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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 22:05

Toute l’énergie de l’Afrique


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour accueillir l’Afrique, le temps s’est mis au sec toute la journée, à défaut de se mettre au beau. Et c’est une foule imposante qui a réservé un triomphe à la générosité et au talent des trois groupes de ce soir.

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Fatoumata Diawara | © Jean-François Picaut

Roberto Fonseca et Fatoumata Diawara : une rencontre fusionnelle

À première vue, rien ne rattache le pianiste et compositeur cubain, né à La Havane en 1975, et l’Afrique. Mais c’est oublier que son dernier album, Yo, est dédié à une forme de retour à ses origines africaines et à l’exploration d’une musique qui s’est ramifiée de part et d’autre de l’Atlantique. De son côté, Fatoumata Diawara, chanteuse, comédienne, auteur et compositrice d’origine malienne (née en 1982), après avoir brillé dans la musique pop internationale, cherche désormais à retrouver et à revivifier les rythmes traditionnels de la musique wassulu, celle de ses origines.

Les deux jeunes artistes se sont rencontrés à l’occasion de Yo, album sur lequel Fatoumata contribue au titre devenu célèbre Bibisa. De cette rencontre, il y a deux ans, est né le projet qui est présenté ce soir en création à Jazz à Vienne. À son propos, Fatoumata Diawara déclare : « La musique est à l’opposé de la guerre. C’est une arme puissante, mais pour toucher les gens et les rassembler ». Le concert ne va pas tarder à nous montrer que ce projet est très engagé.

Ainsi, le second titre, Sowa, traite-t-il des enfants qui sont séparés de leurs parents naturels. Candidat ou Clandestin est un vibrant appel aux responsables africains pour qu’ils permettent à leurs peuples de vivre et de s’épanouir sur leur terre. Fatoumata Diawara l’interprète le poing levé. Un duo Fonseca / Diawara dénonce le mariage forcé. Son long prélude au piano dans un style quasi classique est tout à fait poignant et l’on sent dans toute la chanson une vraie tension dramatique. Unité est une supplique pour la paix qui commence par une joute entre le piano de Fonseca et le kamalen’goni (une sorte de kora) de Drissa Sidibé. Les deux hommes y rivalisent de virtuosité, et le morceau s’achève dans un vrai déchaînement musical. Mandela, on s’en doute, est un hymne à gloire du leader sud-africain récemment décédé qui proclame que, si chacun comme lui faisait son devoir, l’Afrique se porterait mieux. Ce morceau a une tonalité cubaine assez marquée contrairement aux autres qui constituent une fusion originale des traditions cubaines et wassulu.

Cette esthétique est parfaitement illustrée par Connexion, un morceau que Roberto Fonseca tient à présenter lui-même, et en français, s’il vous plaît. Le pianiste y signe un solo particulièrement brillant. Yandi Martinez (contrebasse et basse électrique à six cordes) et Bah Sekou (guitare électrique) s’y distinguent également. Le concert s’achève par Bibisa (en rappel) que le public reprend en chœur.

Ce projet n’a pas encore de nom, mais chacun des protagonistes, on le sent, rêve d’en faire un album. Il convient donc de surveiller les prochaines sorties, car cette rencontre (qui pourrait bien n’être pas que musicale) entre Fatoumata Diawara et Roberto Fonseca a donné lieu à une réalisation musicale particulièrement intéressante. Le bonheur que chacun des deux ressent à l’interpréter se sent tout au long du concert. On peut parler de vraie jubilation. Jamais Roberto Fonseca n’a paru plus libre et Fatoumata Diawara, qui a fait de gigantesques progrès depuis que je l’ai découverte pour la première fois en 2012, a conquis le public par son chant et sa présence scénique rayonnante.

Taj Mahal et Bassekou Kouyaté : le blues et ses racines

Silhouette massive, chemise à fleurs, chapeau de paille en tête, boucle à l’oreille gauche et bouche partiellement édentée, Taj Mahal est l’archétype du bluesman à l’ancienne.

Ce septuagénaire, né Henry Saint Clair Fredericks il y a soixante-douze ans à New York, interprète de sa voix rauque, presque éraillée, des blues bien carrés, dont il peut sur le champ improviser les paroles, même en français. Son jeu aux guitares et aux claviers a un vrai charme.

La raison de sa présence dans cette soirée africaine est sa rencontre avec le joueur de n’goni Bassekou Kouyaté. Il lui cède la place pour quelques titres de blues mandingue avec sa famille. Mme Kouyaté chante dans la tradition des griots. Elle a une voix puissante mais un peu métallique dans les aigus comme beaucoup de chanteuses dans la tradition malienne et sénégalaise.

Le concert se termine en beauté par la rencontre des deux groupes qui donne lieu à de belles confrontations.

Youssou N’Dour et le Super Étoile de Dakar : du grand spectacle

À cinquante-cinq ans, Youssou Madjiguène N’Dour, le très populaire ministre-conseiller du président sénégalais Macky Sall, garde la ligne et la forme. Le champion du mbalax (cette musique populaire sénégalaise très dansante et très rythmée) est entouré d’une pléiade de musiciens remarquables, une bonne quinzaine.

Il produit un show débordant d’énergie et bien rodé. Un Monsieur Loyal est chargé de chauffer la salle quand l’ambiance menace de décroître. Des animations permettent au chanteur de souffler et rythment le spectacle. On peut ainsi admirer le talent d’un joueur de tambour d’aisselle et d’un percussionniste au djembé, d’un bassiste, d’un danseur en tenue traditionnelle qu’on retrouve en danseur acrobate, sans compter la prestation de Camille, une choriste.

Côté programme, on retrouve le grand tube de Youssou N’Dour, Birima, repris en chœur par le public, un hommage rituel à Mandela, et un vibrant New Africa interprété le poing levé avec les seules percussions et le clavier. Parmi les personnalités africaines mises en valeur, on retrouve le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah.

Youssou N’Dour reste ce chanteur charismatique qui a séduit les foules dans le monde entier. Aussi, lorsque le concert se termine (il est une heure quinze !) c’est un Théâtre Antique encore rempli qui lui réserve une ovation debout. 

Jean-François Picaut


Jazz à Vienne 2014, 34e édition

À Vienne (Isère) du 27 juin au 12 juillet 2014

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Télécopie +33 (0)4 74 78 87 88

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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