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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 14:13

Être adulte ? Plutôt crever !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Ils ont moins de vingt‑cinq ans et s’attaquent à « Hamlet » : quel culot ! Réinventant le mythe, incarnant des personnages qui n’ont pas leur âge, les membres de la compagnie de l’Éventuel‑Hérisson‑Bleu n’ont en effet peur de rien. Dans « J’expire aux limbes d’un amour inavoué », ils osent tous les mélanges. Résultat : des maladresses bluffantes et des fulgurances poétiques remarquables : Elseneur comme aire de jeu et feu de joie, pour ne surtout pas entrer dans le royaume pourri des adultes.

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« J’expire aux limbes d’amour inavoué » | © Mains d’œuvres / Vinciane Verguethen

Suivre la compagnie de l’Éventuel‑Hérisson‑Bleu est passionnant, et pas seulement pour découvrir ses titres à rallonge ! Voilà une jeune troupe qui a l’ambition de passer dans la cour des grands sans renoncer à l’enfance, et dont l’œuvre thématise ce choix. De fait, il y a deux ans, la compagnie nous présentait sa version de Peter Pan. Or, aujourd’hui, avec le personnage de Hamlet, elle poursuit sa réflexion sur les âges de la vie : réinventés tous deux par Milena Csergo, Hamlet et Peter sont en effet deux frères. C’est pourquoi, sans doute, Hugo Mallon, qui interprétait Peter, incarne cette fois‑ci l’ombre enfantine du prince du Danemark.

Dans la version de Milena Csergo, Ophélie et Hamlet représentent donc l’adolescence. Ils expriment le refus d’un monde représenté par leurs parents respectifs. C’est d’ailleurs dans les scènes de confrontation entre générations que l’on trouve les plus beaux moments du spectacle. Ophélie et Hamlet y hurlent leur terreur de grandir. S’ils n’épargnent rien à leurs parents, c’est que ceux‑ci sont à l’image du cauchemar qui les attend : la compromission, la lutte vaine contre le temps ou la maladie. Tout à coup, alors, le spectacle résonne autrement. Il fait plus noir sur scène. L’ambiance de fin du monde, créée par le beau travail sur la lumière, prend tout son sens. Ajoutons que l’on retrouve ici les qualités d’interprétation de Lou Chrétien, pathétique Gertrude, et que l’on apprécie celles comiques de Charles‑Henri Wolf, dans le rôle de Claudius.

Une très belle idée scénographique

Lire Hamlet comme la tragédie de l’adolescence, c’est un vrai parti pris que Milena Csergo assume dans l’écriture. Pas d’actes en effet, mais deux parties dans la pièce : l’une nous révèle les enfances des personnages, l’autre, leurs retrouvailles outre‑tombe. C’est clair : il n’y a pas de place pour l’âge adulte. Peut‑être n’y en a‑t‑il d’ailleurs que pour l’enfance, finalement. Celle‑ci s’invite en effet dans un au‑delà aux allures de bac à sable, par le bais d’un cheval de Troie à bascule – qui constitue à cet égard une très belle idée scénographique. Ainsi, enfants, Hamlet et Ophélie ne font pas un couple crédible : l’un est terrorisé par la sexualité, l’autre habite un monde de rêves et de lettres embaumées. Leur union finale ne convainc donc pas tout à fait.

De manière plus générale, si on apprécie l’audace des partis pris, on reste parfois plus sceptique. Les parties chorégraphiées ne sont pas assez maîtrisées pour ne pas faire sourire parfois ; le jeu sur les changements de registre si shakespearien opère parfois superbement, mais n’interdit pas le ridicule. Par ailleurs, on se demande si des interprètes plus âgés n’auraient pas été plus crédibles pour certains rôles. Mais la tentation du rire cède vite place à l’admiration.

La compagnie de l’Éventuel‑Hérisson‑Bleu confirme donc son ambition. On sent une maturation des acteurs : Antoine Thiollier en particulier, déjà bon dans Où le temps s’arrête et sans chaussures, trouve en Hamlet un rôle à sa mesure. La compagnie a désormais des collaborateurs de talent. Ainsi, le travail sur la lumière de Luc Michel habille un plateau assez laid. Surtout, l’écriture de Milena Csergo, si poétique, exprime sa qualité dans un dialogue avec la musique interprétée et arrangée par Romain Louveau. Les moments de tissage de la trame musicale avec celle des mots sont réussis, en particulier aux enfers. Intéressant. 

Laura Plas


J’expire aux limbes d’amour inavoué, de Milena Csergo, d’après Hamlet de William Shakespeare

Compagnie de l’Éventuel‑Hérisson‑Bleu

06 86 13 01 53

Courriel de la compagnie : cie.herissonbleu@hotmail.fr

Site de la compagnie : www.cieeventuelherissonbleu.fr

Conception et réalisation : compagnie de l’Éventuel‑Hérisson‑Bleu

Mise en scène et scénographie : Milena Csergo

Avec : Marion Bordessoulles, Lou Chrétien, Hugo Mallon, Antoine Thiollier et Charles‑Henri Wolf

Interprétation musicale : Romain Louveau

Création lumière : Luc Michel

Création costumes : Alix Decieux Read

Arrangement et création musicale : Romain Louveau

Mains d’œuvres • 1, rue Charles‑Garnier• 93400 Saint‑Ouen

Réservations : 01 40 11 52 36, ou sur resa@mainsdoeuvres.org

Site du théâtre : www.mainsdoeuvres.org

Du 20 au 30 septembre 2012, jeudi, mercredi, samedi et le vendredi 28 septembre à 19 heures, dimanche à 17 heures, vendredi 21 et mardi 25 à 20 heures

Durée : 1 h 45

12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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