Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 15:16

Entre blues et mysticisme


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


À Coutances, on a le sens de la famille. C’est donc tout naturellement que le festival de jazz fait une place au blues : il est vrai qu’il s’agit d’un cousin proche. Mais on ne répugne pas à convier des parents plus éloignés, comme « Mistico Mediterraneo ».

eric-bibb-duo+615 jf-picaut

Eric Bibb duo | © Jean-François Picaut

Mardi 31 mai 2011

Aujourd’hui, la grande salle du festival et le Magic Mirror sont donc voués au blues.

C’est une salle Marcel-Hélie comble qui accueille le chanteur et guitariste Eric Bibb. Il est accompagné à la guitare par Staffan Astner. Eric Bibb attaque le concert seul et, dès les premières notes de sa guitare, on sent à la qualité de l’écoute que le public est connaisseur. La voix d’Eric Bibb est grave et bien posée, on la sent faite pour le blues. Puissante, elle sait se faire rocailleuse dans les complaintes, mais elle peut être aussi délicate voire caressante dans les ballades. Son jeu, sur sa guitare acoustique, est élégant, varié et subtil. Son compagnon, à la guitare électrique, n’est pas qu’un simple faire-valoir, mais il tisse autour de son leader un univers coloré et plus musclé. La complicité de ce duo est totale. L’émotion atteint un sommet, et le public retient son souffle pour Mayfaring Stranger qu’Eric Bibb dit avoir entendu pour la première fois quand il avait dix ans. Le chanteur n’a évidemment pas de mal à obtenir satisfaction quand il demande au public, avec humour, d’être ses « Realets » : les spectateurs qui avaient marqué le rythme avec justesse pour de nombreux morceaux chantent volontiers Get Board. Le rappel se termine par une longue ovation debout.

En seconde partie, la même salle accueillait Charlie Mussel White, l’harmoniciste et chanteur, mais, contraint de faire des choix, nous lui avons préféré Mistico Mediterraneo, au théâtre.

Ici aussi, la salle est archicomble. Cette mystique méditerranéenne réunit le trompettiste sarde Paolo Fresu, l’Italien Daniele Di Bonaventura au bandonéon et le chœur corse A Filetta, « la fougère », emblématique des coteaux de l’île de Beauté. La présence de Fresu, un des grands de la trompette jazz, ne suffit pas pour amarrer Mistico Mediterraneo à cet univers, même si certaines des treize pièces qui le composent s’y rattachent évidemment. Il s’agit, en effet, d’une œuvre « démocratique » comme le dit Fresu, qui mêle ses propres compositions, celles de Di Bonaventura et une partie du répertoire d’A Filetta, notamment quelques titres puisés dans leur Requiem.

L’ensemble, à mi-chemin entre le profane et le religieux, démarre très lentement. Pour tout dire, à force de dépouillement, il paraît même bien austère, comme ces tenues uniformément noires des sept hommes qui composent A Filetta. On se réjouit que, comme sa chemise rouge, la trompette de Paolo Fresu vienne apporter au concert un peu de chair et de sang comme le bandonéon y insuffle de l’émotion.

paolo-fresu-615 jf-picaut

Paolo Fresu | © Jean-François Picaut

Cependant, les choses peu à peu s’animent, notamment dans une pièce qui réunit les sept choristes un peu plus étroitement serrés. Un duo qui démarre par le bandonéon utilisé comme un instrument de percussion brille par son rythme, sa pulsation très jazz, dans un dialogue que ponctuent les aigus de la trompette.

Suit un Gloria, très enlevé, qui soulève à juste titre l’enthousiasme du public. Et le concert s’achève en apothéose sur un chemin de croix métaphorique inspiré d’un texte de Primo Levi. C’est un vrai triomphe.

Au Magic Mirror, l’ambiance est tout autre. Le groupe Malted Milk y dispense un son généreux qui arrose une partie du centre-ville.

Depuis son passage à Vienne l’été dernier, le groupe nantais semble avoir poursuivi son évolution vers le funk, même si, nous semble-t-il, son leader, Arnaud Fradin, continue de briller plus particulièrement dans le blues. Le programme de ce soir qui a fait tanguer et danser une salle bien remplie emprunte aux albums précédents et contient aussi quelques titres issus de leur nouveau C.D. 5 titres, Soul of A Woman (Dixiefrog/Blues Production 2011).

Demain nous avons, entre autres, rendez-vous avec l’Afrique et avec Aldo Romano. 

Jean-François Picaut


Jazz sous les pommiers du 28 mai au 4 juin 2011

Renseignements : +33 (0)2 33 76 78 50

Billetterie : +33 (0)2 33 76 78 68

http://www.jazzsouslespommiers.com/

De 25 € à 6 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher