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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 23:35

Coutances en attente
d’une légende


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Dans tout le festival, il n’est bruit que de lui. Il sera là, ce soir. Les chanceux qui ont pu acheter une place ont du mal à cacher leur joie. Ceux, très nombreux, qui n’ont pas trouvé de billet ne cherchent pas à dissimuler leur envie. Lui, c’est John Mc Laughlin, soixante-huit ans, le pape de la guitare électrique.

Vendredi 14 mai 2010

À l’heure de l’apéritif, les caves des Unelles, débarrassées de l’encombrant fantôme de Jack l’Éventreur, ont retrouvé leur aspect familier. On y attend un enfant du pays qui est aussi un saxophoniste alto d’envergure nationale, Gaël Horellou (35 ans). Il présente avec Philippe Soirat (batterie) et Yoni Zelnik (contrebasse) un concert acoustique largement tiré de son dernier album, Segment, édité par le Petit label à Caen. Yoni Zelnik semble se remettre difficilement d’une nuit qui a dû être fort longue, mais se réveille chaque fois qu’on lui laisse un solo et montre alors de vraies qualités rythmiques et mélodiques. Entre Gaël Horellou et son batteur, la complicité est évidente et fait plaisir à voir. Ils entrent dans de vraies joutes l’un et l’autre, l’œil malicieux soulignant le plaisir d’avoir su surprendre l’autre. Le programme comporte essentiellement des compositions du saxophoniste (Berchida’s Song, le Blues de l’ermite, Minor Ruffel, etc.). Dans ces morceaux comme dans une très belle pièce tirée de Charlie Parker (Segment), l’amateur de musique électro dévoile toutes ses qualités d’instrumentiste : rythme, sonorité, virtuosité. Un concert à marquer d’une pierre blanche.

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John Mc Laughlin | © Jean-François Picaut

Jazz sous les pommiers l’attend depuis dix ans. Le concert est prévu à 19 h 45, il est 19 h 48 et déjà le public trépigne d’impatience. Enfin, à… 19 h 50, Mr John Mc Lauglin fait son entrée, et c’est parti pour deux heures de concert, non stop, et un bis de dix minutes ! Le bel ordonnancement du festival en a pris un coup et, au grand dam des organisateurs (est-ce bien sincère ?), il faut décaler le concert suivant. Le maître est accompagné par Mark Mondésir (batterie), Étienne M’Bappé (basse) et Gary Husband (claviers, ordinateur et batterie). Ce trio de brillants musiciens forme, avec l’ex-figure de proue du jazz rock et du jazz-fusion, le groupe The 4th Dimension. Mc Laughlin interprète un programme qui doit beaucoup à son dernier album, To the One, inspiré par A Love Supreme de Coltrane, mais comporte aussi des morceaux des années 1970 ou 1980 comme le très beau Nostalgia. On ne retrouve pas ce soir la folie des séances avec Paco de Lucía et Al Di Meola, mais la technique est toujours aussi époustouflante, la sonorité immédiatement reconnaissable, et quelle générosité ! John Mc Laughlin sait aussi laisser s’exprimer ses partenaires, particulièrement le fabuleux batteur qu’est Mark Mondésir (impérial dans un duo-duel avec Gary Husband) et l’extraordinaire bassiste, Étienne M’Bappé, l’homme qui joue avec des gants noirs que l’on dit en soie. Le bis est une ballade qui nous emporte dans un rêve comme une invitation au voyage intérieur. Merci monsieur Mc Laughlin.

Les voyages que propose Oreka Tx, un groupe basque espagnol, ne sont pas seulement imaginaires. Ils ont promené leurs txalapartas (prononcer « tchalapartas ») en Inde, en Mongolie, en Laponie, dans le Sahara. Cette sorte de xylophone, typiquement basque et tombé en désuétude avant qu’Harkaitz Martinez de San Vicente et Igor Otxoa ne le redécouvrent avec d’autres, est un moyen unique de contact et de dialogue, grâce auquel ils découvrent d’autres musiciens et d’autres peuples. Le spectacle résulte du mélange d’un film qui retrace ces rencontres et de la musique interprétée sur scène. L’orchestre est complété par Mixel Ducau (remarquable au saxophone ténor, il joue aussi de la clarinette, etc.), Inigo Egia (percussions), Juanjo Otxandorena (bouzouki) et Amaiur Carajeville (contrebasse). C’est un spectacle plein de fraîcheur et de force à la fois. L’enthousiasme des joueurs de txalapartas fait plaisir à voir, et leur musique est vive et diverse. Le spectacle est encore rehaussé par la présence sur scène d’une chanteuse sahraouie de grand talent, Aziza Brahim, et la prestation surprenante de Hoosoo, un chanteur mongol. C’est de la « musique cousine » comme on l’aime. 

Jean-François Picaut


Festival Jazz sous les pommiers, à Coutances (50200) du 8 au 15 mai 2010

Festival Jazz sous les pommiers • Les Unelles – B.P. 524 50205 • Coutances cedex

Fax :  +33 (0)2 33 45 48 36

jslp@jazzsouslespommiers.com

Renseignements : 02 33 76 78 50

Billetterie par téléphone : 02 33 76 78 68

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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