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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 15:11

Six (jeunes) comédiens

en quête d’auteurs


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Qu’est-ce qu’avoir vingt ans aujourd’hui ? À partir d’une matière documentaire, cinq écrivains reconnus se sont attelés au sujet. Le résultat laisserait sceptique si Cécile Backès et ses comédiens ne faisaient pas montre d’humour et d’imagination.

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« J’ai vingt ans, qu’est-ce qui m’attend ? » | © Thomas Faverjon

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne me dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Pendant des décennies on a ressorti cette célèbre phrase d’Aden Arabie, comme un trait d’esprit. Mais voilà, le paradoxe a pris un sale air de vérité. Car, qu’est‑ce qui attend un jeune à vingt ans si ce n’est des études interminables sans débouchés, le chômage ou les stages ? Point de lendemain, encore moins de lendemains qui chantent. La débrouillardise tient lieu d’idéal. La révolution au rencard, ne reste que l’humour.

Deux questions essentielles sont au centre des cinq textes consacrés à cette étrange génération : le logement et l’accès au monde du travail. Elles forment les lignes d’un roman d’apprentissage nouvelle manière. Or, ce roman, rédigé à cinq plumes, n’a pas de vrai cohérence. On passe du réalisme à l’absurdité loufoque, de la confession à la saynète. Admettons que cette vision éclatée soit propre à la jeunesse d’aujourd’hui, reste que certains textes ne passent pas bien la rampe. On a ainsi comme l’impression que leurs auteurs s’en sont tenus à la lettre des entretiens qu’ils ont entendus, sans en saisir l’esprit. Difficile exercice à quarante ans que d’écrire pour la scène ?

Une confession brute de décoffrage

Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas ici de critiquer les textes qui n’adoptent pas la forme dialoguée. Au contraire, le prologue d’Aurélie Filippetti n’est pas sans intérêt, et si un texte s’impose, c’est bien celui de Joy Sorman, J’ai vingt ans and whats’fucking hell, sorte de théâtre-récit où une jeune femme de 19 ans se raconte dans une confession brute de décoffrage. Là, on ne fait pas que reconnaître une situation, on se dit que quelque chose se passe sur scène. Mais si le texte s’impose, c’est aussi grâce à l’engagement, à la sincérité de Pauline Jambet qui l’incarne, et aux nombreuses trouvailles de Cécile Backès : jeu avec la bande‑son, travail d’illustration ironique en fond de scène.

Heureusement, en fait, que le texte ne fait pas tout. Les acteurs, tout d’abord, le portent et lui donnent une autre dimension. On découvre ou retrouve en effet une troupe de jeunes comédiens prometteurs : Nathan Gabily et Maxime Le Gall, déjà très bons dans Vaterland, et bien d’autres. Tous font preuve d’un punch et d’un humour salvateurs, comme Cécile Backès. De fait, cette dernière joue de nombreuses ressources (scénographie, bande‑son, vidéo et déplacement…) pour proposer une nouvelle partition à partir des textes.

Le travail est enfin mis en valeur par une scénographie pleine d’inventivité. Par exemple, une fontaine à eau et une série de téléphones suggèrent avec humour le monde de l’entreprise. Des cartons et des parois de la même matière font imaginer un habitat précaire. Un usage éloquent de la vidéo dans le prologue nous montre des visages et des figures comme enfermés dans des cases puis des cartons, projetés sur des surfaces de grisaille.

Un deuxième volet, consacré à l’engagement et à l’usage d’Internet se prépare. À suivre, donc , en espérant que les auteurs trouvent leur style. 

Laura Plas


J’ai vingt ans, qu’est-ce qui m’attend ?, de François Bégaudeau, Arnaud Cathrine, Aurélie Filippetti, Maylis de Kerangal, Joy Sorman

Éditions Théâtre Ouvert / Enjeux

Mise en œuvre : Cécile Backès et Maxime Le Gall

Avec : Nathan Gabily, Pauline Jambet, Maxime Le Gall, Juliette Peytavin, Issam Rachy Ahrad, Noémie Rosenblatt

Scénographie : Thibault Fack

Assistant à la mise en scène : Jérôme Maubert

Dramaturgie : Mariette Navarro

Création costumes : Camille Pénager

Création lumières : Pierre Peyronnet

Création son : David Rollat

Création vidéo : Frédérique Steiner-Sarrieux

Conseil technique vidéo : Juliette Galamez

Réalisation vidéo : Thomas Faverjon

Théâtre Ouvert • le jardin d’Hiver, 4 bis, cité Véron • 75018 Paris

Réservations : 01 42 55 55 50

Courriel du théâtre : accueil@theatreouvert.com

Du 21 novembre au 8 décembre 2012, le lundi et du mercredi au samedi à 20 heures, le mardi à 19 heures, le samedi en matinée à 16 heures, relâche les dimanches

Durée : 1 h 30

22 € | 16 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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