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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 18:44

Garrett, simple amuseur
de discothèque ?


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Quelle différence y a-t-il entre un groupe formé dans les années 1970 et le quintette d’une star actuelle du saxophone ? Ce soir, les deux finissent par se rejoindre dans la danse.

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Kenny Garrett | © Pierre Vignaux

Spyro Gyra, groupe descendant d’une célèbre formation de jazz-rock des années 1970 assure le premier concert. De l’équipe originale ne subsistent que Tom Schuman aux claviers et Jay Beckenstein au saxophone alto. Emmené, notamment ce soir, par Beckenstein et Julio Fernandez (guitare), Spyro Gyra met en mouvement le chapiteau avec une musique pleine d’énergie, festive et dansante, mâtinée de rythmes caribéens. Le public en raffole.

Kenny Garrett quintette : de l’ésotérisme à une forme de facilité

Pour la seconde partie de la soirée, nous retrouvons l’élégant Mr Garrett que nous avons vu à Vienne, il y a une grosse quinzaine. Un costume gris-bleu du dernier chic avec une calotte assortie a remplacé le costume sombre. Façon de s’adapter au temps ?

Le concert de ce soir est divisé en deux parties très différentes Dans la première, on retrouve Pushing the World Away (titre éponyme de son dernier album, 2013, nommé pour un Grammy Award) en version longue, près de vingt minutes. L’incantation à connotation religieuse est encore plus présente, et Rudy Bird (percussions) s’en donne à cœur joie sur son gong et au chant. Ce titre est accompagné de deux morceaux tirés de Seeds From the Underground (2012), Welcome Earth Song et J. Mac. Ce dernier est l’occasion pour Corcoran Hold de se distinguer par un remarquable solo à la contrebasse tandis que McClenty Hunter (batterie) en signe un, époustouflant de virtuosité. Toutefois – est-ce la sonorisation quelque peu indiscrète ? –, cette première partie très foisonnante, où tous les instruments sont sur le même plan, surprend une partie du public qui quitte peu à peu le chapiteau. L’attitude de Kenny Clarke qui ne parle pas et joue le plus souvent face à un de ses musiciens sans regarder le public en est-elle en partie responsable, en accentuant le côté ésotérique de sa musique ?

La bascule se fait avec J’Ouvert (mot qui signifierait « carnaval » en créole). Sur son rythme dansant, le public bat spontanément des mains, encouragé par le percussionniste. Une baisse sensible du niveau sonore permet de goûter pleinement le son plein et les sonorités chaudes de Kennet à l’alto. La conquête du public est définitivement acquise avec Brother Brown, un morceau lent à la douceur déchirante, occasion d’un travail très délicat aux percussions et au piano (Vernell Brown). Quand le morceau s’achève dans un souffle, c’est un tonnerre d’applaudissements qui éclate.

On revient un peu à l’atmosphère de la première partie avec Seeds From the Underground avant d’entrer dans une sorte de happening improbable de près de cinquante minutes sur deux titres. Le public reconnaît Happy People (2002) dès les premières mesures, et c’est le signal pour se mettre debout et danser en reprenant le thème à pleins poumons. Bientôt Kenny Garrett ne va pratiquement plus jouer, se contentant de stimuler le public à coups de « come on », « Marciac », « Merci beaucoup » et autres onomatopées et interjections. Le scénario se répète avec Wayne’s Thang (1995). Les premiers rangs sont envahis par les danseurs infatigables qui en réclament toujours plus.

On peut trouver cette fin fort sympathique, et elle l’est. N’est-il pas regrettable cependant de réduire un musicien comme Garrett à un simple amuseur de discothèque ? 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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