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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Un petit garçon de papier
Un spectacle « pour adultes à partir de trois ans » qui s’inspire des graphismes de Paul Rand, vedette américaine du genre disparue en 1996.
C’est un spectacle tout en délicatesse. Tendresse de l’enfant endormi, gestes précis et mesurés des
deux comédiennes-marionnettistes, grâce et fragilité du papier découpé, finesse du travail sur la bande‑son… On voit que tout a été mis en œuvre pour créer des moments poétiques empreints
de rêverie. La compagnie Atipik propose une tentative exigeante de symbiose entre l’image et le son, particulièrement remarquable pour un spectacle « jeune public ». C’est une
sorte de plongée en immersion dans l’univers sonore d’un enfant, mais intériorisé et stylisé, dans lequel on reconnaît des bruits de voiture, des rires, des miaulements… Il y a même,
longuement, ce qu’on croit être des respirations régulières, comme si on était carrément à l’intérieur de l’enfant en train de dormir.
Ce travail sur le son se fait en lien étroit avec la manipulation de nombreuses formes de papier découpé, venues de l’univers de Paul Rand, comme le personnage d’enfant sorti de Listen ! Listen !, ouvrage pour la jeunesse paru en 1970. Des formes simples et gaies, et une approche qui fait de la vie même de l’enfant une aventure épique. Tout est transfiguré par la stylisation des formes, du simple chat de compagnie à la fenêtre de la maison familiale. Les éléments du corps du petit garçon de papier prennent vie chacun de leur côté, les petites mains s’en vont voleter comme des papillons. Le papier se fait alors son, lui aussi : froissé, claquant légèrement dans l’air…
Peu explicite
Résultat : une atmosphère entre deux eaux, avec un aspect ludique, mais aussi et peut‑être surtout une concentration particulière, un sérieux presque introspectif, dont l’émotion et la rêverie ne jaillissent pas toujours. Le mélange de fantaisie et d’abstraction, le caractère peu explicite des situations et des dialogues, donnent en fin de compte un collage un peu disparate et pas évident à saisir. La fin du spectacle est à l’image de cette ambivalence. Une maquette en papier découpé figurant la maison, le chat, la main des « aventures » précédentes tourne au son d’une boîte à musique et, grâce à un éclairage judicieux, est agrandie pour former une sorte de mobile géant. Cela fait de la salle une sorte de vaste chambre à coucher pour grands enfants. Une chouette image très poétique. Mais quand, après les applaudissements, les deux comédiennes distribuent aux enfants de petites mains en papier, figure récurrente du spectacle, c’est dans un silence religieux, presque trop respectueux, que les petits reçoivent le fragile talisman… ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Je sais plein de choses, d’Élisabeth Algisi et Juliette Moreau d’après Ann et Paul Rand
Compagnie Atipik • 3, place du Paquis • 08700 Joigny-sur-Meuse
03 24 55 50 30
Mise en scène et interprétation : Élisabeth Algisi et Juliette Moreau
Regards artistique : Alexandre Picard
Création sonore : Philippe Billoin
Construction et astuces : Claude Humblot et Antoine Lenoir
Costumes : Christiane Demeyer
Caserne des Pompiers • 116, rue de la Carreterie • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 84 11 52
Du 7 au 26 juillet 2012 à 10 h 30, relâches les 12, 13 et 20 juillet 2012
Durée : 35 minutes
10 € | 5 €
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