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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 22:01

Superbe bouquet d’automne et de printemps


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Le concert de The Spring Quartet qui clôt Jazz à L’Étage 2014 était attendu comme une apothéose. Les héros ont été à la hauteur de leur légende.

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Joe Lovano | © Jean-François Picaut

Les réseaux sociaux avaient fonctionné : Jazz à L’Étage 2014 allait se terminer par un concert énorme. The Spring Quartet (Joe Lovano au saxophone, Jack DeJohnette à la batterie, Esperanza Spalding à la contrebasse et Leo Genovese aux claviers) était annoncé à Rennes. Longtemps avant l’heure d’ouverture du Liberté, la file des amateurs s’allongeait interminablement devant les portes. Chacun voulait être au premier rang pour l’évènement.

Jazz à L’Étage avait confié l’avant-concert au quartette de Maxence Ravelomanantsoa (le leader au saxophone, Édouard Ravelomanantsoa, son frère, au piano, Matyas Szandai à la contrebasse et Ariel Tessier à la batterie). Le jeune saxophoniste, bénéficiaire de l’opération Fresh Sound de cette année, ne s’est pas laissé impressionner par le défi. Le groupe n’a pu jouer que trois des titres prévus, mais c’était assez pour conquérir le public et lui donner envie d’en entendre plus. Il suffisait pour s’en convaincre de mesurer la chaleur des applaudissements et le nombre de personnes qui voulaient prendre contact avec le quartette à la fin du concert. Le public rennais et breton connaissait Maxence Ravelomanantsoa comme un saxophoniste ténor très prometteur, il sait désormais qu’il doit être également attentif au compositeur.

Après une pause où chacun trompait comme il pouvait son impatience, The Spring Quartet a fait son entrée sous un tonnerre d’applaudissements. Les quatre musiciens ont commencé par saluer le public à l’avant-scène, les deux plus jeunes, Spalding (pas encore trente ans) et Genovese (trente-cinq), entourant leurs aînés, Lovano (dans sa soixante-deuxième année) et DeJohnette (soixante et onze) : le printemps et l’automne réunis.

Avec The Spring Quartet dans les étoiles

D’entrée de jeu, Joe Lovano donne le ton dans une pièce de sa composition : le jeu est rapide, le son riche et la pulsation profonde. Les compositions des uns et des autres vont s’enchaîner dans une liberté de plus en plus affirmée pendant plus d’une heure trente. Herbie’s Hand Cocked (DeJohnette) donne lieu au premier solo de la contrebasse. Esperanza Spalding, que même un foulard négligemment noué façon fichu de femme de ménage ne parvient pas à enlaidir, semble un elfe bondissant. Elle improvise le sourire aux lèvres et comme en se jouant. Leo Genovese signe ensuite un très long chorus : on l’a connu plus déjanté. Les choses commencent à se préciser avec la composition suivante, le Petit Opportun de Joe Lovano. Après l’ouverture de DeJohnette à la batterie, Lovano enchaîne avec une joyeuse cacophonie bientôt imitée par le piano dissonant que Genovese fait gronder comme un orage formidable : il joue une ligne mélodique au piano et une autre, décalée, sur son clavier électronique. Un petit intermède très swing de DeJohnette débouche sur un passage en aigus agressifs du saxophone avant de revenir vers des paysages de plus en plus calmes. C’est le début d’un merveilleux voyage dans les étoiles où nous entraîne The Spring Quartet.

Dans Hystaspes Shrugged, Esperanza Spalding chante à s’accompagnant à la contrebasse. On croirait une sorte de chant ethnique qui lui permet de montrer l’ampleur de sa tessiture et sa capacité à moduler son chant. Ses aigus sont à briser le cristal. Peu à peu, un léger accompagnement à la batterie puis au piano se met en place, puis Lovano reprend le chant au saxophone soprano. Le concert a définitivement décollé, direction les étoiles. On entendra ensuite Otherworldly Dervishes (DeJohnette) où le batteur montre son art sans esbroufe tandis que Miss Spalding fait étalage de sa capacité à siffler. Dans Shaking the Shark (Spalding), DeJohnette improvise vocalement (cela ressemble à un chant de travail ethnique) et les trois autres jouent du saxophone soprano. Plus exactement, Lovano joue et ses deux compères ponctuent son jeu d’interventions énergiques. DeJohnette relance avec un superbe numéro de batterie puis il reprend le chant, et Spalding lui répond. On revient au trio de saxophones plutôt dissonants que DeJohnette accompagne d’une pulsation qui évoque le tam-tam. Un beau moment de musique en liberté.

C’est déjà la fin du concert avec T.R.F. alias Temporary Risk Factor (Leo Genovese) qui se distingue par un long passage en trio, très rythmé. En bis, Jack DeJohnette présente une de ses compositions, Ahmad the Terrible, comme un hommage « au plus grand des pianistes », voilà qui va faire plaisir à son compère Keith Jarrett ! Lovano, Genovese et Spalding y sont éblouissants.

Le concert qui clôt ce Jazz à L’Étage nº 5 a tenu toutes ses promesses. C’est un beau défi à relever pour la sixième édition, l’an prochain. 

Jean-François Picaut


The Spring Quartet

Maxence Ravelomanantsoa Quartette (en avant-concert)

Le Liberté • boulevard de la Liberté • 35000 Saint-Malo

Le 29 mars 2014, à 20 heures

Durée : 2 h 30 (avec entracte)

25 € | 15 € | 8 €

Jazz à L’Étage, 5e édition, 2014

Du 28 février au 2 mars puis du 21 au 29 mars 2014

À Rennes, dans diverses villes de Rennes-Métropole, à Saint-Malo

Festival Jazz à L’Étage

http://jazzaletage.com/index.php/jazz-a-l-etage/programmation-2014

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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