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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 00:08

« Là, tout n’est qu’ordre

et beauté… »


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Keith Jarrett, Gary Peacock et Jack DeJohnette sont de retour pour la quatorzième fois consécutive sur la scène de Jazz à Juan. Il règne dans le public de la pinède Gould une atmosphère empreinte de sacré.

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Keith Jarrett Trio | © D. R.

À peine les derniers mots de bienvenue prononcés par Jean-René Palacio, directeur du festival, le trio mythique fait son entrée. Keith Jarrett s’installe à son piano, il est de trois quarts dos pour plus de la moitié du public. Au bout du piano se tiennent Gary Peacock et sa contrebasse. Jack DeJohnette et sa batterie, à la gauche de Peacock, font face à Jarrett. Hélas, de tout le concert, nous ne verrons pas le visage du batteur, dissimulé derrière sa cymbale de gauche, très haut perchée. Les trois hommes, serrés dans un espace restreint, pourraient avoir l’air perdus au milieu de l’immense scène, mais les quelques projecteurs qui les éclairent donnent plutôt l’impression d’une ambiance feutrée, intime, une atmosphère de club.

L’avènement de la musique

En harmonie avec ce décor, le programme de ce soir privilégie les ballades et les mélodies. Ainsi Keith Jarrett débute-t-il par un prélude tout classique, d’une grande fluidité, en accord avec la mer toute proche. Bientôt, la rythmique s’installe grâce un jeu de baguettes très épuré de Jack DeJohnette suivi de la pulsation profonde de la contrebasse. Ensuite, la musique prend de l’ampleur, et l’on voit Keith Jarrett jouer debout et marquer le tempo en se dandinant d’un pied sur l’autre, comme il en est coutumier. Deux brefs relais de ses camarades, et le morceau s’achève comme en suspens. « Il ne se passe rien ! », regrette un spectateur. Il est vrai qu’il n’y a pas d’éclats dans ce concert aussi apaisé que la mer dans cette superbe baie de Juan qu’on aperçoit derrière les artistes. Il ne se passe rien, en effet, sinon l’avènement de la musique !

La première partie du programme alterne ainsi de superbes ballades quasi méditatives où le dialogue mélodique à trois trahit une grande complicité et des titres aux rythmes plus marqués qui sont l’occasion pour Peacock et DeJohnette de s’exprimer de façon plus personnelle et plus longue. Jarrett semble s’y détendre quelque peu, et on peut l’entendre fredonner en scat. Le travail de DeJohnette, uniquement aux baguettes, est d’une précision d’orfèvre, et la sonorisation remarquable permet d’apprécier chacun des sons qu’il distille. Gary Peacock signe de très beaux passages mélodiques.

Un public plus dynamique

Après l’entracte, le public, jusque là un peu compassé, se montre plus réceptif et plus dynamique. Peut-être est-il influencé par le premier titre dont le tempo est très rapide et le deuxième au rythme nettement syncopé, marqué d’un beau solo de contrebasse et de batterie. On revient ensuite à une pièce très mélodique, de facture toute classique, dans laquelle Gary Peacock effectue un très beau travail mélodique. Dans la suivante, très rythmée, la rapidité, la clarté et la musicalité de Jack DeJohnette font merveille. On termine avec une ballade très allante. Le premier rappel débute par un prélude lent et classique au piano qui demeure prédominant jusqu’à la fin, tandis que la batterie distille des notes cristallines et que Peacock s’illustre une fois encore dans les passages mélodiques. Le second, sur une structure semblable, permet très classiquement à chacun de s’exprimer plus longuement.

Une longue ovation conclut ce concert d’ouverture qui présage bien de la suite du festival. Les amateurs de sensations plus fortes y trouveront de nombreuses occasions d’être satisfaits. Pour nous, nous nous réjouissons du festin pour gourmets offert par Keith Jarrett, Gary Peacock et Jack DeJohnette, en pleine harmonie avec le clair de lune sous les pins. 

Jean-François Picaut


Jazz à Juan 2013 à Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes)

53e édition

Du 12 au 21 juillet 2013

Site : http://www.jazzajuan.com ou www.antibesjuanlespins.com

Renseignements : +33 (0)4 97 23 11 19

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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