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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct de Jazz in Marciac 2012, notre envoyé spécial
Un artiste consacré et un jeune plein de promesses
Piano, batterie, guitare et trompette, ce soir Marciac est très éclectique, et il faut faire des choix. Et en toute fin de soirée, une belle surprise.
Ibrahim Maalouf
© Jean-François Picaut
Vendredi 3 août 2012
Bojan Z. : artiste jazz de l’année
Ce soir, nous découvrons la nouvelle salle permanente de Marciac, L’Astrada. Cette superbe salle très confortable, à l’acoustique excellente, côté scène et côté spectateurs, accueille Bojan Z. consacré la semaine passée par une Victoire du jazz comme Révélation jazz de l’année.
Seul à ses claviers, il présente son dernier album Soul Shelter (Universal, 2012). Cet abri de l’âme, qui mêle le plus intime et des échos d’armée en campagne, résonne évidemment de façon particulière quand il s’agit de Bojan Zulfikarpasic, dit Bojan Z., émigré de l’ex‑Yougoslavie. Il démarre par Full Half Moon, une pièce lancée par une boucle électronique qui se poursuit par un jeu percussif avec la caisse et les cordes du piano. Peu à peu, une mélodie naît et se développe, s’enfle jusqu’au fortissimo, passe brièvement au pianissimo, revient au forte avant de revenir aux jeux délicats du début. Tout Bojan Z. ou presque se trouve déjà dans ce premier morceau, bien mis en valeur par des jeux de lumière en clair‑obscur.
Sweet Shelter of Mine joue davantage sur les rythmes et les harmonies, la mélodie y est plus souterraine avec des jaillissements soudains. Bohemska est placée sous le signe de la virtuosité avec des passages qui évoquent le tympanum. Hometown, hommage à sa ville natale de Belgrade, exécutée à deux claviers, est plus proche des musiques actuelles par le rythme et les sons voisins de la guitare tirés du clavier électrique. Dad’s Favorite, composé à partir d’une romance hongroise qu’aimait à jouer son père, a parfois l’allure d’une méditation. Le programme se poursuit ainsi, construisant peu à peu un portrait de Bojan Z., artiste aux influences jazz, balkaniques et classiques, virtuose et mélodiste hors pair, toujours à l’affût de l’actualité pour enrichir une personnalité complexe et attachante. Le concert se termine, en bis, par Sabayle Blues que Bojan Z. qualifie avec humour de « blues du gagnant », en référence aux Victoires du jazz qui ont vu son triomphe ! Un début de soirée qui a vraiment ravi les spectateurs.
Noé
© Jean-François Picaut
Nous regagnons le chapiteau pour la dernière partie de la soirée. Nicolas Folmer et Daniel Humair en ont terminé. C’est Biréli Lagrène et son quartette qui occupent la scène, pour un concert proche de celui que nous avons entendu à Vienne même si Biréli a renoncé à sa casquette. L’ambiance est peut‑être moins au rock dur, mais virtuosité et swing tiennent toujours le haut du pavé. Franck Wolf aux saxophones (ténor et soprano) occupe souvent la place d’un coleader.
En troisième partie, nous retrouvons Ibrahim Maalouf, encore plus décontracté qu’à Vienne) si c’est possible (un peu cabotin même), mais toujours aussi virtuose. Le public, spécialement les plus jeunes, adore, à juste titre.
Cependant le véritable instant magique, comme il ne peut s’en produire que dans un tel festival, viendra d’un inconnu. Alors qu’en deuxième ou troisième rappel Ibrahim Maalouf s’apprête à conclure Djemal, une pièce composée par sa sœur Leila, un spectateur s’empare du thème avec son saxophone soprano et prend un chorus parfait. Il s’appelle Noé, apprendrons‑nous plus tard, et ne paraît pas avoir vingt ans. Sur scène, il y a un instant de flottement. Dans le public, c’est un grand moment d’émotion puis des applaudissements à tout rompre. Ibrahim Maalouf convie le jeune intrépide à le rejoindre sur scène pour les saluts. Le jeune homme, très pâle, semble prêt à défaillir. Le temps semble s’arrêter. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Jazz in Marciac 2012, trente-cinquième édition
Du 27 juillet au 15 août 2012 à Marciac (Gers)
Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)
Site : www.jazzinmarciac.com
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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