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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 16:13

Deux grandes dames


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour la deuxième soirée consacrée à la voix féminine, Jazz in Marciac 2014 nous a présenté deux chanteuses que les générations séparent mais que le talent réunit.

Cécile McLorin Salvant : comment ne pas succomber ?

dee-dee-bridgewater-300 jf-picaut C’est avec un très grand plaisir que je retrouve, une fois encore, Cécile McLorin Salvant. Elle ne me décevra pas.

Le concert commence avec Nobody (Bert Williams), en duo avec le pianiste Aaron Diehl pour les passages les plus graves et les plus dramatiques, avec un léger accompagnement de Paul Sikivie (contrebasse) et Jaminson Ross (batterie) pour les passages plus légers où elle adopte sa voix de femme-enfant. Pour son premier passage à Marciac, l’accueil est déjà grandiose.

Il se poursuit avec If This Isn’t Love the Whole World Is Crazy. C’est l’occasion d’apprécier ses progrès de comédienne : pendant le remarquable solo de son pianiste, comme un acteur en scène qui ne parle pas, elle continue d’être dans le jeu.

Je découvre l’admirable interprétation de Personne, qu’avait interprété Damia. Découverte aussi de son interprétation de You Bring out the Savage in Me, chanson des années 1930 avec des registres très différents. Ce sont en revanche des retrouvailles émues avec Stepsisters’ Lament et John Henry puis avec le bouleversant Mal de vivre de Barbara.

On a comparé Cécile McLorin Salvant à Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Nina Simone… : toutes ces comparaisons flatteuses sont vaines. De concert en concert, cette jeune femme de 25 ans devient tout simplement elle-même : une grande chanteuse.

Dee Dee Bridgewater : le charisme et l’énergie

Pour Dee Dee Bridgewater, c’est le onzième passage à Jazz in Marciac. Le précédent remontait à 2008, « une éternité », selon elle. Pour son retour, Dee Dee est accompagnée d’un tout jeune groupe, celui du trompettiste Theo Croker dont elle vient de produire le premier album. C’est ce groupe qui ouvre le concert et le public peut déjà se rendre compte de la pertinence du choix effectué par la chanteuse. Ces jeunes musiciens, c’est tout simplement de la dynamite, spécialement le leader et le saxophoniste Irwin Hall.

Dès le premier titre, Afro Blue, le public du chapiteau est sous le charme. Tout le talent de Dee Dee Bridgewater s’y trouve : graves profonds, articulation sans faille, sens de l’espace scénique et un premier scat qui illustre l’admirable ductilité de sa voix.

Blue Monk (Thelonious Monk / Abbey Lincoln) se distingue par l’interprétation très sensuelle qu’elle en fait et un numéro extraordinaire de scat, où elle imite la trompette et un peu le trombone, avant d’être elle-même imitée par le trompettiste. Dans la salle, c’est le délire. A Foggy Day est interprété de façon très énergique et comporte un brillant scat d’imitation de la contrebasse. Dee Dee commence et termine le morceau comme si elle était le troisième souffleur du groupe !

Il faudrait tout citer. Contentons-nous de God Bless the Child (Billie Holiday) dans une interprétation dramatique pleine de force. L’hommage rendu à Horace Silver avec Saint Vitus Dance est empreint d’émotion comme le salut qu’elle adresse à Abbey Lincoln avec Music Is the Magic. Le concert s’achève de façon plus ludique et dansante avec Livin’ for the City de Stevie Wonder.

Ce soir, Dee Dee Bridgewater a confirmé sa grande générosité comme artiste en y ajoutant une corde au service du talent de jeunes musiciens. Bravo ! 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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