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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 09:39

Trompettes renommées


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour sa première journée de très beau temps, Jazz in Marciac propose deux concerts à la gloire d’un instrument capable de le proclamer avec éclat : la trompette.

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Ibrahim Maalouf | © Jean-François Picaut

Le premier concert propose un nouveau venu à Jazz in Marciac : Christian Scott. Examen de passage réussi haut la main pour ce trompettiste de haut vol venu de la Nouvelle-Orléans. Le tout juste quadragénaire a de surcroît le bon goût de s’entourer de tout jeunes musiciens pour qui « la valeur n’attend pas le nombre des années » : remarquables Elena Pinderhughes (19 ans) à la flûte et Braxton Cook (23 ans) au saxophone alto. Le maître est lui-même un virtuose au son puissant, très véloce, et qui sait aussi pousser la romance. On en redemande. Gros succès auprès du public, entièrement mérité. Il appartient à Ibrahim Maalouf de relever le gant en seconde partie.

Ibrahim Maalouf, Illusions : du jazz-rock orientalisant

Pour son troisième passage à Jazz in Marciac, Ibrahim Maalouf a choisi de puiser prioritairement dans son cinquième album, Illusions (Mi’ster Production / Harmonia mundi, 2013). Pour être plus précis, il y a choisi les titres les plus rock et même hard-rock. Le concert, très mis en scène, avec notamment beaucoup de jeux de lumière, n’évoque que de loin l’atmosphère d’un concert de jazz. Ibrahim lui-même parle de « musique hybride ». Mais il n’a pas de souci à se faire, il est ici en territoire conquis.

Illusions, Conspiracy Generation et InPressi s’enchaînent pratiquement sans interruption. On se demande ce qui a pu transformer Ibrahim le bavard en Maalouf le taiseux, mais il va bientôt se rattraper. L’ensemble donne plutôt dans le gros son avec une batterie (Stéphane Galland), une basse (Laurent David) et un clavier (Frank Woeste) très présents. Le pupitre des trompettes (Martin Saccardy, Yann Martin et Youenn Le Cam, avec Ibrahim Maalouf) se charge d’apporter du brillant et de l’éclat à l’ensemble. Quant à François Delporte (guitare), très sollicité, il assume largement l’aspect rock.

Assez fréquemment, les solos d’Ibrahim Maalouf apportent une touche de douceur mélodique dans cet univers plutôt rythmique et parfois brutal. Un solo de InPressi est à cet égard emblématique : la trompette très méditative y atteint les accents déchirants de la voix humaine. Un des charmes de cet album et du spectacle, ce sont ces sortes de chants où les trois trompettes répondent au soliste. Ce sont également ces passages qui portent le plus la marque orientale. Est-ce un rêve ? J’ai même cru y retrouver des éléments celtiques !

Le public retrouve avec émotion la superbe ballade Beirut (Diagnostic, 2011). Comme il retrouvera et chantera avec l’artiste cette autre ballade consacrée à sa fille, Lily Will Soon Be a Woman. True Sorry, joué pour fêter la victoire de la musique remportée par le trompettiste, rencontre aussi un grand succès. La fin du concert et les rappels reviennent au jazz-rock, pour le plus grand plaisir de la jeunesse qui vient danser devant la scène.

Ce dernier album et ce spectacle témoignent des qualités de compositeur d’Ibrahim Maalouf. Pour l’interprète, cela ne fait plus aucun doute depuis longtemps ! Ils témoignent aussi de son sens cinématographique aigu. Avec l’utilisation des talents de Youenn Le Cam, cela augure très bien de la création qu’il fera prochainement avec l’Orchestre symphonique de Bretagne

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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