Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 16:31

À la recherche d’une Jeanne perdue


Par Bénédicte Soula

Les Trois Coups.com


Avec « Jeanne Dark », longue pièce jouée actuellement au Théâtre du Pavé, Giancarlo Ciarapica replonge dans la lecture des interprétations de l’histoire de Jeanne. Une façon de démontrer que l’histoire officielle n’est pas une forteresse imprenable. Et que l’art a aussi vocation à rétablir certaines vérités.

jeanne-dark-affiche Qui était Jeanne d’Arc ? Qui est‑elle aujourd’hui pour nous ? Une légende ? Une figure de l’histoire de France ? Une icône chrétienne ? Devenue malgré elle symbole d’une pensée nationaliste, n’est‑elle que cette vierge effarouchée qui se tire la bourre avec une Marianne en décolleté ? Est-elle vraiment une bergère de Lorraine ou était‑elle une fille de roi. Pire (ou mieux) un agent surdoué de Yolande d’Aragon ?

Est-elle une illuminée dont le nom est réduit souvent à un quolibet (« Tu es comme Jeanne d’Arc, tu entends des voix ! »). Une guerrière implacable, capable de mener une armée d’hommes au combat ou une pucelle prépubère, icône bucolique dansant sous un chêne, sur les hauteurs de Domrémy ?

Difficile de répondre. La vérité a toujours été un vœu pieu, ici en outre délavée par le temps et la confusion, par les tentatives de l’Église d’écrire sa propre histoire, par la propension des savants autoproclamés, depuis les origines à aujourd’hui, d’imposer la légende comme référence officielle. D’ailleurs, Giancarlo Ciarapica, qui signe aussi bien les textes que la mise en scène de cette Jeanne Dark, ne cherche pas vraiment à répondre à la question. « Ce qui nous paraît important n’est pas de savoir la vérité sur une époque lointaine qui ne se construit, en fait, qu’à partir de plusieurs réalités, déclare‑t‑il. Mais il est crucial d’être sur le chemin de la recherche, sans se satisfaire de dogmes réducteurs, énoncés par d’érudits conservateurs. »

White Jeanne contre Jeanne Dark

Et le chemin est long pour atteindre cet idéal intellectuel. Un peu trop long peut‑être. Presque deux heures de théâtre, pendant lesquelles les avatars de Jeanne combattent sous nos yeux, et au bout desquelles il ne restera de nos certitudes qu’un amas de scories, abandonnées sur le devant de la scène.

À gauche, sur un ring tracé à la lumière, il y a donc Jeanne, l’oie blanche née en 1412. La comédienne qui l’incarne admirablement, Pauline Latournerie, robe longue et nattes sagement tressées, donne voix à la version catholique. Elle n’est qu’amour divin, instrument de Dieu et de ses secrétaires : saintes Marguerite et Catherine et saint Michel. Face à elle, Marie Tavernier, très à l’aise pour ses débuts au théâtre, incarne une Jeanne d’Arc (Dark) plus sombre, aimant la guerre, et dont les motivations sont, somme toute, bien humaines : l’ambition, la vengeance, le goût du pouvoir, et aussi peut‑être une certaine défiance des hommes. Elle est née en 1407, en novembre.

Enfin, Jason Ciarapica, la fille du metteur en scène, arbitre crânement le combat, portant sur elle la charge humoristique et grandguignolesque de cette empoignade duelle… Puis, elle incarnera à son tour, in extremis, une certaine vision de Jeanne. Mais n’en disons pas davantage.

Une mise en scène à resserrer

Après un début laborieux, pendant lequel le spectateur peine à entrer dans l’œuvre, dérouté par une mise en scène qui s’installe dans un espace entre la salle de catch et le cabaret, une certaine alchimie finit par opérer. De bonnes comédiennes, quelques références scénographiques au cinéma, de très beaux textes, à la fois littéraires et incroyablement documentés (quel somme vraiment que cette pièce qui panache de très nombreuses hypothèses historiques avec, bien entendu, la liberté interprétative de l’auteur)… tout cela rattrape les longueurs.

Car tout de même, l’ensemble mériterait d’être un peu resserré et le préambule supprimé, lui qui n’est finalement que le commentaire inutile de ce qui se passe ensuite. En l’état actuel des choses, l’intention et le travail préparatoire surpassent la traduction scénique. C’est dommage, car remaniée un peu, raccourcie et recomposée légèrement, cette Jeanne Dark pourrait mettre le feu. Ce qui serait, convenez‑en, un joli pied de nez à l’Histoire. 

Bénédicte Soula


Jeanne Dark, de Giancarlo Ciarapica

Compagnie Le Théâtre de la tortue • 51, allée des Feuillants • 31370 Labastide‑Clermont

06 62 35 62 33

www.theatredelatortue.com

Mise en scène : Giancarlo Ciarapica

Avec : Jason Ciarapica, Pauline Latournerie, Marie Tavernier

Décor : Jean-Marie Panier

Création lumière : Jacques Sardó

Univers sonore : Éric Rabbin

Costumes : Zoé Van der Waal

Graphisme : David Ramuscello

Communication : Justine Ducat

Théâtre du Pavé • 34, rue Maran • 31000 Toulouse

Réservations : 05 62 26 43 66

Site : www.theatredupave.org

Courriel : reservation@theatredupave.org

Du 3 au 12 mai 2012, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures, relâche le lundi

Durée : 2 heures

18 € | 9 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2014 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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