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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 18:33

Deux héros de la guitare


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour la 37e fois, le miracle se reproduit : la foule des amateurs de jazz converge vers Marciac, charmante bastide du Gers, certes, mais aussi village un peu perdu loin des voies de communication. Et la fête va durer quinze jours pleins.

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Lucky Peterson | © Jean-François Picaut

Quand on évoque le prodige permanent que constitue le festival Jazz in Marciac, devenu, en trente-sept ans, l’un des plus prestigieux festivals internationaux de jazz, la coutume est d’évoquer les bonnes fées qui se seraient penchées sur son berceau. « Balivernes », comme l’a souligné M. le préfet du Gers, dans son allocution à l’ouverture de la 37e édition. En guise de bonnes fées, c’est le talent, la volonté, l’obstination, l’habileté d’un homme, Jean‑Louis Guilhaumon, son fondateur et son actuel directeur, qu’il faut louer.

Et ce n’est pas le moindre de ses mérites, comme s’est plu à le rappeler Philippe Martin, député et président du conseil général du Gers, d’en avoir maintenu voire affirmé pendant toutes ces années son esprit originel de projet culturel résolument laïc au service du développement d’un territoire.

Pour la soirée d’ouverture, c’est la guitare qui était la reine à travers deux de ses éminents interprètes.

Lucky Peterson, The Son of a Bluesman : du grand spectacle

Le prologue d’enfer (Funky Broadway) est assuré par le quartette de Lucky Peterson (Marvin Hollie aux claviers, Timothy Waites à la basse et Raul Valdes à la batterie) emmené tambour battant par Shawn Kellerman (guitare). Bien que Kellerman se démène comme un beau diable, avec une gestuelle des plus suggestives, ses prouesses sonores qu’on devine sont couvertes par la batterie et la basse largement dominantes. Le niveau sonore est si élevé que le pauvre Kellerman doit s’y reprendre à quatre fois pour annoncer Lucky Peterson avant que le public ne réagisse !

Enfin, le maestro fait son entrée, très spectaculaire. Chapeau en tête, souriant de toutes ses dents, il esquisse un pas de danse et salue son public avant de s’installer à l’orgue et de commencer à chanter. Sans transition, il attaque le deuxième titre de la soirée, encore plus rapide que le premier. Comme le son est toujours aussi tonitruant (défaut de réglage pour cette première soirée ?), le public, à l’exception des plus jeunes, sort les bouchons d’oreilles et semble assommé. De ce fait, il tarde un peu à réagir aux sollicitations pourtant pressantes de Lucky Peterson.

Le climat s’apaise avec l’introduction à l’orgue du troisième titre (Joy, tiré de The Son of a Bluesman, Jazz Village / Harmonia mundi, 2014). Cette fois, le public vibre immédiatement. Il salue très chaleureusement l’imitation à mi-chemin entre la voix humaine et la trompette que Lucky Peterson développe sur son clavier Roland R. D.-700. Son jeu très expressif, voire démonstratif, produit son effet habituel. Un peu plus tard, un autre titre lent, Nana Jarnell (in The Son of a Bluesman), avec une introduction très délicate aux claviers, permet d’apprécier le grain de sa voix et son grand talent de chanteur et de comédien, qui n’hésite pas à flirter avec le cabotinage.

Le délire s’installe dans la salle lorsque Lucky Peterson y descend, guitare en main, échappant à la poursuite-lumière qui peine à le suivre et donc à la caméra ! Quand on lui tend un siège et qu’il s’y installe pour une merveilleuse improvisation sur I Pity the Fool (in The Son of a Bluesman), la salle se lève et des applaudissements très nourris saluent la fin de la prestation.

On signalera aussi un morceau de style rock tonitruant, très, très rapide, façon Jerry Lee Lewis, qui est salué d’une ovation debout. Ce n’est qu’un avant-goût de ce qui se produira quand, en rappel, Lucky Peterson invite Joe Satriani « Satch », le héros de la seconde partie, pour un Johnny B. Goode de Chuck Berry déchaîné, enrichi de superbes duos entre les deux hommes.

Celui qui n’hésite pas à se proclamer « son of a bluesman », à juste titre, est effectivement un remarquable bluesman même si son blues est mâtiné de beaucoup de soul. Les conditions du concert n’ont pas tout à fait permis de retrouver toutes ses qualités de guitariste, d’organiste et de chanteur, mais on se consolera facilement avec son dernier album chez Jazz Village.

Joe Satriani quartet : la fête de la guitare et des décibels

La pression ne baisse pas, au contraire, avec l’entrée en scène de Joe Satriani, dit « Satch », saluée par une grande ovation des jeunes présents sous le chapiteau. L’ancien soliste de Deep Purple et Mick Jagger les caresse immédiatement dans le sens du poil avec un Jump in tonitruant à souhait.

La batterie (Marco Minneman) cogne beaucoup et fort, guitares (« Satch »et Mike Keneally, qui joue aussi des claviers) et basse (Bryan Beller) affectionnent la saturation. Leurs grondements et vibrations font trembler le parquet du chapiteau. Toutes les normes sonores doivent être explosées. Ceux qui ne supportent pas sortent, les autres apprécient et vibrent à l’unisson.

Fumées et effets de lumière créent une atmosphère d’apocalypse. Le jeu de « Satch », dont on voit la très grande dextérité mais dont on devine plus qu’on n’entend la virtuosité, semble plonger le guitariste dans une sorte de béatitude céleste.

Bientôt, les premiers rangs et l’espace au pied de la fosse sont remplis d’une jeunesse qui saute sur place en cadence. Quand le rythme s’assagit, que le volume sonore diminue et qu’on peut entendre pleinement les merveilles que produit Joe Satriani, l’enthousiasme des « danseurs » faiblit manifestement. Puis on repart de plus belle dans le rock saturé mais sans moi, je l’avoue… 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac, 37e édition

Du 28 juillet au 17 août 2014 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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