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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 18:38

Quatre grands artistes


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Il y a de grandes soirées et il y en a de fabuleuses. C’est dans cette dernière catégorie que se situe la deuxième soirée de Jazz in Marciac 2014.

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Wayne Shorter | © Jean-François Picaut

Réunir sur un même plateau, même en deux concerts distincts, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Chick Corea et Stanley Clarke, quatre légendes du jazz, c’est un rêve que tout programmateur doit faire. Jazz in Marciac l’a réalisé.

Wayne Shorter et Herbie Hancock : une cérémonie intime

Les deux compagnons se rencontrent plus ou moins régulièrement depuis 1997. La dernière fois à Marciac, c’était en 1999 ! Ils avancent tous les deux d’un même pas. Herbie Hancock, manifestement plus ingambe, ajustant le sien à celui de son aîné de sept ans. Herbie est toujours aussi élégant : pantalon et veste bleus, chemise à fines rayures croisées et pochette assortie, cravate marron avec des rappels de bleu. Wayne, plus sobre, est tout en noir. Il porte la tunique à col Mao qu’on lui connaît depuis que l’âge a alourdi sa silhouette. Tous deux reçoivent un accueil triomphal d’un chapiteau plein à craquer.

C’est Herbie qui prélude sur un superbe piano Fazioli aux sonorités somptueuses. Il égrène quelques notes, à peine l’esquisse d’une mélodie, et Wayne, installé sur le fauteuil haut qu’il ne quittera pas, lui répond au saxophone soprano avec la même sobriété. Avec ce Little One (Herbie Hancock), c’est tout l’esprit du concert qui est là, et déjà le charme opère.

La plupart du temps, Herbie Hancock semble avoir la main et Wayne Shorter lui donne la réplique. Il arrive cependant que les rôles s’inversent ou que nous soyons dans un vrai duo. Les pièces sont assez longues. Herbie Hancock, très concentré comme un savant devant une expérience, semble toujours dans la recherche, l’exploration au piano, au clavier, voire aux deux en même temps, ne dédaignant pas l’appui d’une boîte à rythmes. Il le confiera à la fin du concert : « Ce que j’aime dans la musique, c’est l’exploration. C’est ce que j’ai fait toute ma vie et j’ai l’intention de continuer jusqu’à la fin ». On pourrait craindre dans ces conditions une musique désincarnée, déshumanisée. Il n’en est rien. Herbie Hancock n’a pas son pareil pour construire des atmosphères étranges, envoûtantes, voire inquiétantes, qui se résolvent en paysages aériens et célestes. Comme par contraste, Wayne Shorter esquisse plus volontiers des mélodies à la grâce dansante ou avec de fausses allures enfantines. Et son compagnon saisit toujours au vol la proposition qu’ils développent ensuite en pleine connivence. Nous entendrons ainsi un traditionnel (Dai-Nanko), le remarquable War Games d’Arthur Rubinstein et Memory of Enchantment de Michiel Borstlap : du grand art vraiment !

Le public écoute dans un silence quasi religieux avant de saluer chaque titre par une véritable ovation. Les deux artistes soulignent d’ailleurs cette remarquable qualité d’écoute, et Wayne Shorter déclare : « Ce soir, nous ne nous sommes pas produits en duo mais en trio, nous deux et vous ! ». Peut-on rêver plus bel hommage ?

Après un rappel de près de vingt minutes, Herbie Hancock et Wayne Shorter quittent la scène, accompagnés par une ovation debout. Le concert aura duré presque deux heures.

Chick Corea et Stanley Clarke : une musique festive et haute en couleur

Les deux hommes font une entrée discrète, décontractée, mais n’en reçoivent pas moins un accueil triomphal. Modestement, tous deux commencent par rendre hommage à la remarquable prestation de leurs prédécesseurs.

Le programme commence par Sometime Ago et Fiesta, deux titres qu’ils ont enregistré ensemble (Return to Forever, 1972). D’entrée de jeu, le contraste est saisissant avec le concert précédent. Le premier titre est clairement mélodique, voire dansant. Les deux hommes jouent quasiment les yeux dans les yeux, et c’est un régal de voir le sourire de Chick Corea quand il surprend Stanley Clarke. Dans le second, Stanley signe deux superbes solos en pizzicato : la vitesse d’exécution et même les sonorités évoquent la guitare flamenca.

Dans After the Cosmic Rain (Stanley Clarke), le contrebassiste se sert pour la première fois de son archet. Puis, les deux hommes rendent hommage à l’une de leurs communes admirations de jeunesse, Bill Evans, avec sa remarquable Waltz for Debby, dont certains passages ne sont pas sans évoquer Debussy. La Cancion de Sofia (Stanley Clarke) qui suit est une vraie merveille pour contrebasse solo, tout comme Yellow Nimbus (Chick Corea), en hommage au regretté Paco de Lucía, est un monument de virtuosité pianistique, qui n’est pas sans évoquer le jeu à la guitare du merveilleux Andalou dont Chick imagine qu’il est coiffé d’une auréole céleste quand il joue… Le concert se termine par le fameux No Mystery (un titre de l’album du même nom, 1975), une composition de Chick Corea qui met en valeur, tour à tour et ensemble, les deux musiciens.

L’enthousiasme du public sera récompensé par deux rappels, Spain et Armando’s Rumba, deux compositions de Corea que le public identifie immédiatement, qu’il fredonne et dont il accompagne le rythme. Un tonnerre d’applaudissements accompagne la sortie des deux artistes. 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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