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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 16:49

Démo de mots


Par Bénédicte Soula

Les Trois Coups.com


Marc Fauroux, metteur en scène de « Jongleurs de mots » et chef de file de la Cie Paradis-Éprouvette, s’est donné depuis quelques années déjà une mission d’intérêt public : faire « passer » les mots, utiliser l’oralité pour dégourdir la lecture, ou si je peux me permettre un dernier slogan, ouvrir la voie des mots par la voix… Oyez !

jongleurs-de-motsPetit, Marc Fauroux ne lisait pas. « J’ai mal appris à lire » confiait-il récemment dans la presse. On pense immédiatement à Daniel Pennac, auteur sincère de Chagrins d’école. L’un était pourtant fils d’instituteur, l’autre fils de polytechnicien et lui-même instituteur… Par un drôle de coup du sort, c’est la même année que les deux hommes ont pris symboliquement leur revanche (même si dans les faits, ils avaient depuis longtemps fait la nique au destin). 2007 : Marc Fauroux est convoqué pour participer au jury du prix Inter (un prix d’ailleurs obtenu en 1990 par Daniel Pennac) tandis que le père de Monsieur Malaussène remporte le Renaudot. Moralité : tous les chemins mènent au livre, même les chemins de traverse…

Et justement… La nouvelle création de Marc Fauroux, Jongleurs de mots, ne dit pas autre chose. Mieux, elle hisse le livre sur le pavois, le met en scène comme un héros olympien. Tout sur scène participe à sa gloire : décors, costumes et accessoires achromes ne sont que papier plié, collé, froissé, tendu, découpé et assemblé. Papier cousu, papier sculpté, papier d’origami, papier broché… À l’heure où le livre numérique essaie de s’attacher  à tout prix les faveurs des médias, cette ode au blanc papier est frondeuse, nostalgique et salvatrice.

Dans cet écrin blanc se déploie tout un univers scénique, où l’atome est mot. À travers des saynètes, plus ou moins jouées, plus ou moins chantées, le mot se colle partout, s’agrippe aux chevelures des dames, se cache dans les plis des robes, se tapit au fond des poches de pantalon. Sous les jeux de lumière, il murît au soleil, se gorge d’eau de pluie. L’ensemble n’est que tableau impressionniste créé pour l’oreille : chaque point de couleur est un vocable, collé aux autres pour donner l’illusion d’une histoire, drôle, tragique, émouvante ou déconcertante.

Exercices de style et expérimentations oulipiennes, les comédiens-lecteurs s’en donnent à cœur joie. Ça anagramme, ça contrepète, ça onomatope, ça néofrancise, ça parodie, ça emprunte, cite, s’approprie. Ici, la poésie d’Andrée Chédid, là celle de Boris Vian. Ici, Philippe Soupault, là Alain Bosquet.

Parmi les histoires extraites de la littérature jeunesse, Bou et les Trois Zours est un petit diamant stylistique à faire pâlir le fantôme de Raymond Queneau. Signé Elsa Valentin, et lu perfecto par Catherine Vansicotte, voilà bien longtemps qu’on n’a pas ainsi« botté le train au langage ». Pépite aussi, le Petit Cépou de Pépito Matéo, qui n’est plus tout jeune aujourd’hui, mais que la minitroupe de Fauroux remet au goût du jour. C’était en 1998, et la famille Perrault jouait au Loto dans la banlieue parisienne au lieu de couper du bois dans la forêt. Citons enfin les Mots maléfiques d’Audren, mélange délicat des Roses blanches de Berthe Sylva et de la Disparition de Georges Pérec, ou encore Grobêta et Quisaitout de Coline Serreau, avatars de Vladimir et Estragon, mais sans le pessimisme beckettien… Bref, tous ces fragments de textes ont été choisis pour leur vivacité, leur virtuosité littérale et leur musicalité. Et quoi ? Rien. « C’est bath ! » conclurons-nous en citant un extrait du spectacle… 

Bénédicte Soula


Jongleurs de mots, lectures-spectacles

Compagnie Paradis-Éprouvette • 23, allée du Mâconnais • 31 Colomiers

05 34 36 90 36

www.paradis-eprouvette.com

contact@paradis-eprouvette.com

Mise en scène : Marc Fauroux

Avec : Christophe Anglade, Louise Cassagne, Marc Fauroux, Catherine Vaniscotte

Création et réalisation costumes : Kantuta (Drôle de bobines)

Graphisme : Alem Alquier

Grenier Théâtre • 14, impasse de Gramont • 31200 Toulouse

Réservations : 05 61 48 21 00

Du 15 au 17 avril 2010, à 14 h 30 et 21 heures

Durée : 1 h 20

Spectacle pour tous à partir de 8 ans

6 € | 3,50 € | 1,20 €

Prochaine étape : le Marathon des mots de Toulouse 2010

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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