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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 14:01

La « squadra italiana » séduit le public


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Les organisateurs avaient largement placé cette journée sous le signe du jazz italien. La pluie leur a fait un pied de nez en s’invitant pour la fin de l’après-midi. Mais dans les salles, le soleil italien et capverdien a su réchauffer les festivaliers.

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Giovanni Mirabassi | © Jean-François Picaut

Mercredi 8 mai 2013

Charpentier de son état, Zé Luis a chanté toute sa vie en amateur dont on se disputait les prestations dans les îles du Cap-Vert. La soixantaine venue, il exporte son art, et les festivaliers de Coutances ne s’en plaindront pas. Comme la regrettée Cesária Évoria, il chante la morna sensuelle mais souvent triste. Il se dit qu’il pourrait être le successeur de la grande chanteuse dans le cœur des passionnés.

Giovanni Mirabassi trio et Jenifer Soledade : l’âme italienne rencontre la passion capverdienne

Pour cette création soutenue par la S.A.C.E.M., le grand pianiste italien a étoffé son trio par deux guitaristes qu’il connaît bien, Manuel de Candinho et Kim Alves, auquel il a adjoint la jeune et charmante chanteuse capverdienne Jenifer Soledade, dont c’est la première apparition publique en France. Le public a apprécié le mélange du romantisme italien de Mirabassi aux musiques et chansons capverdiennes. Passion, mélancolie, rythme : le cocktail était réussi.

La salle Marcel-Hélie, complète comme le théâtre qui accueillait Mirabassi, a fait un triomphe au saxophoniste italien qu’on a pu applaudir dans trois formations différentes.

Stefano Di Battista et Danilo Rea : deux maîtres au sommet de leur art

Le duo italien dans un programme largement composé d’improvisations sur des thèmes empruntés à des compositeurs italiens, dont Nino Rota pour Roméo et Juliette puis Huit et demi, ont fait la preuve de leur maîtrise et de leur complicité. Au soprano comme à l’alto, le son de Battista est reconnaissable : ample et charnu dans les graves, il ne manque pas de consistance dans les aigus. Seul dans une de ses compositions ou en duo avec son ami, Danilo Rea montre l’étendue de son talent dans tous les secteurs de son jeu : rythmique impeccable, mélodies fluides, harmonies subtiles. Son piano peut déchaîner tous les orages comme exprimer la plus grande délicatesse. C’est un régal de les voir se surprendre tour à tour.

Pour la deuxième partie, Stefano Di Battista s’est entouré de trois jeunes compatriotes. En dehors du maître, le pianiste Juan Olivier Mazzariello se montre le plus inventif. S’il répugne à prendre la parole, le jeune homme s’exprime pleinement avec son piano. Stefano prend plaisir à le pousser dans ses derniers retranchements pour le plus grand plaisir du public, et si, une ou deux fois, il semble à bout de ressources, on ne saurait lui en vouloir.

Stefano Di Battista qui a l’humour ravageur, et pas seulement en musique, a présenté son invité Baptiste Herbin, altiste comme lui, en feignant de regretter cette invitation à un concurrent. On n’en est pas encore tout à fait là, mais il est vrai que le talent de ce tout jeune homme est proprement épatant. Il sait concilier une grande puissance sonore avec un son précis qui ne perd rien de sa rondeur. Ses passages mezzo voce sont d’une grande délicatesse. Il possède déjà une vélocité plus qu’appréciable sans perdre en clarté. L’improvisation semble une seconde nature chez lui. Un musicien à suivre avec attention.

« La fête à Boby » par Jean-Marie Machado et Danzas avec André Minvielle : peut mieux faire

Dans l’après-midi, nous avons été heureux de retrouver les grands succès de Boby Lapointe (Vanille et framboise, la Maman des poissons, Ta Katie t’a quitté) et d’autres titres peut-être un peu moins connus comme les désopilants l’Hélicon et Lumière tango. En revanche, nous avons été déçus de constater que Minvielle chantait plus qu’il n’interprétait les chansons de Lapointe. Il ne pouvait guère faire autrement, accroché à son texte qu’il ne quittait pas des yeux, au point même d’en avoir besoin pour les transitions !

Dans les trois compositions en hommage à Boby Lapointe, seul Boby en bibi-binaire présente un texte à la hauteur du modèle, la façon de chanter de Minvielle évoquant plutôt Nougaro, d’ailleurs.

Il faut néanmoins reconnaître que l’orchestre démontre de façon irréfutable à quel point la musique de Boby est soluble dans le jazz. Chacun des musiciens a signé au moins un solo de bonne facture, avec une mention spéciale pour le saxophoniste Jean-Charles Richard et un coup de chapeau pour le numéro de l’hélicon. 

Jean-François Picaut


Jazz sous les pommiers 2013 à Coutances (Manche)

32e édition

Du 4 mai au 11 mai 2013

Contact public : les Unelles • B.P. 524 • 50205 Coutances cedex

Tél. 02 33 76 78 50 | télécopie 02 33 45 48 36

Site : http://www.jazzsouslespommiers.com

Courriel : jslp@jazzsouslespommiers.com

Billetterie : 02 33 76 78 68 (du lundi au samedi, et tous les jours pendant le festival)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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