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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 20:38

Carte blanche au bonheur musical


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Soirée majuscule à Jazz in Marciac aujourd’hui, L’Astrada accueille Michel Portal pour une carte blanche.

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Michel Portal | © Jean-François Picaut

La programmation de ce soir dans cette admirable salle de L’Astrada, dont l’acoustique est exceptionnelle, a de quoi faire rêver plus d’un directeur de festival. Michel Portal à qui l’on a donné carte blanche y a convié Bojan Z. (claviers) et Vincent Peirani (accordéon) ! En trois noms et trois générations, vous avez là une affiche saisissante du jazz français, voire européen si l’on considère la naissance de Bojan Z. à Belgrade.

Michel Portal précise d’entrée de jeu ce qu’il entend par carte blanche : réunir des amis, des compagnons, non pour glorifier sa propre musique, mais pour partager en confiance la musique de chacun. Le programme en apportera la preuve immédiatement puisque les compositions de Michel Portal, ce géant couvert d’honneurs, y sont largement minoritaires.

Le superbe chant méditatif de Portal

Les festivités commencent avec Choral de Peirani. La longue introduction à l’accordéon, très lente, majestueuse, avec des sonorités évocatrices de l’orgue se termine avec l’entrée de Michel Portal à la clarinette basse. Dès lors, Peirani et Bojan Z. vont se contenter d’accompagner le superbe chant méditatif de Portal en se servant de leurs instruments comme percussions. Peirani continue sur cette lancée tandis que Portal attaque Dolce, de son album Baïlador. C’est à une sorte de danse de l’urgence que nous convie la clarinette basse, dans un registre plus aigu que celui de la pièce précédente. L’accordéon la rejoint dans le même registre et la même urgence tandis que les claviers de Bojan Z. jouent dans le sombre et parfois l’inquiétant.

C’est toujours la clarinette basse qui est à l’honneur dans B. et H., une pièce que Peirani a écrite en l’honneur de Michel Portal mais en pensant à deux de ses compagnons, Bojan Z. et Henri Texier. Dans ce titre, la clarinette basse est chantante et dansante tandis que le piano et l’accordéon font entendre des accents des Balkans. Le public réserve une véritable ovation à ces trois titres qui illustrent chacun un aspect du talent de Portal à la clarinette basse.

Bojan Z. signe un brillant solo dansant

C’est un vrai triomphe qui accueille le titre suivant, interprété au saxophone soprano. Du fortissimo dans le registre strident au plus délicat et au plus mélodieux, Michel Portal joue de l’écho provoqué par le saxophone dans l’architecture du piano sur lequel il se penche. Pour sa part, Bojan Z. signe un brillant solo dansant tandis que Peirani évolue plus dans le domaine de la mélodie. C’est dans de tels instants, comme dans Full Half Moon de Bojan Z., qu’on apprécie le mieux la créativité et le sens musical des trois artistes réunis ce soir. Entre-temps, Michel Portal nous aura montré un autre de ses talents en utilisant une clarinette en si bémol dont il a su mettre en valeur le son de velours. On retrouvera cet instrument lors du premier rappel.

Le début de Cuba si, Cuba no nous aura rappelé la période free de son auteur, Michel Portal. Ce titre, qui commence dans une sorte de magma sonore produit par la boîte à sons de Bojan Z. et de tous les instruments, se résout peu à peu en discours cohérent d’où émerge le son de la clarinette basse que reprend Peirani à l’accordéon. Miracle de l’improvisation quand elle est pratiquée par les grands.

Déjanté

Le finale ajoutera une note d’humour à ce concert qui n’en manquait déjà pas avec Trois temps pour Michel P., une autre composition de Peirani pour Michel Portal. Ce soir, l’interprétation en trio est encore plus déjantée que ce que j’avais pu entendre en duo et en quartette : une vraie jubilation musicale !

Le programme se termine ainsi en une vraie apothéose, que salue une très longue ovation debout, comme les deux rappels qui concluront ce concert dont tous les amateurs seront sortis avec des oreilles charmées et avec au cœur un sentiment qu’on peut appeler le bonheur. 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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