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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Jazz d’aujourd’hui, jazz de toujours
Le Théâtre Antique accueille ce soir un jeune pianiste de vingt‑cinq ans et un guitariste qui a plus de quarante ans de carrière derrière lui, autant dire le jazz d’hier et d’aujourd’hui, mais celui de demain aussi.
Tigran Hamasyan
© Jean-François Picaut
Mercredi 4 juillet 2012
Tigran Hamasyan trio : de la tradition assumée à l’innovation
À Vienne, Tigran Hamasyan, c’est un peu l’enfant du pays puisqu’il y effectue une résidence de longue durée depuis le mois d’avril et qu’il y retrouve comme directeur celui qui le premier l’a fait venir en France et peut‑être en Europe, il y a une dizaine d’années : Stéphane Kochoyan.
Le jeune prodige d’origine arménienne se produit en trio avec Sam Minaie (contrebasse), qui l’accompagnait déjà lorsque nous l’avions vu pour la première fois à Jazz à L’Étage et Nate Wood (batterie). Dans cette formation, on retrouve un peu le ludion que nous avions alors découvert.
Le programme est composé de thèmes tirés de son dernier album, A Fable, d’improvisations et de pièces du prochain opus à paraître. On y retrouve un panorama complet des qualités du pianiste-compositeur. C’est d’abord un mélodiste subtil et délicat comme dans Rain Shadow, dans cette autre pièce où il siffle ou bien encore dans cette berceuse arménienne interprétée au vibraphone assisté par l’électronique, où l’on croit entendre les sonnailles du troupeau et la trompe du berger. C’est aussi un maître de l’improvisation vocale, comme il l’a montré dans un morceau où l’électronique encore permet de créer l’impression d’une polyphonie. Il possède aussi cette énergie proche du rock, soulignée par le jeu de la basse et de la batterie, qui le voit se lever de son siège pour assener des accords furieux. C’est enfin un vocaliste, et il semble y prendre de plus en plus de plaisir.
Tigran Hamasyan fait partie de ces jeunes musiciens qui connaissent et assument la tradition, y compris celle de la musique arménienne dans son cas, mais qui la transcendent en l’intégrant au courant de la musique actuelle. Vienne a fait un triomphe mérité à ce musicien qui incarne la relève et donc l’avenir.
Pat Metheny
© Jean-François Picaut
Pat Metheny Unity Band : une légende de la guitare jazz
D’entrée de jeu, Pat Metheny séduit le public avec sa guitare à deux manches et aux cordes innombrables qui, outre ceux de la guitare, fait entendre des sons de harpe et de cithare.
Les autres guitares sont plus sages, mais le jeu du maître, lui, reste exceptionnel. Il alterne avec une science consommée les morceaux très rapides et rythmés où sa virtuosité fait merveille et des morceaux plus lents où éclate son sens de la mélodie et de l’harmonie.
Metheny dit plusieurs fois tout le plaisir qu’il ressent à se retrouver à Vienne, dans ce lieu exceptionnel. Il dit aussi son plaisir à se produire avec trois de ses musiciens préférés, et on ne peut qu’approuver son choix. Ben Williams (basse) n’est pas seulement un vigilant gardien du tempo, c’est aussi un mélodiste subtil. Antonio Sanchez (batterie), un compagnon qui l’a déjà accompagné à Vienne, est un rythmicien hors pair pour qui les changements de rythme et d’intensité, la polyrythmie n’ont aucun secret. Mais c’est également un habile créateur d’atmosphères. Cependant la palme revient certainement à Chris Potter (clarinette basse, flûte traversière, saxophones soprano et surtout ténor). Sur ce dernier instrument, il est remarquable par son engagement, l’ampleur et la plénitude du son qu’il produit. C’est à coup sûr un coleader du groupe.
On a moins aimé la partie électronique où une sorte d’orgue à bouteilles gérait une série de percussions automatiques donnant l’impression d’un concert d’automates.
Ajoutant la générosité au talent, pour la plus grande joie des spectateurs, Pat Metheny nous a offert trois rappels dont un solo. La classe, quoi ! ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Jazz à Vienne 2012, trente-deuxième édition
À Vienne (Isère) du 28 juillet au 13 août 2012
Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne
Tél. +33 (0)4 74 78 87 87
Fax +33 (0)4 74 78 87 88
Renseignements : www.jazzavienne.com
Billetterie : billetterie@jazzavienne.com
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« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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