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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 13:43

 En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012

 

Un hybride nommé Jihache


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


Les spectateurs curieux et intrépides se rendront à La Manufacture pour découvrir une performance choc. Durant le temps de la représentation, l’auteur-acteur Éric Da Silva se transforme sous nos yeux en un personnage métissé, être hybride de Jimi Hendrix et de lui‑même.

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« Je deviens Jimi Hendrix – juillet 2012 » | © Olivier Roubert

Le projet intitulé Je deviens Jimi Hendrix fait partie de ces objets théâtraux non identifiés couramment appelés performances. Celle‑ci se caractérise par la volonté de maintenir un fragile équilibre entre la présence physique de l’auteur-acteur et un recours constant à la technologie. Deux écrans grand format occupent le fond de la scène. Ils font entendre deux « voix » qui s’interpénètrent, façon de renouveler constamment l’attention du spectateur par la simultanéité des images et des mots, tout en dialoguant avec l’imagerie hendrixienne (le sexe, la drogue, le feu). Dans sa forme actuelle, le spectacle dure une heure trente et voit se succéder, entre autres, une fausse prise de L.S.D. (avec bad trip simulé), une métamorphose en direct, une errance filmée dans les rues d’Avignon, une performance vocale.

Le fan d’Hendrix sera peut‑être déçu d’entendre si peu d’extraits musicaux (quelques images d’archives en surimpression). C’est que le propos n’est pas de faire entendre la musique de Jimi Hendrix, mais d’« emprunter un chemin qu’il aurait préparé pour nous ». Démarche qui nous est exposée en détail (c’est une litote) dans le long texte qui occupe l’un des deux écrans pendant l’essentiel du spectacle, lu à haute voix en incrustation : sorte d’auto-interview ne se prenant pas au sérieux, pléthorique et rigolote, qui tantôt tourne en rond, tantôt s’engage dans des bifurcations imprévues pour détailler les raisons comme les moyens de faire exister « Jihache ».

Métamorphose

Le moment de la métamorphose proprement dite constitue l’un des temps forts du spectacle. Le comédien, nu, s’enduit de teinture noire, puis quitte le plateau. Le spectateur suit sur un écran sa promenade dans les rues d’Avignon (film visiblement tourné à une heure tardive…). Pendant ce temps, le texte lu continue à défiler, tentant de percer les secrets du maître (Hendrix fait partie de « ceux qui jouent en jouant une chose sur le point d’arriver » et non pas de « ceux qui jouent ce qu’ils savent qu’ils jouent »). Cette espèce d’apologie de l’improvisation et de la spontanéité se double d’une interrogation intéressante sur les paradoxes du projet : Jihache est‑il blanc ou noir ? Jeune ou prenant de l’âge ? Et n’est‑il pas un peu androgyne sur les bords ? Autant de façons d’explorer la « zone d’indiscernabilité, d’indécidabilité entre lui et nous ».

La performance culmine avec la lecture en direct d’un autre texte, dont on a eu un aperçu en début de spectacle. Ce second texte (cette « seconde voix »), que faute de mieux nous appellerons poétique, nous apparaît comme le plus convaincant par son inventivité et l’ingéniosité des procédés d’écriture qu’il met en œuvre. « Je deviens Jimi Hendrix pour interrompre l’Histoire devenir un chef‑d’œuvre une virtuosité une habileté une souplesse une inspiration une démonstration… ». La parole ici se fait plus ludique encore, butant à chaque instant sur les mots et les remplaçant par d’autres, jonglant avec les signifiants en un long délire contrôlé.

Une performance en constante évolution

Ce spectacle qui se défend d’en être un se termine par la participation du public. Trois spectateurs sont mis successivement à contribution pour donner la réplique à Éric Da Silva. Et même si ce dialogue final tombe un peu à plat (voire dans une grossièreté facile) par rapport à ce qui l’a précédé, il constitue encore une façon nouvelle de donner sa chance à l’imprévu, dans une performance en constante évolution. Car cette œuvre en perpétuel devenir n’a cessé d’évoluer depuis sa création. Elle s’est élaborée à partir d’un travail sur l’autoportrait mené à la Chartreuse de Villeneuve‑lès‑Avignon. Le texte a ensuite été édité, augmenté d’un dispositif multimédia (des Q.R. codes). Des fragments ont par ailleurs été publiés sur le site remue.net. En attendant une prochaine aventure. 

Fabrice Chêne


Je deviens Jimi Hendrix – juillet 2012, d’Éric Da Silva

Texte disponible aux éditions Venenum

Mise en scène : Éric Da Silva et Henri Devier

Avec : Éric Da Silva, Henri Devier, Frédéric Valet

Vidéos, dispositif multimédia et régie générale : Frédéric Valet et Alexis Pawlak, avec les conseils de Loïc Lachaize et Dimitri Blin

Costumes : Louise Trévaux du Fraval

La Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 12 71

Du 19 au 27 juillet 2012 à 22 h 15

Durée : 1 h 30

16 € | 11 €

Après le Off du Festival d’Avignon :

– Du 2 au 6 octobre 2012, à 20 h 30, à La Gare mondiale, Bergerac

Réservations : 05 53 57 90 77

– Novembre 2012 (date à préciser) au Générateur à Gentilly

Réservations : 01 49 86 99 14

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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