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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 09:14

Maxime d’Aboville : l’humilité au service de la grandeur


Par Emmanuel Arnault

Les Trois Coups.com


Après un triomphe à Paris au Théâtre des Mathurins et une nomination au molière de la Révélation théâtrale masculine, Maxime d’Aboville présente son « Journal d’un curé de campagne » à l’espace Saint-Martial dans le Off du Festival d’Avignon 2010. Un cœur à cœur avec un interprète exceptionnel.

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« Journal d’un curé de campagne »

L’histoire de ce spectacle pourrait être un conte de fées. Ou peut-être plutôt… un miracle. Maxime d’Aboville porte en lui ce texte depuis longtemps, persuadé de sa capacité à « passer la rampe », autrement dit de sa pertinence à devenir spectacle théâtral. À peine sorti des cours de Jean-Laurent Cochet, le comédien se lance sur la petite scène d’un café littéraire du XIe arrondissement. Repéré par un producteur, ce sera très vite le saut de l’ange vers la petite salle du célèbre Théâtre des Mathurins. Le texte a trouvé son public, son public a trouvé le comédien… Maxime d’Aboville est une vraie révélation, une étoile propulsée à juste titre sur le devant de la scène.

Même si son auteur est trop souvent méconnu, ce roman achevé en 1936 par Georges Bernanos est considéré comme un des chefs-d’œuvre de notre littérature du xxe siècle. Dans ce texte, un jeune prêtre se raconte : gravement malade, mais rempli de zèle et d’une foi brûlante, il se confronte à la misère intérieure des paroissiens de son petit village d’Ambricourt. Nous assistons au combat entre sa faiblesse physique et sa force spirituelle. Son itinéraire est un chemin de croix, parsemé de joies intenses qui lui redonnent confiance en l’homme. Si ce texte a une telle puissance, c’est que « chacun peut se sentir touché et concerné par ce récit », nous dit son interprète. « Il nous parle avant tout de l’homme, de sa fragilité, de la force qui peut en naître, de la lumière. C’est d’abord parce que l’homme est vulnérable qu’il est capable de charité ; et l’amour, l’espérance et la joie n’en sont jamais très éloignés. »

Sur scène, rien, ou rien que l’indispensable : un bureau, une bougie, un prie-Dieu, un crucifix. Et un comédien. Et quel comédien ! Rarement l’incarnation théâtrale aura été aussi palpable, aussi parfaite. Avec lui, le texte devient chair, vie, combat. Sa gestuelle extrêmement lente et maîtrisée, son port impeccable de la soutane, la flamme de son combat intérieur… Il est le curé d’Ambricourt. L’extraordinaire puissance de son regard semble capable de sonder toutes les âmes jusque dans leurs replis les plus obscurs. Il a une façon très peu banale de ne quasiment pas bouger les lèvres, de ne s’encombrer d’aucune expression de visage illustrative. De la sorte, il nous captive. Et sa diction est parfaite. Dans les dialogues, il glisse d’un personnage à l’autre par une minuscule inflexion de voix, un frémissement de la lèvre supérieure… Et cette technique est admirablement maîtrisée, on est admiratif, on y croit, on le suit. La force de son regard nous transperce, les mots sortant de sa bouche sont comme autant de fils d’or qui viennent doucement jusqu’à nous, nous entourent, et viennent serrer petit à petit notre cœur. Et cette relation directe nous touche dans notre plus profonde intimité. Ainsi, les murs du théâtre sont poussés et volent en éclats. Nous sommes avec lui, à sa suite, sur les chemins boueux de ce petit village du Nord. À peiner comme lui. À espérer… comme lui. Et à murmurer finalement, avec lui : « Tout est grâce… ».

Voilà une expérience humaine et spirituelle rare au théâtre, un spectacle remarquable et remarqué, qui ouvre grand à Maxime d’Aboville les portes d’une belle carrière, tant Bernanos n’aurait pu rêver meilleur interprète pour son texte. Les Trois Coups, assurément, le suivront dorénavant de près. 

Emmanuel Arnault


Journal d’un curé de campagne, de Georges Bernanos

Adaptation et interprétation : Maxime d’Aboville

Aide à la mise en scène : Guillaume Bienvenu et Alain Pochet

Lumières : Pascal Le Friec

Production : Pierre Bonnier (Canal 33) et Pierre Beffeyte (Scène & Public)

Espace Saint-Martial • 2, rue Henri-Fabre • 84000 Avignon

Réservations : 06 86 42 03 98

Du 8 au 31 juillet 2010 à 10 h 45

Durée : 1 h 10

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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