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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 20:25

Blues et gospel enflamment le Théâtre Antique


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


La trente-troisième édition de Jazz à Vienne bat son plein jusqu’au 13 juillet. « Les Trois Coups » ont suivi pour vous deux soirées particulièrement chaudes.

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Shemekia Copeland | © Jean-François Picaut

Samedi 6 juillet 2013

Johnny Winter : de beaux restes

À 69 ans, Johnnie Winter accuse son âge, mais surtout les excès d’une vie de bâton de chaise : à l’abri d’un paravent, on l’installe sur scène dans un fauteuil qu’il ne quittera plus. Néanmoins, les bras tatoués semblent encore tenir fermement le manche, si les doigts n’ont plus la dextérité d’autrefois. Le concert emprunte largement à son dernier album Roots dont le titre à lui seul est un programme. Johnny Be Good qui ouvre la soirée est à l’image de ce qui va suivre : musclé, rythmé, carré. Du blues et de la soul bruts de décoffrage. Pour les nuances, il vaut mieux compter sur l’autre guitariste, Paul Nelson. Les fans se consolent en se disant que, quand même, ce sacré Johnny a encore de beaux restes !

Shemekia Copeland : une fille qui chasse de race

Elle présente une formation identique à celle de Johnny Winter, sa voix en plus, mais Shemekia Copeland, elle, est dans la force de l’âge, et ça se voit. Sa musique, sans manquer le moins du monde d’énergie, est nettement moins carrée. La jeune femme montre qu’elle n’est pas seulement la fille du légendaire Johnny Copeland, même si elle a manifestement beaucoup appris à son contact. Elle possède une voix ample et puissante, un visage mobile et expressif et sait bouger. Qu’elle nous entraîne dans les églises quelque peu déjantées (« crazy » de sa grand-mère) ou qu’elle nous chante une ballade dédiée à son père, nous la suivons, sous le charme. À la guitare, son habituel complice, Arthur Neilson, nous régale d’harmonies subtiles et de belles trouvailles mélodiques. Et quand elle s’avance à l’avant-scène pour chanter a cappella, à peine soutenue de quelques notes de guitare, tout le Théâtre Antique retient son souffle. Puis, c’est une énorme explosion d’enthousiasme. Shemekia Copeland vient de gagner son ovation debout.

Robert Cray : le charme d’un crooner

À l’heure où le public aurait peut-être besoin d’être secoué, à moins qu’il n’aspire au calme après la tornade qui vient de passer, voici The Robert Cray Band. Mr Cray possède une belle voix dans un registre plutôt médian, particulièrement agréable dans les graves. Mélodies et ballades dominent dans son programme, mais il tient à montrer son énergie dans quelques morceaux bien musclés. On regrettera son peu de présence scénique et ses transitions identiques ou presque. L’homme est plus instrumentiste que chanteur même si un titre comme I’m Still A Man est très émouvant. On signalera qu’il change de guitare à chaque titre ou presque, mais surtout qu’il en joue à merveille. Une mention spéciale pour les arrangements à l’orgue.

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Don Byron | © Jean-François Picaut

Dimanche 7 juillet 2013

Don Byron New Gospel Quintet : tutoyer les sommets

On connaît Don Byron comme instrumentiste (saxophone ténor et clarinettes basse et mi bémol), il est aussi musicologue. Avec son douzième album, Love, Peace and Soul (2011), il revisite l’univers du gospel. C’est ce à quoi il nous invite ce soir en compagnie de La Velle et de l’ensemble Entre ciel et terre, venu de Tarare (Rhône). Le programme rend largement hommage à Thomas A. Dorcey qui fut l’homme des passerelles entre le blues et le gospel ainsi qu’à Sister Rosetta Tharpe, qui, selon Don Byron, inventa le mot et le genre du rock, à la guitare. Le jeu de Don Byron au ténor et à la clarinette en mi bémol réjouit par sa subtilité et son inventivité : c’est de l’émotion en concentré. On apprécie la conduite (drive) précise et nuancée de Sangoma Everett à la batterie et l’hommage rendu à Sister Rosetta par Brad Jones (basse électrique). La Velle a déchaîné l’enthousiasme en interprétant Take My Hand, Precious Lord de Dorsey dans une version voix et piano. Plus tard, elle fera chavirer les spectateurs en chantant avec Entre ciel et terre Didn’t It Rain, Children de Rosetta Tharpe, qu’elle reprendra en une très longue improvisation avec le public.

Los Angeles Gospel (Crenshaw) Choir : un concentré d’énergie

Après deux ou trois titres survitaminés, on est ému par un Swing Low, Sweet Chariot interprété a cappella par un baryton basse. Le programme plutôt religieux devient plus profane après un changement de tenue des choristes : les filles n’en ont pas moins l’air affublées de sacs. We Are A Family est une pièce pleine de fraîcheur, suivie de quelques titres de même eau. On change de soliste à chaque morceau, ce qui permet de découvrir quelques voix splendides. L’une de ces solistes rivalise en scat avec le saxophoniste attitré du groupe qui s’illustre dans un bel Amazing Grace. La deuxième partie du concert est marquée par une série de défis chorégraphiques entre garçons et filles, dans le style des battles de hip-hop, et par quelques danses d’inspiration africaine. Le jeune public est aux anges et il n’est pas le seul. Iris Stevenson, l’âme de ce groupe, qui fut le modèle de Sister Act interprétée par Woopi Goldberg au cinéma, conclut le concert par quelques improvisations bien tournées.

N’oubliez surtout pas qu’à Vienne, la fête du jazz continue jusqu’au 13 juillet inclus, de midi à trois heures du matin ! 

Jean-François Picaut


Jazz à Vienne 2013, 33e édition

À Vienne (Isère) du 28 juin au 13 juillet 2103

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Télécopie +33 (0)4 74 78 87 88

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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