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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 20:42

La jongle en partage


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Les Béarnais lui disent merci : « Jongle d’oc », de et par Vincent de Lavenère, est un hymne surprenant à sa région natale.

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« Jongle d’oc » | © Philippe Cibille

Dur, dur de parler de ce spectacle qui ne ressemble à rien de connu. Soit Vincent de Lavenère, Palois et jongleur de son état, silhouette à la fois athlétique et élancée, qui s’avance au centre d’un cercle de galets soigneusement alignés sur le plateau. Et, tout de suite, des bruits : grelots, cloches, bêlements, clapotis… Serions-nous près de quelque gave pyrénéen ? Oui, mais bien plus encore…

Le spectacle est court (cinquante-cinq minutes) mais foisonnant. On venait pour voir, on est surpris de tant entendre. Laurent Maza réalise une création sonore tout en nuances, non pas illustrative mais s’adressant à l’imaginaire de chaque spectateur. Certes, quelques séquences traînent un peu en longueur, comme celle au cours de laquelle un moustique s’invite sur le plateau ou celle où Vincent (appelons-le ainsi) croque benoîtement une pomme, abrité par ses chères cloches. Encore que ce moment soit suivi d’un autre à la beauté féerique, quand les seules lumières proviennent des galets eux-mêmes et des balles lancées dans les airs.

Mais, beaucoup plus important, voilà un authentique créateur, qui ose les mélanges les plus improbables sans complexes : le Béarn et le Laos, les cloches de montagne et les gongs asiatiques, la jonglerie mêlée au chant, à la musique, un chistera qui s’invite dans la danse… Oui, dans la danse : car l’art de Vincent de Lavenère s’apparente autant à l’art chorégraphique qu’à celui du cirque. Le tout dégage une grâce touchante. Pourquoi tout cela fait-il sens ?

Un rapport au monde en train de se réinventer ?

En fait, ce voyage est un retour aux sources, un parcours initiatique. L’aire de jeu en forme de cercle suggère d’ailleurs un espace rituel. Et si cette façon d’utiliser les balles et autres accessoires exprimait un rapport au monde en train de se réinventer ? Un rapport constitué de paradoxes et de fragilité. Un rapport très humble, en somme… Ces balles qui voltigent en tous sens ne sont-elles pas une tentative belle et vaine à la fois, éminemment humaine, de s’élever un peu vers les étoiles ? Mais ce jeu, ce plaisir du beau geste pour lui-même, suggère non pas le défi athlétique lancé au ciel et aux lois de la pesanteur, mais une image de notre condition. Qui aurait à la fois à voir avec la maîtrise et l’incertitude, le durable, voire le pénible, et l’éphémère, qui inclurait l’audace et l’acceptation de l’échec – une balle peut tomber. Quelque chose de créatif, ludique, sensuel et réfléchi en même temps.

On peut ne pas être à chaque instant convaincu par ce spectacle. En tout cas restent des images et des sons magiques et surtout le plaisir vif, indéniable, d’avoir rencontré un univers unique, complètement original. Une réussite, pour celui qui, à 39 ans, pense atteindre une certaine maturité à la cinquantaine. Les projets de Vincent de Lavenère ? Il travaille actuellement à un Stabat mater de Vivaldi… avec des petites cloches. 

Céline Doukhan


Jongle d’oc, de Vincent de Lavenère

Compagnie Chant de balles • 2, chemin de la Grange • 91190 Gif-sur-Yvette

Diffusion/production : Véronique de Lavenère | v.delavenere@free.fr

Mise en scène et jeu : Vincent de Lavenère

Création sonore : Laurent Maza

Création lumière : Éric Fassa

Scénographie : Bruno de Lavenère

Photographies : Philippe Cibille

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91

Le 10 décembre 2010 à 20 h 30

Dates de la tournée sur : www.vincentdelavenere.com

Durée : 55 minutes

De 9 € à 30 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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