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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 22:39

Un ballet de centaures
en noir et blanc


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Que se passe-t-il quand des artistes de cirque suisses, travaillant surtout à l’étranger et séparément, décident de montrer leur travail à leurs compatriotes ? Ils créent « InStallation », un spectacle de copains qui devient une fête des yeux et du cœur pour les plus jeunes et leurs aînés.

Quand le spectateur entre sous le chapiteau, il découvre un superbe cheval blanc, au centre de la piste. On prétend qu’il n’existe pas de cheval blanc, mais seulement des chevaux à la robe grise plus ou moins claire, comme il n’existe pas de chevaux noirs, ils sont bai brun foncé. Mais les chevaux d’InStallation sont d’un blanc immaculé ou d’un noir d’ébène, alors… Donc, un cheval blanc, placide, occupe le centre de la piste tandis que quelqu’un ratisse la sciure d’où monte une bonne odeur de bois fraîchement coupé. On n’entend pas encore l’orchestre (batterie, clavier, guitare) qui se tient près de l’entrée des artistes, marquée par une magnifique charpente de bois brut, façon narthex d’église ou esquisse d’une nef future. L’ambiance est créée.

Le premier numéro, à la perche lisse, continue à l’installer. L’artiste semble monter sans effort. Il descend de même, au ralenti, ou semble se laisser tomber pour se rattraper au dernier instant. Le monde que nous avons sous les yeux semble avoir aboli la pesanteur pour n’être plus que légèreté et fantaisie. Voici qu’entrent successivement en piste quatre chevaux blancs, jumeaux du premier qu’on avait aperçu. Leur écuyer, Niklaus Muntwyler, à pied, leur fait accomplir, comme dans un ballet bien réglé, quelques figures de manège ou de haute école : pirouette, reculer, épaule en dedans, pas chassé, galop sur deux pistes, etc.

Et tout cela, il le fait à la voix, une voix douce et caressante, comme sa chambrière qui ne fait guère qu’effleurer les chevaux. Plus tard, il obtiendra le même résultat avec un poney noir, qu’il fera se cabrer à plusieurs reprises. C’est magique, comme le passage d’une écuyère dont l’assiette est si parfaite que, nouveau centaure, elle semble ne faire qu’un avec sa monture. Elle est accompagnée d’une discrète musique au mélodica et aux percussions. Puis vont se succéder un couple qui mêle des pas de danse (tango, entre autres) et de l’acrobatie sans qu’on discerne la transition, un nouveau passage d’un cheval blanc et un couple étourdissant de virtuosité au diabolo.

Ici, pas de roulements de tambour, pas de déchaînements de cuivres, tout se fait en délicatesse : la prouesse physique est là, mais on a la discrétion de ne pas la souligner. Chaque numéro, travaillé comme un tableau, vaut aussi par son esthétique, comme ces acrobaties à cordes multiples ou avec de longs voilages noirs, associés au travail d’un cheval, noir aussi. Ici, pas de faire-valoir mais des partenaires, et les transitions sont particulièrement soignées pour ne pas casser l’atmosphère.

La musique, elle-même, est complètement intégrée au travail des artistes. D’ailleurs, pour mieux le souligner, le clavier, enchâssé dans une caisse aux allures de piano à queue, finit par être installé au milieu de la piste. Il servira de support à un numéro de diabolo.

Andreas Muntwyler et Ulla Tikka, les funambules, terminent par un numéro entièrement pétri de grâce et d’audace, qui déchaîne des torrents d’applaudissements. Les spectateurs sortent dans une atmosphère recueillie, chacun gardant, au coin de l’œil et dans le sourire, une trace, fugitive hélas, d’un instant exceptionnel. 

Jean-François Picaut


InStallation, création collective de Roman Müller, Andreas Muntwyler, Niklaus Muntwyler, Lukas Staeger, Ulla Tikka, Petronella von Zerboni

Production : Kollektivgeselischaft InStallation (Suisse)

www.installation08.ch

Avec : Petronella von Zerboni et Roman Müller (Tr’espace), Ulla Tikka et Andreas Muntwyler (F-ART), Niklaus Muntwyler

Composition : Lukas Staeger

Interprétation musicale : Lukas Staeger, Martin Fässler, Daniel Fricker

Œil extérieur : Thomy Truttmann, Tom Ryser

Conception graphique : Philippe Deustch

Conception de l’entrée des artistes : Stefan Hegi

Régie générale : Jean-Louis Portail

Lumières : Thierry Azoulay

Écurie : Anna Van der Laan

Diffusion : Ute Classen

Photo : © Philippe Deutsch

Théâtre national de Bretagne, centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Billetterie : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Chapiteau du site Ropartz • 14, rue Guy-Ropartz à Rennes

Du 5 au 13 novembre 2009 (relâche le 9)

Durée : 1 h 30

17 € | 10 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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