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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 16:36

 En direct de Jazz in Marciac 2012, notre envoyé spécial

 

Un début en grande pompe


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour ses premiers jours, la trente‑cinquième édition de Jazz in Marciac (Gers) a reçu la visite de la plus haute autorité de la République et invité quelques‑unes des étoiles du jazz. C’est à la fois une juste récompense pour le travail accompli et un début très prometteur pour ce festival qui s’achèvera le 14 août 2012.

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Aurélie Filippetti | © Jean-François Picaut

Vendredi 27 août 2012

C’est Aurélie Filippetti, le ministre de la Culture, qui a inauguré, en personne, la trente‑cinquième édition du festival Jazz in Marciac. Dans son discours inaugural, le ministre a exalté les vertus de l’éducation populaire, les mérites de l’action culturelle à l’école, assuré qu’elle développerait le mécénat et vanté le modèle marciacais de développement rural par la culture associée au tourisme. Elle ne pouvait pas faire plus plaisir à ses hôtes qui œuvrent inlassablement en ce sens, Jean‑Louis Guilhaumon, le président-fondateur du festival, également maire de la commune et vice‑président de la région, Philippe Martin, député du Gers et président du conseil général et Martin Malvy, président du conseil régional de Midi‑Pyrénées. L’animation musicale de la cérémonie était assurée par le No Name Septet, ici réduit à un sextette, un groupe d’élèves de seconde issus du collège de Marciac. Ces jeunes gens ont interprété un subtil montage de standards avec beaucoup de talent.

Sous le grand chapiteau (6 000 places), la voix était en vedette. C’est d’ailleurs le fil rouge de cette édition. En première partie, Mélodie Gardot a séduit le public avec son spectacle issu de son dernier album, The Absence.

Bobby McFerrin retrouvait les Yellowjackets, en seconde partie. Le grand chanteur et vocaliste, avec le groupe qui a illustré le jazz fusion dans les années 1980, a continué à faire fructifier les ondes positives issues de la première partie. Leur programme a transporté le public jusqu’au bis final interprété par les seuls Yellowjackets.

Samedi 28 juillet 2012

Aujourd’hui, c’est François Hollande qui honore la bastide gersoise de sa visite. Il s’y était engagé l’an passé en promettant de revenir, quel que soit son statut. La visite du président de la République s’est déroulée dans une vraie ferveur populaire et dans cette atmosphère bon enfant qui semble la marque du président normal. Les gens semblent toujours surpris de pouvoir l’approcher aussi facilement.

Le soir venu, le dernier mot reste à la musique. Le président n’a pas mal choisi son programme, d’ailleurs. Il a pu apprécier en première partie l’épatante Esperanza Spalding et sa Radio Music Society, mieux servis ici par la sonorisation qu’au récent festival de Vienne. Joshua Redman et les Bad Plus se sont eux chargés de faire flamber la seconde partie.

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Sonny Rollins | © Jean-François Picaut

Dimanche 29 juillet 2012

The King Sonny Rollins

Aujourd’hui, la musique seule occupe la foule des festivaliers qui se presse à Marciac. Certains sont là pour le festival Bis, gratuit, au cœur de la bastide. La plupart, cependant, attendent l’évènement : le retour de Mr Sonny Rollins, après 1989, 2007 et 2009. La fièvre est perceptible quand, quelques minutes après 21 heures, le maître fait son entrée avec son sextette. C’est immédiatement une immense clameur qui l’accueille.

Sonny Rollins ne se perd pas en préliminaires. Il se lance immédiatement dans son mythique Saint‑Thomas. Dans la salle, c’est déjà presque le délire. L’attaque est directe et, en quelques mesures, c’est tout Sonny Rollins : ampleur et richesse du son, couleurs chatoyantes, sens de la mélodie et du rythme. Et l’orchestre suit. La silhouette du saxophoniste est un peu plus émaciée dans sa chemise blanche. La démarche est toujours aussi malaisée et claudicante, mais le son, le son ! Le trombone, magnifique Clifton Anderson, puis le guitariste Saul Rubin, belle découverte pour nous, et enfin le contrebassiste, Bob Cranshaw, prennent de superbes chorus, tandis que la batterie et les percussions mènent grand train, inexorablement. Bientôt, le maître reprend la main, quasi cassé en deux, avant de se redresser et d’improviser, en marquant parfois le rythme de son poing droit, pendant près de quinze minutes, sans une pause. La performance est saluée par une immense ovation, qu’il accueille, poing levé.

La deuxième pièce est lancée par le quintette en tutti sur un rythme endiablé. Quand le saxophone entre en jeu, il n’est nullement impressionné par la vélocité de ses compagnons, il imprime même quelques accélérations avant de conclure par une longue tenue. La salle est aux anges.

Suit une délicate ballade, occasion de beaux dialogues entre le saxophone, la guitare et le trombone. Et le concert, première et deuxième parties, se poursuit ainsi, sans nulle faiblesse. On voudrait encore signaler les dialogues entre Sonny Rollins et Sammy Figueroa (percussions), la virtuosité de Kobie Watkins à la batterie (vélocité, ruptures de rythme, indépendance des membres, etc.) et l’éblouissante joute entre Rollins et Clifton Anderson, son neveu, dans le final.

Après plus de deux heures de concert (avec entracte), Sonny Rollins (82 ans en septembre) accorde un rappel à un public enthousiaste qui le réclame encore et encore. Sonny Rollins sait toujours aussi bien s’entourer. Et si son saxophone porte des traces évidentes d’oxydation, le talent du propriétaire, à l’évidence, est inoxydable. 

Jean-François Picaut


Jazz in Marciac 2012, trente-cinquième édition

Du 27 juillet au 15 août 2012 à Marciac (Gers)

Réservations : 0892 690 277 (0,34 € / min)

Site : www.jazzinmarciac.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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