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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 17:15

L’esprit de « Bird »
est parmi nous


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Tandis qu’au chapiteau on célèbre la Jamaïque et ses rythmes, L’Astrada se consacre à une tradition plus jazz en recevant le trio de Géraldine Laurent, Manu Codjia et Christophe Marguet.

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Géraldine Laurent | © Jean-François Picaut

Géraldine Laurent & Co, Looking for Parker : émotion et raffinement

Géraldine Laurent ne craint pas de se confronter à ses grands aînés. Elle l’avait déjà prouvé avec son Around Gigi (Dreyfus Jazz, 2011), hommage à Gigi Gryce (1925-1983). L’album avait bénéficié d’une belle critique. Elle a récidivé récemment avec Looking for Parker (Bee Jazz, 2013) et bénéficié d’un accueil aussi favorable.

Première originalité : pour se lancer dans cette recherche de Charlie Parker (1920-1955), Géraldine Laurent a comme compagnons de cordée Manu Codjia (guitare) et Christophe Marguet (batterie). Ce trio, qui se passe donc de contrebasse, n’a évidemment pas choisi de rejouer la lettre de Parker, si ce n’est dans les thèmes ou les mélodies, mais bien d’en faire une lecture personnelle. C’est donc l’esprit de « Bird » qu’ils font ressurgir parmi nous et non une musique figée.

Pour le programme de ce soir, qui ne dure qu’une heure, les trois complices ont dû faire un choix parmi les treize titres de l’album. Il s’ouvre avec Moose the Mooche (Parker). L’interprétation est marquée par la fièvre que traduisent une avalanche de notes et des sons paroxystiques ou alors réduits à un souffle. La sonorisation est un peu forte et avantage la batterie. De ma place, il est clair qu’elle me masquera certaines parties de saxophone ou de guitare. On enchaîne avec Hot House de Tadd Dameron, car les choix du trio ne se limitent pas aux œuvres de Parker, mais ont également recours à certains titres qu’il affectionnait et qu’il a marqués de son empreinte. Ce titre vient confirmer ce que laissait pressentir le premier : Manu Codjia ne se cantonne pas au rôle que pourrait être celui d’une basse, mais dialogue vraiment à égalité avec le saxophone entre concordance ou dissonance.

On entre alors dans une suite qui enchaîne The Gipsy (ou Gypsy) de Billy Reid, Billie’s Bounce de Parker et Laura de David Raksin. On peut y apprécier un beau travail à la batterie, accompagné par un chant mezzo voce du saxophone, tandis que Codjia signe un superbe solo aux allures méditatives. Dans Loverman (James Davis), une belle ballade, on retrouve le travail très raffiné de Christophe Marguet aux balais. J’y apprécie le phrasé délicat mais chaleureux et coloré de Géraldine Laurent, qui n’empêche pas quelques accents proprement déchirants tandis que la guitare semble s’inscrire en contrepoint. Dans April in Paris (Vernon Duke), qui figure dans une minisuite, sa formidable expressivité renouvelle ce tube si galvaudé, la richesse mélodique du discours y transmet l’émotion sans jamais céder à la moindre mièvrerie. On retrouvera ce petit miracle dans Night in Tunisia (Dizzy Gillespie et Frank Paparelli), interprétée en rappel.

À la sortie, les festivaliers faisaient la queue pour acquérir Looking for Parker puis échanger avec les interprètes. Ces festivaliers-là ont bon goût ! 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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