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Jeudi 12 juillet 2012 4 12 /07 /Juil /2012 13:57

Les cousins et la famille proche

 

La semaine débute par la soirée blues, toujours très attendue, et se poursuit avec l’élite du jazz national et international. De grandes émotions en perspective.

 

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Keb’Mo

© Jean-François Picaut

 

Lundi 9 juillet 2012 : la soirée est consacrée aux cousins germains

Awek : le blues sur Garonne

Si l’on considère que le blues est une musique géographiquement, historiquement et socialement marquée, on s’étonnera qu’il en existe des versions européennes et donc françaises. Si, au contraire, on considère qu’il s’agit d’une forme musicale comme d’autres, donc universelle, on trouvera le phénomène normal. Reste alors à se demander si l’anglais fait intrinsèquement partie du style en question. Pour Awek, le quartette qui nous vient de Toulouse et qui a donc choisi la deuxième option, la question ne semble même pas se poser.

 

C’est donc en anglais que Bernard Sallem, le chanteur et guitariste de ce groupe qui a déjà seize années d’existence et sept albums au compteur, interprète un blues urbain plutôt énergique. Beaucoup de compositions originales dans ce programme, mais aussi des reprises comme ce Early in the Morning de Sony Boy Williamson. Si ça cogne fort, le plus souvent, on rencontre aussi des morceaux mélancoliques plus lents. On a surtout remarqué le grand talent du chanteur-guitariste et celui de l’harmoniciste Stéphane Bertolino. Après avoir appâté le public du Théâtre Antique, Awek est allé charmer celui du Club de minuit au théâtre municipal.

 

Keb’Mo : le bluesman élégant

Silhouette élancée de play‑boy, élégance discrète, démarche décontractée, Kevin More, plus connu sous son pseudonyme de Keb’Mo, fait une entrée en scène remarquée. Il pratique diverses guitares électriques, la guitare acoustique et l’harmonica, à la tête d’un groupe conséquent : Jeff Paris (guitare), Michael Hicks (claviers et guitare), Kevin So (claviers et guitare), Vail Johnson (basse) et Les Falconer (batterie). Évidemment, il chante aussi.

 

Il possède une voix puissante et bien posée. Son jeu est direct et sans fioritures inutiles. Certains le qualifieraient de sec, à juste titre dans la première partie. Dans la seconde, il se lâche plus et ses musiciens aussi, pour la plus grande joie du public. On retiendra un morceau interprété en quartette à cordes avec la batterie, occasion de superbes solos de la basse et de la… mandoline.

 

À la fin du concert, alors que les techniciens ont déjà commencé à démonter le plateau, Keb’Mo a une réaction de grand professionnel. Devant la déception du public, il revient seul en scène et interprète un prélude à l’harmonica, quelques‑uns de ses musiciens le rejoignent alors, on lui rebranche sa guitare, et c’est parti pour un beau rappel…

 

Magic Slim & The Teardrops : toute la chaleur du blues

Morris Nolt « Magic Slim » est ainsi nommé par antiphrase. Sa stature et sa corpulence auraient plutôt dû lui valoir le surnom de « Big Tall » ! À soixante‑quinze ans, il peine à traîner son plus que quintal jusqu’à la chaise qui l’attend en milieu de scène. Mais, une fois installé et guitare en mains, la magie fait son effet.

 

Il est précédé en scène par son trio de choc, Les Teardrops : John McDonald à la guitare, Andre Howard à la basse et Brian Jones à la batterie. Tous trois excellents musiciens et chanteurs, ils chauffent la salle et préparent pour leur leader une entrée triomphale.

 

Magic Slim pratique un blues chaleureux, généreux, plein de rythme. Une fois lancé, on a l’impression qu’il ne s’arrêtera plus. Un de ses musiciens est obligé de venir lui rappeler que l’heure a beaucoup tourné. Cela ne l’empêchera pas de revenir pour un superbe rappel où il sera rejoint par Keb’Mo.

 

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Joshua Redman

© Jean-François Picaut

 

Mardi 10 juillet 2012 : that’s jazz

The Bad Plus avec Joshua Redman : de purs moments de grâce

Ethan Iverson (piano), Reid Anderson (contrebasse) et David Kings (batterie) forment un groupe, Les Bad Plus, depuis environ douze ans. Ils revendiquent très fort leur identité de groupe et à juste titre. Pour la première fois en France, ils se produisent ce soir avec le grand saxophoniste Joshua Redman.

