Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 11:56

L’adieu triomphal d’Omara Portuondo


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Il n’y a plus guère de festival de jazz sans soirée cubaine. Jazz in Marciac ne déroge pas à la règle et nous proposait ce soir deux concerts aux enjeux très différents.

omara-portuondo-615 jf-picaut

Omara Portuondo | © Jean-François Picaut

Buena Vista Social Club, Adios Tour : émotion et générosité

Le Buena Vista Social Club est un habitué de Jazz in Marciac où il m’a été donné de le voir au moins trois fois. J’ai beaucoup hésité avant d’aller voir cet Adios Tour. J’aurais eu tort de m’abstenir.

Certes, le programme n’évolue pas ou si peu dans sa composition, mais quelle énergie et quelle générosité parmi les plus anciens comme parmi les plus jeunes. On a un grand plaisir à retrouver Rolando Luna (piano), dont le talent s’affirme toujours plus. Il y a là, à coup sûr, un futur Roberto Fonseca ou un Harold Lopez Nussa, pour ne citer que deux de ses récents prédécesseurs à ce poste. La présence scénique d’Idiana Valdès (voix et percussion) a encore progressé. Chez les anciens, Eliades Ochoa (guitare et chant) a toujours beaucoup de prestance. Mais on saluera surtout la belle forme de Papi Oviedo (tres) et les prestations pleines d’entrain de Barbarito Torres (laúd).

Mais, évidemment, celle que tout le monde attend, c’est Omara Portuondo. Après la déconvenue de 2012, j’avoue que je suis plein d’appréhension. Ses premiers pas sur la scène lèvent déjà une partie de mes doutes : le pas est plus assuré et la vieille dame (84 ans en octobre) a retrouvé son sourire enjôleur et espiègle. Quand elle attaque Mulata en cha cha cha, tous mes doutes sont levés : la grande Omara est de retour. Toute sa prestation va le confirmer. Elle fait chanter et danser la salle, n’hésitant pas elle-même à esquisser quelques pas et à venir faire une petite démonstration devant une caméra, avec un petit éclair de malice et de provocation au coin de l’œil. Veinte anos, accompagné par le seul Rolando Luna, a été un très beau moment, et la première partie de cette prestation s’est bien sûr achevée par l’inusable Quizas quizas, repris en chœur par le public debout.


Lire aussi Entretien avec Jean-Louis Guilhaumon, directeur de Jazz in Marciac, du 28 juillet au 17 août 2014


Le premier rappel devait comporter un grand moment d’émotion avec la reprise de Dos gardenas, chanson qu’elle avait chantée avec Ibrahim Ferrer lors de la dernière apparition publique du chanteur, sur la scène même de Marciac, quelques jours avant sa mort. À Vienne où je les avais vus la même année, ils avaient même dansé très tendrement.

Ce concert où je venais presque à regret aura finalement été l’occasion d’une belle surprise, de beaucoup d’émotion et d’un grand bonheur, celui de quitter Omara Portuondo sur un très beau moment. Merci, M. Guilhaumon, d’avoir cru à cet Adios Tour.

Cette partie du programme, sentimentale il faut en convenir, m’a fait négliger le concert d’Omar Sosa. C’est une forme d’injustice, car c’était aussi un grand moment. Il me le pardonnera au nom de l’admiration qu’il voue lui-même à Omara Portuondo. Il lui a d’ailleurs rendu un très bel hommage, ce soir. Omar Sosa est un pianiste merveilleux, généreux et très inventif. Son concert, largement puisé dans son dernier album, m’a aussi permis de découvrir Leandro Saint-Hill, remarquable saxophoniste et flûtiste. 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher