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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 17:20

Joshua « Grand art » Redman


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour ce jeudi de l’Ascension, nous n’avons évidemment pas pu tout voir dans un programme foisonnant. Ce que nous avons retenu était de qualité, vous allez le voir. Cependant, la palme revient incontestablement à Joshua Redman.

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Joshua Redman | © Jean-François Picaut

Jeudi 9 mai 2013

Amari Famili : invitation au voyage

Ils sont tous bretons, au moins de cœur, mais leur musique est tzigane. Ce sont gens amateurs de la route, que certains pratiquent en roulotte. Ces neuf musiciens regroupés en une famille d’affinité autour du noyau constitué par les Sire et consorts nous transportent par leur musique en Hongrie, en Roumanie et même en Bulgarie. Ils chantent, dans les différents idiomes tziganes, l’amour, la vie quotidienne et le voyage, bien sûr. Si la plupart des chansons sont traditionnelles, les arrangements, eux, sont modernes et ont été réalisés par le groupe. Il s’y adjoint quelques compositions de style tzigane également, mais qui paraissent plus complexes en matière d’orchestration. Un titre, Cœur d’artichaut, commence comme un swing manouche de la meilleure veine et finit en danse tzigane. Le groupe a invité la chanteuse Sandrine Monlezur, qui a apporté la partie bulgare du répertoire, et le violoniste Benoît Josse, qui y introduit quelques accents celtiques. Sous la houlette de Martin Sire (accordéon, voix, guitare acoustique et banjo), Amari Famili a régalé le public d’une musique fraîche comme les guirlandes qui grimpent au pied des micros. Les voix de femmes, très travaillées, reproduisent la façon de chanter tzigane utilisant le masque facial comme résonateur, ce qui donne une impression de voix nasalisée typique. Lisa Brattinga (Mme Sire, semble-t-il), Maïwenn Sire et Sandrine Monlezur chantent en chœur polyphonique ou en solo. Elles dansent aussi, chacune dans son style. Ce sont elles qui mettent de la vie sur la scène. Les musiciens, excellents, leur fournissent l’énergie qui est un des mots clefs du spectacle avec l’émotion.

Naghma par les frères El-Maloumi et Bhattacharya : la rencontre de deux grandes cultures

Naghma est une création du festival Détours de Babel à Grenoble. Le projet consiste à permettre l’expression des musiciens arabes (marocains) puis indiens, avant de les réunir dans une création commune. Dans la partie arabe du programme, nous avons beaucoup aimé le titre Dialogue des doigts où Driss el‑Maloumi joue de son oud d’une seule main et de façon percussive sur les cordes. Ce style ancien suppose une grande virtuosité. Le morceau se termine par une superbe joute de percussions avec son frère Saïd (percussions orientales). Debashish Bhattacharya joue, lui, des slides guitars, des guitares qu’il a conçues lui-même (il y en a une de la taille d’un ukulélé). Il en joue selon le style slide dont on retrouve des éléments dans le blues ou la country. Le résultat est très spectaculaire avec ses sons filés et modulés très caractéristiques. Évidemment, la partie la plus intéressante est constituée par le dialogue des deux cultures, l’objet même de la création. La Danse de l’âme, Babel, Éclair et Naghma sont de petits bijoux de musique métissée. Fondés sur l’écoute et l’émulation mutuelles, ils transcendent l’une et l’autre tradition dans une communion créatrice, articulée autour d’un message de paix, de tolérance et d’amour, qui a transporté le public.

Joshua Redman quartet : la grâce, tout simplement

Joshua Redman (saxophones soprano et ténor) est arrivé à Coutances pour le début de sa nouvelle tournée européenne avec un nouveau quartette. Il a proposé un programme comportant des compositions inédites à côté d’autres titres issus de ses albums plus anciens et du récent et remarquable Walking Shadows (Warner).

Le jeu de Joshua Redman est très physique, avec cette façon caractéristique de lancer en avant l’un puis l’autre genou, en effaçant l’épaule gauche. On sent un engagement total. Nous avons un faible pour les pièces lentes. Une première ballade, au début du concert, est d’un tempo si lent qu’il frôle la rupture. La mélodie, prenante, est à damner un saint. Et le son, ah, le son !, profond et soyeux dans les graves, clair mais charnu dans les aigus : c’est proprement la marque de Joshua Redman. Et quand la ballade (tirée de Walking Shadows) s’achève dans un souffle, on croit l’émotion à son comble.

Il n’en est pourtant rien. Vers la fin du spectacle, Redman nous offre une transcription d’un Adagio de Bach. La contrebasse prélude seule, suivie de la batterie dans un frôlement de balais, puis le chant du saxophone s’élève. Le phrasé, les modulations, le son, tout est d’une beauté telle que cet Adagio vous plonge dans un ravissement proche des larmes.

Joshua Redman est entouré par le piano charmeur d’Aaron Goldberg, la rythmique impeccable de Greg Hutchinson dont les balais semblent parfois, dans leur danse aérienne, caresser la caisse claire ou les cymbales tandis que la contrebasse de Reuben Rogers ponctue le tout avec un sens du placement irréprochable. Du grand art qui a tellement séduit les amateurs de lyrisme qu’ils semblaient avoir du mal à quitter la salle où les échos du saxophone semblaient planer encore. 

Jean-François Picaut


Dernière minute à Jazz sous les pommiers

Le groupe Amari Famili se voit décerner le « Coup de cœur » de la Fondation Orange par le public. Cinq candidats étaient en concurrence. Le groupe breton de musique tzigane l’a emporté par plus de 46 % sur 10 000 internautes qui se sont exprimés.

L’un des membres du groupe nous a déclaré que ce prix était un encouragement important pour Amari Famili et que le montant du prix (5 000 €) serait investi dans la préparation de leur deuxième album.


Jazz sous les pommiers 2013 à Coutances (Manche)

32e édition

Du 4 mai au 11 mai 2013

Contact public : les Unelles • B.P. 524 • 50205 Coutances cedex

Tél. 02 33 76 78 50 | télécopie 02 33 45 48 36

Site : http://www.jazzsouslespommiers.com

Courriel : jslp@jazzsouslespommiers.com

Billetterie : 02 33 76 78 68 (du lundi au samedi, et tous les jours pendant le festival)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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