 

Le programme, entièrement fait de compositions originales, souvent dues à Reid Anderson, oscille entre passages ou morceaux méditatifs, intimistes et accès de fièvre, qui peuvent aller jusqu’à la frénésie paroxystique. Tout cela dans le plus grand raffinement mélodique, harmonique et rythmique. Joshua Redman, en virtuose très inspiré, a été salué de plusieurs ovations debout, mais c’est tout le groupe qui nous a régalés. Signalons enfin, élégance rare, que Reid Anderson a eu la délicatesse de présenter tout le programme en français.

 

Terri Lyne Carrington’s, The Mosaic Project, avec Dianne Reeves : le jazz en grand et au féminin

Après deux morceaux menés à un rythme d’enfer par Terri Lyne Carrington depuis sa batterie, Dianne Reeves fait son entrée. On est d’emblée sous le charme de cette voix puissante aux graves profonds et aux aigus aériens et devant la capacité de l’artiste à passer d’un registre à l’autre, comme en se jouant. Dianne Reeves baisse cependant un peu de registre dans la fin de son premier set.

 

Elle se rattrape plus que largement dans le second, où elle déploie toutes les ressources de son grand art. Sens du rythme, virtuosité dans l’improvisation, la chanteuse et vocaliste suscite l’enthousiasme du public.

 

Outre la prestation de Terri Lyne Carrington, on saluera celles de Tia Fuller au saxophone alto, de Tineke Postma au soprano et d’Helen Sung aux claviers, et sans doute aussi celle de Nir Felder à la guitare. Il n’est donc pas étonnant que The Mosaic Project ait reçu en 2011 le Grammy Award du Meilleur Album de jazz vocal.

 

Mercredi 11 juillet 2012

Stéphane Belmondo quartette : un solide travail d’équipe

Nous retrouvons à Vienne Stéphane Belmondo dans la formation avec laquelle il a enregistré son dernier album The Same As It Never Was Before (Verve/Universal France, 2011) : Kirk Lightsey (piano et flûte), Sylvain Romano (contrebasse) et Billy Hart (batterie). Le leader lui‑même pratique la trompette, le bugle et la conque. C’est évidemment un groupe de premier plan.

 

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Dianne Reeves

© Jean-François Picaut

 

Nous écoutons avec le même plaisir So We Are, une ballade, You and I de Stevie Wonder et, bien sûr, Habiba, trois titres issus de l’album précité. Belmondo mesure ses interventions et laisse une large place à ses compagnons : on ne s’en plaindra pas. Kirk Lightsey est un remarquable pianiste et un flûtiste délicat. Sylvain Romano assure une rythmique impeccable et joue quelques beaux passages en solo. Le jeu de Billy Hart fait alterner sans effort la puissance et la plus grande délicatesse. La polyrythmie et la polyphonie n’ont pas de secret pour lui. À la trompette et au bugle, Stéphane Belmondo, sans esbroufe, nous a régalés d’un son impeccable.

 

Melody Gardot : sophisticated lady

C’est la star que le public (on joue à guichets fermés) attend avec impatience. Elle nous a concocté un concert à grand spectacle avec des lumières très travaillées. Elle commence avec une complainte a cappella, seulement accompagnée du claquement d’un de ses talons et d’un grelot : une pure merveille.

 

Melody Gardot déploie toute l’étendue de son talent. Elle joue tantôt de la puissance de sa voix, tantôt de sa ductilité en utilisant une forme de chant qui confine à la confidence. Elle mêle le chant pur et le scat. Pour ceux qui douteraient de son appartenance au jazz, en rappel, elle improvise entre autres sur Summer Time, Fever et Over the Rainbow : un pur régal. Elle ne manque pas non plus d’humour comme le montre un discours mi‑français mi‑anglais où elle insère quelques imitations.

 

La chanteuse est entourée d’un excellent groupe, au sein duquel nous distinguerons le saxophoniste (il joue aussi de la clarinette et de la flûte) et le violoncelliste. La couleur apportée par le violoncelle contribue d’ailleurs au charme de ce spectacle, salué par une très longue ovation debout.

 

Rendons, une fois de plus, hommage aux techniciens qui ont peaufiné un son de grande qualité où toutes les nuances étaient perceptibles. Un exploit pour ce spectacle qui repose sur une savante orchestration entre les instruments et la voix de la chanteuse et de ses choristes. 

 

Jean-François Picaut

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Jazz à Vienne 2012, trente-deuxième édition

À Vienne (Isère) du 28 juillet au 13 août 2012

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Fax +33 (0)4 74 78 87 88

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

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Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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