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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Un destin édifiant
« Jérémy Fisher », de Mohamed Rouabhi, est un conte théâtralisé qui vise à faire réfléchir sur la différence et la tolérance. Y parvient-il auprès du jeune public qui semble sa cible ?
« Jérémy Fisher » | © Pierre Henry
Avant même la naissance de Jérémy, ses parents sont avertis qu’il n’est pas tout à fait comme les autres : il a les pieds et les mains palmés. Ses parents ne sont pas forcément très heureux quand on leur annonce la nouvelle, mais la joie d’avoir un enfant l’emporte sur le reste. La vie de Jérémy et de ses parents n’est pas facile pour autant, il y a l’incompréhension, voire l’hostilité, des autres et des gens prêts à exploiter cette différence. Mais, surtout, Jérémy se transforme rapidement et se sent de moins en moins à l’aise sur le sol ferme, le milieu liquide lui manque. Ses parents et lui-même devront consentir à la séparation pour que Jérémy puisse vivre sa vie, de poisson.
On voit bien le propos pédagogique, éducatif si l’on préfère, de l’auteur, qui aborde de cette façon le thème de la différence et de son acceptation, mais aussi celui des choix, des séparations et des renoncements que suppose le passage d’un enfant à l’âge adulte.
Le metteur en scène, Dany Simon, a entrepris de nous faire vivre ce conte fantastique à travers le récit rétrospectif de Jérémy. Dans un décor très simple fait de panneaux mobiles blancs, avec l’aide de projections vidéo et d’un jeu de miroirs, elle tente de traduire de façon sensible, visuelle, les épisodes que se remémore Jérémy. La pièce est ainsi constituée de sortes de sketches reliés par la parole de l’enfant-poisson : le père qui rentre de la pêche un soir de tempête, l’échographie, le représentant en aquariums, le rêve de Jérémy, etc.
Projections vidéo trop pâles
Si la scénographie, par sa simplicité même, est parfaitement adaptée à la plupart des lieux très différents qui permettent de toucher un public scolaire, elle se révèle peu adaptée à un grand théâtre tel que le centre culturel de Cesson-Sévigné. Nous étions placés dans les dix derniers rangs, et les projections vidéo, trop pâles, ne nous étaient guère visibles de même que les jeux de miroir. On regrettera aussi qu’on fasse chanter en anglais quand la majorité du public visé ne maîtrise pas les rudiments de cette langue.
Le texte de Mohamed Rouabhi est parfois bavard, et certains passages nous ont paru peu accessibles pour les plus jeunes enfants présents (huit à neuf ans). Les intentions de l’auteur et du metteur en scène se devinent clairement pour un adulte et sont fort louables. Est-ce aussi clair pour le jeune public ? Ce n’est pas certain. Certes, les enfants, très nombreux, sont restés sages à peu près jusqu’à la fin, et la plupart de ceux que nous avons interrogés (une quinzaine) déclaraient avoir bien aimé le spectacle. Le hic, c’est qu’invités à préciser ce qui leur avait plu, ils mentionnaient tous une scène caricaturale où, dans un accoutrement ridicule, un représentant de commerce, au fort accent anglais, essaie d’exploiter la différence de Jérémy ! Si la scène n’est pas étrangère au thème, les motifs de l’intérêt manifesté le sont clairement.
Il faut regretter que le texte choisi ne se montre pas en exacte adéquation avec le propos visé. De même, la féerie voulue ne produit pas tous les effets prévus alors que les interprètes, eux, n’ont à rien à se reprocher. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Jérémy Fisher, de Mohamed Rouabhi
Théâtre du Vestiaire • 7, rue des Fossés • 35000 Rennes
02 23 20 37 16
Site : theatreduvestiaire@yahoo.fr
Courriel : theatreduvestiaire@yahoo.fr
Mise en scène : Dany Simon
Avec : Vincent Furic, Bérengère Lebâcle, Fred Renno
Scénographie et costumes : Alain Burkarth
Lumières : Laurent Bénard
Création Vidéo : Bruno Geslin
Musique originale : Lætitia Sheriff
Création sonore : Teddy Degouys
Régie vidéo : Sébastien Sidaner
Centre culturel • parc de Bourgchevreuil • 35510 Cesson-Sévigné
Réservations : 02 99 83 52 00
Mardi 13 mars 2012 à 14 h 30
Durée : 45 min
10 €
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