnation de Louis de Funès dans toutes les grimaces du personnage aux prises avec une patiente au babil insupportable.
Enfin, en docteur plein de bon sens qui fait pendant à Knock, Jérôme Simon est très convaincant, grâce à un très beau travail sur sa voix qui, combiné à son demi-masque, lui permet de créer une figure comique très réjouissante, et même un peu plus. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Knock, de Jules Romains
Compagnie du Kronope • 10, route de Lyon • 84000 Avignon
04 90 27 14 31
Mise en scène et adaptation : Guy Simon
Assistante à la mise en scène : Joëlle Richetta
Avec : Martine Baudry, Joëlle Richetta, Guy Simon, Jérôme Simon
Création et réalisation de masques et accessoires : Martine Baudry
Masque de M. Parpalaid : Louis-David Rama
Création et réalisation des costumes : Nicole Lamarche et Sylvie Delalez
Réalisation costumes : Laura Tavernier, assistée d’Aline Pichon
Décors : Jacques Brossier, assisté de Julie Fabre
Création musicale : Pascal Fodor
Création lumière : Jean-Claude Delacour et Damien Gandolfo
Régie : Pascal Fodor
Avec la collaboration de Tango de Arrabal, chorégraphie tango : Flabio Aguilera et Muriel Faucon
Photos : Anaïs Richetta-Simon
Fabrik’ Théâtre • 10, route de Lyon • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 47 81
Du 8 au 24 juillet 2011 à 16 h 45, jours pairs
Durée : 1 h 20
17 € | 12 € | 8 €
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