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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 00:54

Melanie Scholtz : une révélation confirmée


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour le 14 juillet, les festivaliers de Jazz à Juan se sont vu offrir une soirée gratuite. Ici, gratuité ne veut pas dire moindre qualité, on va le voir.

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Melanie Scholtz | © D. R.

Dimanche 14 juillet 2013

L’an passé, Melanie Scholtz avait su conquérir le jury et le public, elle s’était vue consacrée Révélation de Jazz à Juan 2013. Cette année, elle fait mieux que confirmer son talent, elle l’affirme. Melanie Scholtz est une vedette dans son pays, surtout depuis qu’en 2003 elle a eu l’honneur de chanter l’hymne national de son pays, l’Afrique du Sud, devant le président Mandela. C’était à l’occasion de la Coupe des présidents. Elle reste néanmoins une quasi-inconnue en France. Cela ne devrait pas durer, car ce petit brin de jeune femme possède une très grande voix et de belles qualités scéniques. On en a un aperçu dès le premier titre qu’elle démarre a cappella. La tessiture est étendue, et les graves profonds ont un moelleux remarquable. Melanie sait aussi scatter et elle improvise pour présenter, en anglais, les musiciens qui l’accompagnent, rappeler son succès de l’an passé et souhaiter la bienvenue au public qui semble déjà conquis par tant de qualités.

On poursuit avec une superbe interprétation de Keep Your Hands Wide Open, qu’illustra autrefois Abbey Lincoln et qui permet au pianiste suédois Martin Sjöstedt de montrer une partie de son grand talent. Suit, en français s’il vous plaît, une excellente version de J’oublie, une chanson connue grâce à Milva et Piazzola. Mélanie Scholtz y met beaucoup d’émotion, et on peut apprécier, à cette occasion, la grande expressivité de son visage et de son corps. Le titre suivant joue sur les mots et les sonorités, c’est une nouvelle occasion de scatter. Une chanson sud-africaine met en valeur ses aigus éclatants, et l’on s’achemine déjà vers la fin du concert. Un Caravan très enlevé sert de conclusion à une prestation qu’on aurait aimé plus longue. On se console en se disant que le(s) talent(s) de Melanie Scholtz la feront revenir bientôt et plus longuement sur les scènes françaises.

Romain Thivolle Big Band : un traitement original

Romain Thivolle est en quelque sorte le régional de la soirée puisqu’il vient de Toulon. C’est un guitariste, et la chose ne doit pas être très fréquente à la tête d’un big band. Autre singularité, bien qu’il soit l’arrangeur du groupe, il n’en profite pas pour se tailler la part du lion comme interprète. Enfin, troisième particularité, sa formation joue bien sûr des classiques du jazz, comme cela se doit pour un big band, mais elle puise aussi dans le répertoire de Police, de Stevie Wonder, de Michaël Jackson, des Beatles ou de Nougaro. Le programme commence d’ailleurs par Sir Duke, un hommage de Stevie Wonder à Duke Ellington. On entendra aussi Come Together des Beatles et Cécile de Nougaro. À côté de ces reprises, figurent un certain nombre de compositions du leader comme John Mosca in Pertuis, un hommage au grand tromboniste avec Michael Steiman au trombone. Parmi les autres compositions, on retiendra Rubik’s Cube où s’illustre Zaccharie Canut au saxophone soprano et Chromatisme crânien (oui, oui, vous avez bien lu, on aime les jeux de mots, un autre titre s’appelle À tes seins !), occasion pour Philippe Jardin (batterie) et Serge Arese (basse électrique ici) de montrer leurs talents. On signalera également, en dehors du leader, les prestations de José Caparros (trompette), Igor Nasonov (trombone), de Franklin Pantin (claviers) et de toute la section de saxophones. Par charité, nous ne dirons rien du chanteur, du reste présentateur détestable, Bertrand Bergognone, à la tessiture restreinte, au son légèrement nasal et dont la puissance laisse parfois à désirer. Vous retrouverez la musique du Romain Thivolle Big Band sur deux albums, First Time (2010) et Kind of Pop (2013), caractéristiques de cette formation qui est plus un orchestre de cuivres qu’un big band traditionnel.

Igor Butman Big Band : une belle découverte

La formation du saxophoniste Igor Butman, (un fringant) quinquagénaire, assume, elle, parfaitement la tradition. Tous les musiciens arborent une superbe cravate bleu, blanc, rouge, sans que l’ordre des couleurs permette de dire clairement si c’est un hommage à notre fête nationale. Chaque pièce met en valeur un ou plusieurs solistes ou le leader. Le programme, s’il commence par l’adaptation d’une romance russe et finit par une composition personnelle, est en grande partie fait de standards qui mettent en évidence le brio de l’ensemble. Évidemment, Butman lui-même aux saxophones soprano, alto et ténor est la vedette du groupe. On ne s’en plaint pas, c’est un saxophoniste au son très ample, rapide, inventif et brillant, ayant le sens de la mélodie, animé parfois d’un véritable enthousiasme, au sens étymologique. Ce n’est pas pour rien qu’il a reçu les compliments de Wynton Marsalis et de… Bill Clinton ! Il confirme ici sa réputation de virtuose.

Parmi les musiciens, tous excellents, on distinguera la tromboniste Alevtina Georgievna Polyakova. Cependant, la découverte dans ce groupe est certainement la chanteuse Fantine Maria Pritoula. Cette belle jeune femme longiligne à la coiffure afro, d’origine russe et dominicaine, réside ordinairement en Australie. Elle n’a pas trente ans et possède réellement une voix superbe : ample tessiture, puissance y compris dans les aigus, clarté de l’articulation… De plus, elle bouge très bien et possède une grande expressivité du visage et du corps. Elle a fait merveille dans de grands standards : Yellow Basket d’Ella Fitzgerald, C’est si bon (en français) illustré par Montand et Armstrong, What A Wonderful World de Bob Thiele et George D. Weiss, créé par le même Armstrong et On the Sunny Side of the Street de Sinatra. On devrait entendre parler de Fantine Maria Pritoula.

Le concert se termine par une belle marque d’humour. Igor Butman présente From Butman to Goodman comme un hommage au grand clarinettiste qu’il salue, en vertu de la quasi-homophonie des noms et de la même origine russe, comme un lointain parent ! Ces mots d’esprit et cette pièce brillante concluent dignement cette soirée de 14 juillet. 

Jean-François Picaut


Jazz à Juan 2013 à Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes)

53e édition

Du 12 au 21 juillet 2013

Site : http://www.jazzajuan.com ou www.antibesjuanlespins.com

Renseignements : +33 (0)4 97 23 11 19

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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