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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 19:59

Tu ne vivras point


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Comme un poème dont chaque image remplacerait les discours, Jacques Allaire met en scène « Je suis encore en vie ». Environné par les déflagrations de la guerre et témoin de l’aliénation d’une femme, le spectateur sort ébranlé par cette danse d’amour et de mort magnifiquement portée par Anissa Daoud et Jacques Allaire.

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« Je suis encore en vie » | © Éric Legrand

Pas un mot ou presque, pas de dialogues en tout cas. Quand on entre dans la petite salle du Tarmac, une légère odeur flotte, et ensuite viennent les sons, notes et visions. Le silence laisse la place à tout cela, et nous renvoie à nos rumeurs intérieures. Nous voilà par-delà le langage, sensibles à ce qui s’entend mais ne se dit pas, comme cet homme suspendu entre la vie et la mort et dont chaque souffle semble un combat. Comme cette femme qui le veille semble-t-il depuis la nuit des temps et qui n’a plus la parole. On suit chacun de ses gestes. On n’est pas sûr de tout comprendre, mais c’est plus fort : on devine.

Quoi ? D’abord la peur. Une bande-son subtile et poignante mêle les sons (bruits métalliques de portes que l’on ferme peut-être, de déflagrations) et les musiques. Elle semble nous envelopper : nous sommes nous aussi assiégés et nous sursautons. La guerre n’est pas qu’une image vue à la télévision. Des objets sur la scène font des taches rouges qui évoquent le sang. Au sol, le ruban adhésif blanc avec lequel l’homme clos l’espace fait songer à ces contours qu’on trace à la craie autour des corps.

Une vie

Ensuite, le ballet muet qu’orchestre Jacques Allaire nous fait pressentir l’étouffement progressif d’une femme, d’une âme. Cette femme est réduite au statut de garde-malade, et de mère. La lenteur, la grâce de certains de ses gestes font songer à un maléfice. Il faut que l’homme ne puisse plus la voir pour que cette femme se libère, que pour elle la lumière soit. Dans un tableau qui fait penser à ceux de Georges de La Tour, le metteur en scène éclaire sa prisonnière des reflets miroitants que font les pages d’un livre. La mise en scène compose un magnifique livre d’images aux jeux d’ombre et de lumière envoûtants.

Le spectacle aurait pu jeter la vindicte sur l’homme. Ici, au contraire, l’oppression semble d’autant plus forte qu’elle n’est pas évidente. Le spectacle commence par une mise en place de l’espace qu’effectuent ensemble dans une entente parfaite les deux interprètes. La violence n’éclate que tardivement dans deux scènes éprouvantes et splendides. Le spectacle est aussi servi par des interprètes qui jouent tout en retenue. Anissa Daoud s’acharnant à manipuler la masse inerte de son partenaire est belle et impressionnante. Elle réussit à n’être pas une femme, mais toutes ces femmes qu’on emmure, comme le spectacle n’est pas l’illustration d’un fait-divers.

Je suis encore en vie est donc un magnifique appel à l’émancipation, une leçon de ténèbres et de théâtre. 

Laura Plas


Je suis encore en vie, de Jacques Allaire

Écriture et mise en scène : Jacques Allaire

Avec : Jacques Allaire et Anissa Daoud

Scénographie : Jacques Allaire en collaboration avec Norbert Richard

Son : Jacques Allaire, Stéphane Monteiro

Lumière : Norbert Richard

Le Tarmac • 159, avenue Gambetta • 75020 Paris

Métro : Saint-Fargeau

Site du théâtre : www.letarmac.fr

Réservations : 01 43 80 64 80

Du 14 au 24 janvier 2014, mardi, mercredi et vendredi à 20 heures, jeudi à 14 h 30 et 20 heures, samedi à 16 heures

Durée : 57 minutes

30 € | 25 € | 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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