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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 17:18

Hommage à la petite bastide gersoise


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


À Marciac, les plaisirs sont toujours variés. Prenez par exemple cette soirée qui offrait d’abord un chanteur en pleine ascension puis une star internationale confirmée : deux étoiles sous un chapiteau.

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Wynton Marsalis | © Jean-François Picaut

Le premier concert de la soirée accueillait Gregory Porter avec son habituel quartette. Le chanteur était en pleine forme et nous a offert une des meilleures prestations auxquelles j’ai pu assister. Sa présence scénique s’est considérablement accrue, on a pu le vérifier avec Hit the Road Jack, le tube de Percy Wayfield. On connaissait déjà sa grande palette vocale, incluant le gospel. Ce soir, son interprétation de Wolfcry (Liquid Spirit, 2013) le classe au rang des grands crooners. Il a aussi multiplié les scats et repris de façon très énergique son 1960 What (Water, 2010). Une fois encore, il faut rendre hommage à Yosuke Sato, extraordinaire saxophoniste alto. Et c’est sous les bravos enthousiastes de tout le chapiteau que Gregory Porter a quitté la scène après un Free (Liquid Spirit) très enlevé.

Wynton Marsalis, Marciac Suite : émotion et raffinement

On retrouvait ensuite le quintette de Wynton Marsalis augmenté de deux souffleurs, Elliott Manson (trombone) et Theodore Nash (saxophone alto) pour une nouvelle représentation de sa Marciac Suite. Le parrain de Jazz in Marciac y rend hommage à la petite bastide gersoise devenue un haut lieu du jazz international. Le septette joue groupé et, à son d’habitude, Marsalis est assis au milieu des cuivres, comme un musicien du rang.

À tout seigneur, tout honneur, Loose Duck ouvre le concert, et le premier solo virtuose de ce titre rapide est pour la trompette. On rêve ensuite avec Marciac Moon, exquise ballade lente où la douceur des cuivres en tutti nous berce avant que nous ne soyons captivés par la suavité des graves et la légèreté des aigus dans le solo de Marsalis. C’est le moment de s’abandonner aux délices d’Armagnac Dreams. L’attaque est vive, comme celle de ce mythique breuvage gascon, avant qu’une agréable torpeur ne gagne le solo de trombone ou la plainte de la trompette bouchée, mais, pas de souci, la conduite d’Ali Jackson (batterie), énergique ou délicate, reste précise et nous amène à la méditation finale de toute beauté à la trompette.

L’armagnac ne rend pas triste, et bientôt, c’est la fête avec Marciac Fun. Dans une atmosphère de cirque ou de fête foraine, le solo de Walter Blanding (saxophone soprano) est éblouissant de dextérité. Dan Nimmer (piano) ne lui cède en rien question brio, et la conclusion dansante revient à Wynton Marsalis qui nous gratifie de quelques envolées d’aigus. Jackson, lui, n’oublie pas de nous rappeler à quel point il peut faire rimer finesse et inventivité.

Nous entrons alors dans une succession de titres où Winton Marsalis ne cache pas son émotion. C’est d’abord l’hommage à ses « merveilleux élèves de Marciac » : For My Kids at the College of Marciac, où le solo de piano y est agrémenté de multiples ornements. Jean-Louis Is Everywhere célèbre le travail opiniâtre et l’esprit visionnaire de son « frère », le fondateur et directeur du festival, Jean-Louis Guilhaumon. Le morceau à l’architecture complexe se distingue par la joute entre la trompette et le saxophone alto, puis entre le trombone et la clarinette basse tenue par Walter Blanding. C’est une ballade mélancolique qui salue Guy Lafitte, le saxophoniste ténor disparu en 1998, un des bons génies de Marciac : la palme y revient évidemment à Walter Blanding (sax ténor). Le dernier hommage concerne tout le village, à travers un de ses emblèmes, le tournesol : Sun Flowers. En introduction, Marsalis exalte l’optimisme, l’engagement individuel et le sens du collectif qui caractérisent selon lui cette petite communauté, qu’il voit comme un exemple pour le monde entier. On retrouvera tous ces éléments dans la composition de Sun Flowers : tutti des cuivres soutenus par la batterie, duo Marsalis-Blanding, vertigineux solo d’Ali Jackson, etc.

Un tonnerre d’applaudissements raccompagne les musiciens en coulisses. Hommage justifié à une composition qui allie le brio à la sensibilité. Et, pour ceux qui auraient regretté qu’un brin de folie ne se mêlat pas à tant de qualités, les trois rappels vont leur donner satisfaction avec, notamment, le solo de Theodore Nash au saxophone alto. À la sortie, les étoiles de Marciac brillaient aussi dans les yeux des festivaliers. 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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