Jacques ont dit…
Belges, roumains ou espagnols, « Les poètes inventent l’Europe » et se rencontrent du 29 septembre au 14 novembre 2009 à la Maison de la poésie. Ce « refuge des mots face au fracas du monde » est caché entre les pavés du passage Molière. Mots lierres pourrait-on dire, qui prolifèrent sur la langue de Jacques Bonnaffé après avoir germé dans l’encre Darras, et qui finissent accrochés à nos pensées en devenant « Jacques two Jacques ». Voici un spectacle vivant de poésie, par et pour elle. C’est foisonnant mais un peu trop luxuriant dans l’immédiateté du bref moment qu’impose la représentation.
ette poésie, dans le cadre d’une rencontre européenne, est apolitique. Si ce n’est qu’elle
suggère que « la capitale d’Europe serait en pente », la Grand-Place de Bruxelles observant une dénivellation de quatre mètres, tout de même… Elle parle ailleurs d’amour des
frontières et des échos que s’y font les mots territoire, terre et terreur. Mais à part quelques saute-moutonnades du genre, les two Jacques n’ont pas
l’Europe au cœur de leur dire. Elle est sous-jacente, bien sûr, puisqu’ils en sont nés et qu’ils aiment ses villes et ses eaux, et qu’« il n’est de poésie que dans la déclaration d’amour
que nous faisons aux noms aimés ». Leur véritable affaire, c’est la poésie, sur et avant tout. À voix haute.
Jacques Darras est un philosophe poétique. Il s’observe, regarde sa condition d’homme droit dans les yeux et il l’écrit. Ses textes éclairent son monde, il est souvent le nôtre. Son regard est goguenard, amuseur-amusé, un réflecteur réfléchi. Son regard est sensible aux rythmes des choses de la vie. Il attrape les tempos et les collent aux mots, pour qu’ils soient à mâcher, débiter, scander, marteler, syncoper, racler. Sa poésie n’est pas du lyrisme, mais plutôt des secousses ; sa poésie n’est pas douce, mais en éternelle action : un mouvement, musical et spatial.
Jacques Bonnaffé se fait un plaisir de la brandir, de son tempérament musclé. Nerveux, joyeux, dansant et frémissant, il investit les phrases sans s’encombrer d’incarner leur sens. Il est passeur, mais à la façon « joueur » : il fait des tours et des passes comme dans un jeu de balles. Lance, frappe, et marque : buuuuuuuut ! Son énergie est concentrée, on la sent au bord de l’explosion. Mais elle ne s’y jette jamais, Jacques maîtrise… L’autre Jacques, Darras, est présent et lit quelques-uns de ses textes, de façon plus… écrivain. D’une façon de géniteur. Leur dialogue laisse alors de la place au temps libre, et non pas mort, à celui qui revient au spectateur. L’espace dans lequel il peut mettre ses propres résonnances.
Car dans ce spectacle, les quelques plages vidées de mots ne sont jamais assez silencieuses. C’est ce qui fait le charme et la limite de ce moment. Je ne connaissais pas la plupart des textes que j’ai entendus et, malgré mon esprit que je crois plutôt vif (si, si), je sais pertinemment que je suis passée à côté de bien des détails. De quelques morceaux aussi, parfois, je l’avoue. Alors se pose la question de l’accessibilité de ce spectacle. Je ne parle pas de l’accessibilité de la poésie, je suis sûre d’elle. L’équilibre entre la parole et l’écoute ne me semble pas juste. Les possibilités offertes, à jouer du côté du comédien et à recevoir du côté du public, ne sont pas équitables. Il y a du favoritisme dans la répartition des cartes ! Mais nul doute aussi que la question soulevée peut se résumer à une constatation : celle que nous ne sommes pas suffisamment exercés, si on n’en fait pas l’effort, à entendre de la poésie, à en lire, à en vivre, quotidiennement. ¶
Claire Néel
Les Trois Coups
Jacques two Jacques, montage de textes de Jacques Darras
Compagnie Faisan
Mise en scène : Jacques Bonnaffé
Avec : Jacques Bonnaffé et la participation de Jacques Darras
Scénographie : Michel Vandestien
Lumière : Orazio Trotta
Son : Éric da Graça Neves
Maison de la poésie • passage Molière, 157, rue Saint-Martin • 75003 Paris
Réservations : 01 44 54 53 00
Du 26 au 29 octobre 2009 à 20 heures
Durée : 1 h 15
22 € | 17 € | 8 €
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
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