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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
C’est la fête funk
Sous le soleil revenu, le Théâtre Antique, plein jusqu’au dernier promenoir (on a joué ce soir à guichets fermés), célèbre la fête du funk avec trois groupes mythiques.
George Clinton Parliament Funkadelic
© Jean‑François Picaut
Mardi 3 juillet 2012
Fred Wesley and the New J.B.’ s : en toute décontraction
À soixante-huit ans, Fred Wesley, que nous avions déjà entendu à Coutances et à Jazz à L’Étage, a pris de l’embonpoint et ne quitte plus guère son tabouret. Mais le maître du trombone n’a perdu ni son souffle ni son humour.
Dès le premier morceau, le bassiste (Dwayne Dolphin) signe un très beau solo qui déchaîne les applaudissements d’un public de fans. Peu après, Fred Wesley, très bavard ce soir, entreprend de faire chanter le public qui ne se fait pas prier.
En toute décontraction, le groupe très complice déroule un programme où chacun tient son rôle sans avoir l’air de se prendre au sérieux. Il faut dire qu’on peut être tranquille quand on interprète la musique de celui qui fut le directeur musical de James Brown. Quand Fred Wesley chante, Gary Winters (trompette) ou Phillip Whack (saxophone) font les chœurs ou lui donnent la réplique sous forme de relance ironique : les spectateurs adorent. Au cours d’une pause, le batteur (Bruce Cox) nous démontre sa très grande dextérité aux baguettes.
Une invitée-surprise rejoint le groupe pour une chanson. Dotée d’une voix extrêmement puissante, elle subjugue le théâtre bien que sa tessiture, plutôt haut perchée, ne s’accorde pas totalement avec l’accompagnement musical.
Tandis que le soleil se couche sur Vienne, le public heureux du cocktail soul et funk qui lui est proposé reprend avec ardeur Gimme Some More et Pass the Peas, deux vieux tubes des J.B.’s.
Earth Wind and Fire Experience : le grand show
Avec Earth Wind and Fire Experience, le festival renoue avec les années 1970, d’autant que le guitariste Al Mac kay, membre du groupe original, y a repris sa place. La formule mêle toujours la pop, le jazz, la soul et le funk en un cocktail épicé, servi par un personnel très nombreux – pas moins de treize musiciens.
Le spectacle est très mis en scène, ainsi le début s’effectue‑t‑il dos au public. Les lumières sont très travaillées. La gestuelle des trois chanteurs leaders s’apparente à une chorégraphie qui emprunte au hip‑hop pour la plus grande joie des jeunes spectateurs. Ils se passent à tour de rôle le relais du chant (avec une nette prédominance, ce soir, pour Tim Owens sur Claude Woods et DeWere Duckett) tandis que les deux autres assurent l’ambiance.
Le son qui n’est pas sans rappeler la disco est porté par la pulsation puissante imprimée par le batteur (Mike Shapiro), soutenu par les percussions de Joey DeLeon. Il faut signaler deux grands solos du saxophoniste Ed Wynne, avec un jeu aussi véloce que puissant à la recherche d’une forme de paroxysme.
George Clinton
Parliament Funkadelic : le délire psychédélique
L’un des pères fondateurs du funk et le père incontesté du Pfunk ou Psychedelic Funk, à moins que ce ne soit Parliament Funk, a pris de l’âge (71 ans), et il a souvent besoin de s’asseoir sur sa chaise devant la batterie, voire de se reposer en coulisses, mais son groupe assure même quand le maître n’est pas à l’avant‑scène.
Ce qui frappe d’abord au sein du personnel très nombreux (certains n’interviennent que fugacement), ce sont les tenues excentriques. On découvre ainsi un batteur engoncé dans une combinaison intégrale jaune serin, un indien emplumé, un danseur acrobate qui fait son entrée en ours blanc, un sosie de James Brown au moins par la perruque et le costume, une choriste sur rollers dont la jupette, très courte, laisse voir une culotte de grand‑mère, etc. Tout ce beau monde évolue dans un désordre apparent, mais que l’on devine savamment orchestré par Mr George.
La musique elle-même s’appuie sur une rythmique très répétitive, sur laquelle se greffent guitares et basses souvent saturées et cuivres tonitruants. L’effet est très dansant et n’est pas sans rappeler quelques techniques de transe. Toute l’orchestra, bourrée à craquer, et une bonne part de la cavea du Théâtre Antique, debout et les bras levés, chantent et dansent jusqu’à une heure avancée de la nuit. Et les nappes de son dévalent la colline de Pipet pour se répercuter au‑delà du Rhône. Cette nuit viennoise est celle du funk pour tous. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Jazz à Vienne 2012, trente-deuxième édition
À Vienne (Isère) du 28 juillet au 13 août 2012
Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne
Tél. +33 (0)4 74 78 87 87
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Renseignements : www.jazzavienne.com
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