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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
L’Afrique ouvre le bal à Vienne
La trente-deuxième édition de Jazz à Vienne s’est choisi les cordes pour fil conducteur, celles des guitares et des (contre)basses, bien sûr, mais aussi celles des pianos et, enfin, ces cordes humaines que sont les cordes vocales. Nous aurons l’occasion d’y revenir pendant les quinze prochains jours. Mais, pour l’ouverture, l’accent est surtout mis sur la danse.
Sandra Nkaké
© Jean-François Picaut
Celui qui mène le branle, c’est Merlin Nyakam, le chanteur, comédien et surtout chorégraphe et danseur d’origine camerounaise. C’est ce vrai prodige, danseur étoile du Ballet national du Cameroun à seize ans et couvert de prix internationaux, qui a dirigé, avec les compagnies locales Sokan et Angata, le Flash Mob Africa et le Bal à fond qui ont fait danser la ville à partir de dix‑huit heures.
Blitz the Ambassador invite Sandra Nkaké
Pour la soirée d’ouverture au Théâtre Antique, gratuite sur invitation, Jazz à Vienne a uni ses efforts à ceux du Rhino jazz(s) Festival afin de proposer une suite africaine ponctuée des interventions de la Cie Transe Express. Cette soirée est aussi pour Stéphane Kochoyan, le nouveau directeur très ému, de faire sa première intervention au Théâtre Antique où il est introduit par Jean‑Paul Boutellier.
Nous retrouvons Blitz the Ambassador en première partie. Le groupe emmené par Samuel Bazawulé, un Ghanéen, n’a rien perdu de sa conviction pour proposer sa musique métissée hip‑hop, afrobeat et autres soul music ou rap. Le trio de cuivres (saxophone, trompette et trombone) apporte toujours un spectacle très chorégraphié, plein de punch et de dynamisme. La palme en ce domaine revient certainement au saxophoniste Ezra Brown, mais le bassiste Alexis Houtondji sait également être très expressif, notamment dans ses duos avec son leader. Si chacun a droit à son petit moment de soliste, c’est assurément Clemens Braun (trompette) qui se distingue dans cet exercice. Samuel Bazawulé, lui, chante (en anglais) et danse avec un enthousiasme qui ne semble pas laisser le public indifférent. On n’est pas sûr, pour autant, que ses discours, toujours en anglais, sur l’Afrique et ses différents apports soient de la haute philosophie ! Aussi bien n’est‑ce pas ce qu’on lui demande et faut‑il bien souffler un peu dans un spectacle aussi trépidant. Mais, bon, que l’homme est bavard…
Ce spectacle est l’occasion de vérifier que Blitz the Ambassador ne fait pas danser que les adolescents boutonneux. Le public de ce soir, qui comportait une grande palette d’âges et notamment beaucoup de femmes, c’est aussi montré réceptif à cette musique rythmée.
Le feu de Sandra
Le programme indiquait que Sandra Nkaké serait présente en invitée. Blitz the Ambassador ne lui a concédé qu’une chanson. Il a, en cela, été mal inspiré. La chanteuse, avec cette seule chanson, a ranimé la flamme d’un spectacle qui commençait à donner des signes de faiblesse depuis un bon quart d’heure : tenir en haleine le Théâtre Antique n’est pas une mince affaire. Les amateurs de la flamboyante Sandra Nkaké pourront toujours se rattraper lors de la nuit de fin, mais ce sera à l’aube du 14 juillet.
Merlin Nyakam
© Jean-François Picaut
Merlin l’enchanteur
Après l’entracte, on retrouve Merlin Nyakam en duo. On devrait dire en solo, car son partenaire ne fait que l’accompagner à la kôra. C’est d’abord une pièce éblouissante et vraiment magique où Merlin Nyakam danse revêtu d’une robe à longue traîne, extrêmement moulante sur le torse avec les seins dégagés. On voit clairement que l’interprète est un homme, mais le corps androgyne, la danse aérienne, fluide, rapide, légère suggèrent constamment le contraire. Cette ambivalence ou ambiguïté confère à cette pièce un charme puissant que n’a pas la seconde, pourtant virtuose, où l’artiste, dans la même tenue (et c’est sans doute l’erreur) danse, y compris au milieu du public, avec une bouteille sur la tête.
Une compagnie aérienne
La compagnie Transe Express et ses tambourinaires en tenue de la grande époque avaient ponctué la soirée de leurs interventions burlesques, et voilà qu’on les retrouve dans les airs. Propulsés dans le ciel de Vienne par une immense grue, ils montent et descendent au-dessus du Théâtre Antique, suspendus à un gigantesque Mobile Homme (c’est le titre de leur spectacle). Tandis que les tambourinaires poursuivent imperturbablement leur répertoire au sommet du mobile, une acrobate fait du trapèze. C’est assurément un spectacle de rue insolite au clair de lune.
La fête africaine
Aux derniers coups de baguette de Transe Express font écho les percussions de la Cie Sokan : c’est l’heure du final, un final festif puisque la soirée est placée sous le signe de l’Afrique. Deux écoles de danse africaine et un atelier préparé par Merlin Nyakam se retrouvent sur la scène du Théâtre Antique. Ces femmes de tous âges (de la fillette à la mamma, européennes à plus de 90 %) vont nous donner, sous la houlette du chorégraphe camerounais et de sa complice d’un soir, Faby Gaggione, un spectacle empreint de dynamisme et de joie de vivre communicatifs. Quel plus beau symbole d’amitié entre les peuples et d’ouverture culturelle !
C’est sous ces auspices favorables, n’en doutons pas, que va désormais se poursuivre pendant seize jours, de douze heures à trois heures du matin et sur quatre scènes complémentaires (Cybèle, Club de minuit, Jazz’mix, et Théâtre Antique) le trente‑deuxième festival Jazz à Vienne. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Jazz à Vienne 2012, trente-deuxième édition
À Vienne (Isère) du 28 juillet au 13 août 2012
Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne
Tél. +33 (0)4 74 78 87 87
Fax +33 (0)4 74 78 87 88
Renseignements : www.jazzavienne.com
Billetterie : billetterie@jazzavienne.com
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« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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