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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 17:38

Joris Mathieu est-il un ogre ?


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


À peine nommé à la tête du Théâtre Les Ateliers, Joris Mathieu vient de « prendre » le dernier C.D.N. consacré au jeune public, le Théâtre Nouvelle Génération.

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Joris Mathieu | © Nicolas Boudier

Excès d’appétit ? Inconscience ? En réalité, avec son timbre doux et son regard ouvert, Joris Mathieu ne correspond pas vraiment à l’image d’un ogre qui s’apprête à gober un théâtre pour les petits enfants. Mais derrière son apparence lunaire, on a vite fait de découvrir une personnalité qui possède à la fois les pieds sur terre, le goût de l’aventure et l’art de la synthèse. Toutes qualités qui vont lui être fort utiles…

Car c’est sur les mérites de son projet englobant les deux lieux et tous les types de publics qu’il a été choisi. Relire à cet égard le portrait qu’en avait fait Michel Dieuaide le 21 juin dernier dans les Trois Coups est fort révélateur. Notre collègue disait alors : « Joris Mathieu a en ligne de mire la possibilité de réunir autour d’un esprit de résistance de nouvelles générations de spectateurs, enfants compris. ».

En fait, la direction des Ateliers, pour prestigieuse qu’elle fût – le nom du lieu est attaché historiquement à la découverte d’écritures et de formes contemporaines et européennes –, cachait aussi un cadeau empoisonné : quasiment privée de subventions, la S.C.O.P. marchait lentement mais sûrement vers sa fermeture définitive. En y agrégeant le budget du T.N.G., en faisant des économies sur le poste de son directeur notamment, Joris Mathieu entend bien avoir les moyens et la place pour travailler. Mais avec la volonté de conserver le personnel des Ateliers. « Il y aura un seul théâtre avec un directeur unique, une seule communication et un seul directeur technique, beaucoup de choses vont se mutualiser et cela devrait nous permettre de réinvestir entre 100 000 € et 150 000 € dans l’artistique. L’existence de salles de tailles différentes, c’est pour nous la possibilité de recevoir des petites formes, d’avoir plusieurs salles de répétition. »

C’est donc cette fusion des deux structures qui eut l’heur de plaire aux financeurs, d’autant que le projet artistique ne manque pas d’envergure et d’originalité.

Un théâtre de la régénération ?

Pour commencer, le nouveau directeur aime travailler en équipe et amène avec lui quelques-uns de ses fidèles compagnons de route qu’il propulse au rang d’artistes associés, voire de directeurs adjoints. C’est le cas, par exemple, de Phia Ménard [ici et ici], venue du cirque, de Chiara Guidi cocréatrice avec Castellucci du merveilleux Buchettino, ou encore de Céline Le Roux, fondatrice du festival des arts immersifs Micro-mondes qui deviendra Biennale en quinconce avec un son petit frère, à naître, qui s’appellera Nos futurs. Celui-ci recevra des créations de toute l’Europe, dont il parcourra les imaginaires.

L’imaginaire, ou plutôt les imaginaires sont au cœur du projet artistique de ce nouveau théâtre dont l’ambition ne saurait se limiter aux seules images, fussent-elles numériques. « Dans ma pratique d’artiste, explique Joris Mathieu, le numérique augmente ma palette d’outils, ce n’est ni un but incontournable en soi, ni un gadget donnant l’illusion de la contemporanéité. Le théâtre a toujours évolué avec les époques et leurs technologies. Il est le miroir du monde. Pour moi, l’art de la scénographie consiste à inventer des usages poétiques de ces nouvelles techniques. Cela fait partie de la magie théâtrale. »

Cette perspective rejoint la préoccupation des jeunes spectateurs. Joris Mathieu n’est pas en territoire inconnu avec eux (rappelons qu’il fut accueilli à ses débuts au Théâtre des Jeunes-Années, père du T.N.G.). Désireux de leur transmettre un héritage, il est soucieux de s’adresser à ces générations de digital natives, grandes consommatrices d’images mais rétives à l’utilisation poétique que nous en faisons. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de créer un langage spécifique pour ce public, mais de les accompagner dans un partage de curiosités. Je vais, à travers des ateliers notamment, mettre en place un programme de développement du regard qui touchera tous les domaines artistiques. En ayant soin de faire en sorte que ces jeunes spectateurs trouvent dans ce qu’on leur propose une chambre d’écho à leurs propres imaginaires. » 

Trina Mounier


T.N.G. • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

04 72 53 15 15

www.tng-lyon.fr

Théâtre Les Ateliers • 5, rue du Petit-David • 69002 Lyon

04 78 37 46 30

http://t-la.org/

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Publié par Les Trois Coups - dans Rhône-Alpes | 2014-2015
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