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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 18:04

Droits dans leurs bottes


Par Delphine Padovani

Les Trois Coups.com


De passage à Montpellier, Via Katlehong Dance enflamme le Théâtre Jean‑Vilar. La compagnie sud‑africaine présente un spectacle énergique en diable, construit comme un cabaret, acclamé comme un show.

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« Katlehong Cabaret » | © Annely Boucher

Avant de donner son nom à une compagnie de danse de renommée internationale fondée en 1992, Katlehong est l’un des plus importants townships d’Afrique du Sud. C’est là que les artistes du groupe ont grandi et c’est toujours là qu’ils vivent, puisant à cette source une incroyable vitalité.

Au tournant des années 2010, l’agent Damien Valette leur souffle la bonne idée du cabaret. Idéale pour créer une atmosphère conviviale et récréative, cette forme est parfaitement adaptée aux influences ainsi qu’au désir de partage qui semblent animer ces danseurs hors pair. Pour l’occasion, ils s’entourent de Siphiwe Nkosi – acteur et chanteur – et de Hlengiwe Lushaba – performeuse – à qui ils confient la direction artistique et la conception du projet. Forts de cette collaboration, ils canalisent une énergie débordante au profit d’un spectacle haut en couleur.

En une dizaine de tableaux, Katlehong Cabaret combine une chronique de la vie quotidienne avec un panorama des courants chorégraphiques populaires des xxe et xxie siècles, le tout passé au crible de la culture sud‑africaine.

Avec énormément d’humour

Le travail, l’amour ou la mort tels qu’on les conçoit à Katlehong sont dansés, chantés et joués selon des codes qui varient d’une scène à l’autre. On passe de Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly à Thriller de Michael Jackson et John Landis, sans quitter le township. Voyageant à travers les références avec énormément d’humour, on circule dans l’histoire sans se soucier de la chronologie. Du passé au présent, puis du présent au passé, les esthétiques utilisées sont traitées à fond, sans aucune économie mais avec une distance appréciable.

Ainsi, la chanteuse Nolwazi Ngidi, vêtue d’une combinaison blanche à voilettes, donne‑t‑elle de francs coups de bassin pour se faire une place parmi les hommes, dans un tableau qui n’a rien à envier aux clips les plus survoltés. Avec ses déhanchés agressifs et sa voix puissante, elle campe une diva pop, femme objet sûrement, mais femme canon : explosive. Les danseurs ne sont pas en reste pour détourner les genres, ce qu’ils prouvent dans un final irrésistible, munis de grands jupons pour interpréter le French cancan avec baskets et bermudas.

Si la troupe jongle aisément avec les styles, les rythmes et les registres, il faut en revanche quelques minutes aux spectateurs pour intégrer les changements. Au début, surtout, les transitions abruptes entre les chants traditionnels et les chorégraphies modernes, parfois calibrées pour la télévision, sont autant de signaux contradictoires. Mais de fil en aiguille, la surenchère des propositions forme un tout cohérent et très efficace. Non seulement les artistes conservent l’engagement physique et vocal des premières apparitions, mais ils enchaînent désormais les séquences en toute fluidité, d’une manière qui paraît soudain naturelle.

Les touches rouges, orange, jaunes… excitent notre regard

La réussite de ce cabaret tient aussi aux accessoires et aux costumes, qui sont à la fois ludiques et utilitaires. Une corde à linge et quelques caisses en plastique posées au sol suffisent à planter le décor, sans faire état de la misère à Katlehong. Au contraire, ces volumes colorés attirent notre attention, de même que les touches rouges, orange, jaunes, vertes et bleues des costumes dépareillés excitent notre regard. Enfin, n’oublions pas les casques et plus encore les bottes en caoutchouc, portés lors de fabuleux « gumboots » : danse des mineurs.

Dans Katlehong Cabaret, la danse s’impose en tant que moyen d’expression directe et concrète. Le public décrypte spontanément le message que les artistes martèlent avec leurs pieds. En retour, il frappe dans ses mains, de toutes ses forces. 

Delphine Padovani


Katlehong Cabaret, de Via Katlehong Dance

Via Katlehong Dance

Direction artistique : Siphiwe Nkosi

Conception : Hlengiwe Lushaba

Chorégraphie : Vusi Mdoyi

Narrateur : Siphiwe Nkosi

Chanteuse : Nolwazi Ngidi

Danseurs : Steven Faleni, Mandlenkosie Fanie, Vuyani Feni, Vusi Mdoyi, Buru Mohlabane, Thato Qofela, Xolani Qwabe

Régie générale : David Hlatshwayo

Régie plateau : Vuyani Feni

Diffusion : Damien Valette – www.jgdv.net

Spectacle coaccueilli avec Montpellier Danse

Théâtre Jean-Vilar • 155, rue de Bologne • 34080 Montpellier

Site du théâtre : http://theatrejeanvilar.montpellier.fr

Réservations : 04 67 40 41 39

Jeudi 8 et vendredi 9 novembre 2012 à 20 heures

Durée : 1 h 10

15 € | 11 € | 5 €

Tournée :

– le 13 novembre 2012 au centre culturel de l’Hermine, Sarzeau

– les 16 et 17 novembre 2012 au Théâtre de Cornouailles, Quimper

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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