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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Une très grande soirée de jazz
Jazz à Vienne commence sa deuxième semaine par un programme exceptionnel qui réunit autour de deux pianos certains des plus grands noms de cet instrument et nous offre en prime de découvrir un chanteur dont le talent commence à faire grand bruit.
Gregory Porter | © Jean-François Picaut
Lundi 2 juillet 2012
Gregory Porter : le chanteur qui monte
À peine deux ans après la sortie de son premier album, Water (2010), Gregory Porter est déjà célébré par le public et la critique comme un grand chanteur de jazz. L’homme lui‑même est impressionnant par sa stature de bûcheron, image que ne démentent ni le passe‑montagne qui encadre sa barbe ni la casquette vissée sur le crâne. Il possède une belle voix de baryton, plutôt grave, avec des inflexions à la Kurt Elling.
Sur la scène du Théâtre Antique puis sur celle du Club de minuit au théâtre municipal, il est entouré d’un remarquable quartette, où se distinguent notamment le pianiste (Chip Crawford) et le saxophoniste alto (Yosuke Sato) impressionnant de conviction, de puissance et de rapidité.
Gregory Porter pratique un jazz très swing et très coloré. Si l’énergie est ce qui semble le caractériser au premier abord, il sait aussi se couler dans la peau du crooner pour une ballade au charme mélancolique. Également à l’aise dans le blues lent, le scat ou le style gospel, il possède également une diction claire, qualité très appréciable de nos jours. Le public a beaucoup applaudi Be Good, chanson éponyme de son dernier album (chez Motéma, 2012), et 1960 What ?, le titre qui l’a rendu célèbre.
Mulgrew Miller, Kenny Barron, Eric Reed et Benny Green : an evening with two pianos
Après Gregory Porter commence une vraie nuit du piano. Deux pianos sont installés face à face sur la scène et va s’y succéder la fine fleur du piano jazz : Mulgrew Miller, Kenny Barron, Eric Reed et Benny Green, soit deux générations de maîtres de cet instrument.
En solo, en duo et en deux fois quatre mains, ils ont choisi de rendre hommage à un autre monstre sacré, Thelonious Monk. On entendra ainsi, revisités comme il se doit : Evidence, Reflections, Just Me, Just You, I Got It Bad and that Ain’t Good et, en final, un Blue Monk à huit mains, une apothéose. En invité spécial, Hervé Sellin nous a proposé une relecture sensible de Monk’s Dream, mâtinée de Johnny Griffin.
Il faudrait des pages et des pages pour épuiser la richesse des différentes interprétations, et on risquerait surtout de paraître pédant. On se contentera donc de relever le plaisir de jouer ensemble de ces quatre maîtres, leur joie à se défier et à se surprendre, bref à pratiquer la musique telle qu’on l’aime et telle qu’elle devrait toujours être. Mais il faut également citer leur grande concentration, leur écoute mutuelle très attentive et très respectueuse. Tout cela a constitué un parfait prélude à ce qui allait suivre.
McCoy Tyner | © Jean-François Picaut
McCoy Tyner invite Ravi Coltrane : comment tutoyer les sommets
Le charme du programme précédent n’a pas encore eu le temps de se dissiper quand apparaît la haute silhouette de McCoy Tyner. L’homme est amaigri, la démarche hésitante et la voix si cassée qu’elle est presque inaudible. Mais on ne va pas tarder à s’apercevoir que la force des mains est intacte comme les capacités créatives du maître.
Épaulé par Montez Coleman à la batterie et par Gerald Cannon, remarquable mélodiste à la contrebasse, poussé par le souffle et l’inspiration de Ravi Coltrane (saxophone ténor), l’ancien disciple de Coltrane père semble se surpasser. On retrouve la puissance incroyable du grand McCoy Tyner, mais aussi sa capacité à interpréter une douce mélodie avec délicatesse et sensibilité infinie. Évidemment, sa science de l’harmonie et des couleurs est intacte. C’est avec un plaisir évident que le maestro nous a proposé Blues on the Corner, un de ses grands succès, tiré de son premier album chez Blue note en 1967.
Une telle soirée est évidemment à marquer d’une pierre blanche. Pour s’en convaincre, il suffisait d’observer la mine réjouie des spectateurs qui quittaient le Théâtre Antique à plus de minuit et d’écouter les commentaires, même des plus jeunes. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Jazz à Vienne 2012, trente-deuxième édition
À Vienne (Isère) du 28 juillet au 13 août 2012
Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne
Tél. +33 (0)4 74 78 87 87
Fax +33 (0)4 74 78 87 88
Renseignements : www.jazzavienne.com
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« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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