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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 12:01

Le jazz français à l’honneur


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Depuis le début du festival Jazz à Vienne, 34e édition, la pluie est là tous les jours ou presque, mais il en faut beaucoup plus pour décourager les festivaliers qui viennent se réchauffer au soleil de la musique. Et quand il s’agit de venir écouter des musiciens qui comptent parmi la fine fleur du jazz français, on ne boude pas son plaisir.

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Thomas Enhco » | © Jean-François Picaut

Moutin Factory Quintet, Lucky People : une sacrée fabrique à émotions musicales

Les frères Moutin n’ont pas manqué leur troisième passage sur la scène du Théâtre Antique de Vienne (Isère). Lorsque François, le contrebassiste, demande à Louis, son jumeau (batteur) : « Qu’est-ce que t’en penses, Louis, je crois qu’on ne s’est pas trompé ? », le public unanime répond : « Non ! ». Il veut parler du choix de leurs nouveaux compagnons qui succèdent à ceux du Moutin Reunion quartet qui est, au moins, mis en sommeil : Thomas Enhco (piano), Emmanuel Codja (guitare) et Christophe Monniot (saxophones).

Le concert débute par Lucky People, qui est aussi le titre de leur dernier album chez Plus loin music / Abeille musique (2013). Les jumeaux sont installés si près l’un de l’autre qu’ils se touchent presque. On a parfois l’impression d’une joute entre eux, les yeux dans les yeux. La première intervention est celle de Christophe Monniot. Son saxophone alto (ne parlons pas du soprano !) a l’air d’un jouet entre les mains de cet homme à la silhouette solide et massive. Il joue un air à la fois mélodique et rythmique, très coloré, qui annonce bien son style inventif et fin. François signe également un solo de contrebasse très enlevé.

Pour ne pas être en reste, c’est Louis (batterie) qui attaque le morceau suivant, Dragonfly, une de ses compositions comme Lucky People. Après un tutti très bref, le morceau se poursuit par un de ces duos / duels fiévreux, dont je parlais plus haut. Le piano aérien et très délicat de Thomas Enhco vient introduire une sorte de pause, de respiration, avant le retour de Monniot au soprano. Ses notes aiguës, au débit rapide, imitent tantôt le chant des oiseaux, tantôt la clarinette orientale, une de ses couleurs préférées, semble-t-il.

Un hommage très inspiré

À ce moment du concert, les deux frères Moutin restent seuls en scène pour Ornette’s Medley (arrangements faits par eux). C’est un hommage très inspiré qui allie vélocité et musicalité. J’en retiens, entre autres, un passage à mains nues de Louis avec de superbes échos de tam-tam. Après une telle débauche d’énergie, une ballade est la bienvenue. Ce sera Forgiveness, ballade dédiée à l’amour, une composition de François. Un long prélude au piano permet d’apprécier l’immense talent de Thomas Enhco, vingt-cinq ans seulement, mais déjà une longue carrière derrière lui ! Ce passage, que l’on qualifierait presque de romantique, met en jeu toutes les possibilités du piano, de la plus grande délicatesse aux basses grondeuses, du son le plus ténu à la puissance paroxystique.

Avant la fin du concert, on aura encore remarqué une intervention très virtuose de Monniot à l’alto, qu’il termine avec la seule embouchure de son instrument ! Emmanuel Codja signe également deux belles prestations très contrastées, l’une pleine de brio et d’énergie et l’autre empreinte d’une grande délicatesse. Le rappel permet à chacun de s’exprimer et de confirmer ses qualités avant que le dernier mot ne reste à la contrebasse de François pour une conclusion très applaudie.

Daniel Humair quartette, Sweet and Sour : quelque chose qui ressemble au bonheur

Après cette vibrante illustration de l’excellence française en jazz, le Théâtre Antique a franchi un échelon supplémentaire avec le Sweet and Sour de Daniel Humair. C’est la troisième fois en moins d’un an que je vois ce quartette en concert et je m’émerveille à chaque fois un peu plus. Il faut dire que, peut-être transcendés par la magie du lieu, et servis par une technique irréprochable, les quatre musiciens ont atteint une densité et une musicalité exceptionnelles. À l’issue d’un concert qui s’est déroulé dans une atmosphère attentive et presque recueillie, les deux formidables ovations debout du Théâtre Antique dans son entier étaient méritées.

Manu Katché, Richard Bona, Éric Legnini, Stefano Di Battista, all stars : un projet bien sympathique

Je sais, vous allez me dire, pour une soirée française… Il est vrai que ce concert dépasse les limites géographiques de la France, mais tous ces musiciens ne sont-ils pas un peu français de cœur ? En tout cas, je les adopte volontiers ! Manu Katché (batterie), qui semble à l’origine de ce projet en germination depuis deux ans, Richard Bona (basse électrique et chant), Stefano Di Battista (saxophones soprano et alto) et Éric Legnini (claviers) avaient l’air de prendre beaucoup de plaisir à jouer ensemble, un plaisir communicatif en ce qui me concerne, et malgré l’heure tardive. J’accorderai un petit bonus à Bona et Di Battista pour leur numéro de duettistes, musical et fantaisiste. 

Jean-François Picaut


Jazz à Vienne 2014, 34e édition

À Vienne (Isère) du 28 juin au 13 juillet 2014

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Télécopie +33 (0)4 74 78 87 88

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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