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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 18:14

Jeux risqués au Théâtre du Ranelagh…

 

Bientôt dix ans et pas une ride ! Pour « Jeux de scène », Victor Haïm avait reçu, en 2002, le molière du Meilleur Auteur dramatique vivant. Reprise très souvent, cette pièce est en ce moment la tête d’affiche du Théâtre du Ranelagh. Mais cette fois, c’est l’auteur lui-même qui enfile la casquette de metteur en scène. Avec un parti pris qui mise sur la simplicité. Trop, peut-être ?

 

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« Jeux de scène » | © Théâtre du Ranelagh

 

Tiens, le décor n’est pas installé ? Le spectateur, qui pénètre dans ce superbe théâtre, s’étonne de voir, là-bas, au fond de la scène, un amas de tables et de chaises. Par-ci, par-là, quelques accessoires faits de bric et de broc sont empilés les uns sur les autres. Sur le devant, une table et deux chaises. Ce mobilier est tout ce qu’il y a de plus commun et n’est pas fait pour aiguiser notre attention. Puis, l’arrivée de Valérie Zarouk, dans le rôle d’Hortense, ne se fait pas sur scène, mais par une porte qui communique avec l’orchestre. Elle observe la salle, ici celle du Ranelagh, pour lequel elle a raison de dire que « même sans décor, ce lieu est magique ». Elle monte ensuite sur le plateau. Côté cour, Katherine Mary (Gertrude) fait son entrée, vient à sa rencontre. Toutes les deux se sont donné rendez-vous pour répéter une pièce. Hortense est comédienne, Gertrude, auteure…

 

Mais pas si vite ! Récapitulons : on est dans une vraie salle de théâtre, avec un vrai faux auteur, une véritable comédienne, et un décor qui n’en est pas un, mais qui a tout de même été mis là. Vous ne saisissez pas tout ? Aucune importance, car derrière cette mise en abyme, Victor Haïm fait à la scène un hommage certain : en mettant à nu l’illusion, il lui restitue tout son pouvoir. Le miroir ici est parfait.

 

Toutefois, de tels choix scénographiques peuvent être dangereux, car ils impliquent que tout repose sur les épaules des deux actrices : pas de costumes spécifiques (d’ailleurs, les tenues des comédiennes sont sans intérêt) et personne n’est préposé au décor. Autre obstacle, encore plus périlleux pour les deux comédiennes : elles se déplacent peu, mais (nous précise l’auteur-metteur en scène) elles « bougent beaucoup dans leur tête ». En lisant cela, la tentation est grande de se demander si l’auteur n’a pas oublié de redonner chair sur scène à ses personnages de papier.

 

Il faut un sacré charisme

En effet, avec de tels raccourcis de la mise en scène, il faut un sacré charisme pour mener la pièce tambour battant et en faire un véritable spectacle (au sens ici de spectaculum, c’est-à-dire « tout ce qui attire »). Or notre regard n’est sollicité par aucun décor, et le jeu des deux comédiennes focalise donc toute notre attention.

 

Cette rencontre de deux femmes va se finir en crêpage de chignons. On accède d’abord à leurs pensées, à l’aide d’apartés saisis sous le vif d’un projecteur. Le truc est vieux, mais il fonctionne. Il crée une sorte d’arrêt sur images, une bulle de venin qui explose au milieu d’une conversation mondaine. Les dialogues seront de plus en plus acerbes. De sous-entendus en piques bien senties, ces deux tigresses feront éclater au grand jour leurs ressentiments. Ce ne sont pas des femelles pour rien ! Deux stars confinées en huis clos, sur une scène de théâtre, ça peut faire du bruit… D’ailleurs, quoi de plus vache que deux femmes ensemble ?

 

Les deux comédiennes incarnent leur rôle avec acidité. Si l’on peut trouver à discuter de la mise en scène, le travail et la direction d’acteurs sont remarquables. Seul problème, et que Victor Haïm n’avait certainement pas prévu : le manque de spectateurs. Samedi soir, l’orchestre était presque vide. Difficile de donner le souffle et l’énergie dont la pièce a besoin lorsqu’on joue devant un public très restreint. Du coup, les comédiennes étaient loin, très loin de leur véritable performance alors que leur talent mérite très largement d’être applaudi… 

 

Sheila Louinet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Jeux de scène, de Victor Haïm

Mise en scène : Victor Haïm

Avec : Katherine Mary et Valérie Zarouk

Décors : Jacques Brossier

Création lumière : Florent Barnaud

Théâtre du Ranelagh • 5, rue des Vignes • 75016 Paris

Réservations : 01 42 88 64 44

À partir du 10 septembre 2010, du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures, relâche les lundi et mardi

Durée : 1 h 30

32 € | 25 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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