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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 13:14

Voici le vert paradis
des « Innocentines » !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Poèmes, chansons, pièces de théâtre, il a écrit tout ça, Obaldia ! Lectures ou impromptus, il y en a pour tous les goûts au Ranelagh ! Pour tous les âges aussi. Pierre Jacquemont remet en effet en scène les « Innocentines ». Fantaisie et musique, couleurs acidulées et costumes rétro : c’est un charmant tableau, un spectacle musical parfaitement orchestré pour les grands enfants.

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« Innocentines », de René de Obaldia

La sortie au théâtre, la première : on aimerait que cela se passe bien, on a des images de scènes à l’italienne que l’on voudrait transmettre, peut-être ? Or, il se trouve que le Ranelagh est un théâtre comme dans les livres d’images, un théâtre à rêver. D’abord, la lumière rouge de son enseigne est comme un phare dans le seizième arrondissement assoupi. Ensuite, on doit plonger dans ses entrailles, prendre un bel escalier pour se retrouver devant la bouche noire de la salle de spectacle.

Et cette salle est magnifique : elle a des allures de malle avec ses caissons à emblème, de boîte à musique. Sièges de velours rouges, lambris et bois sculptés des corbeilles et galeries : c’est un vrai lieu de célébration. Mais qu’on se rassure, on y célèbre René de Obaldia en ce moment, le peu académique académicien. Donc, l’hommage est souriant. Et si la salle a des allures d’église, parions que le lieu sera propice aux délicates et légères transgressions.

Voilà pour le lieu, et après ? Après, il y a les Innocentines, malicieuses comptines d’un écrivain fantaisiste, d’un enfant que l’âge semble avoir déguisé en monsieur. Les Innocentines, c’est un verbe qui bat la campagne et fait des pieds de nez. Au bout d’une phrase, une surprise, une invention, comme un bulle de savon qui éclate. Dans le monde qui y est esquissé, il faut se mettre au lit – inflexible règle parentale –, mais la convention n’a, elle, pas encore posé sa chape. Saison des questions : « Pourquoi mon petit frère a un zizi et pas moi ? », « La mort, maman, c’est pour de rire ? ». On a des rêves fous, des nuits de conciliabules avec le petit frère, ou la petite sœur. On voudrait être grand pour aller au bois avec la cousine, et pouvoir l’embrasser. Le sexe se dit tout cru, tout nu : poèmes sans tabous, mots sans dessus ni dessous.

École, dodo, auto

En tant qu’adulte, parfois on se tourne d’ailleurs vers les enfants qui écoutent, ceux qui rient et ceux dont on devine le sourire. On se demande un instant s’ils sont choqués. Mais non, tout va bien : les Innocentines sont comme une claire fontaine où se mire l’innocence sans mièvrerie des enfants. Les adultes seuls retourneront la peau des mots pour y découvrir des sens cachées, des allusions. En revanche, il faut aimer un peu ces mots, pour jouer avec eux et vraiment apprécier le spectacle. Encore fallait-il parvenir à faire de ces mots un spectacle. Tout le talent de Pierre Jacquemont est d’avoir trouvé une forme, celle du spectacle musical et une unité de temps : la journée d’un enfant. Nous en suivons ainsi quatre : deux filles et deux garçons, à l’école d’abord, puis au dodo et enfin dans un auto incroyable pour leur départ en week-end.

Par ailleurs, la scénographie exprime ce que disent les mots par des petits tableaux. On découvre le beau bleu d’une surface translucide en fond de scène, bleu nuit sur lequel se détachent nettes d’autres teintes : rose, orange, vert. On savoure toutes ces couleurs que l’on n’ose plus que dans les chambres d’enfants, justement. Sur scène, pas grand-chose : quatre grandes chaises sur lesquelles les comédiens adultes sont obligés de se jucher, comme des enfants. Mais ces quatre chaises se métamorphosent : il suffit qu’un édredon blanc se pose sur elles pour qu’elles deviennent lits, qu’on les dispose autrement pour qu’elles deviennent un carrousel ou l’auto de papa. C’est parti pour un week-end doux-dingue en famille !

Un autre temps

Or, ce décor nous plonge dans un autre temps : il a un côté rétro. Et l’on retrouve le même parti pris dans les costumes : pull marin, robe triangle, socquettes et souliers vernis. On serait ainsi tenté de penser que cette enfance qu’on nous montre est une enfance fantasmée, de littérature. C’est peut-être un peu celle d’Obaldia, ou celle des joyeux quinquagénaires qui s’amusent et nous amusent sur scène. Ceux-ci jouent aux enfants. Ils jouent à jouer. Ils mettent les poings sur les hanches, ils partent bouder, ou font mine de se bagarrer, par exemple.

C’est « pour de rire », mais très sérieusement, comme chez les enfants. Pas de chansonnettes bâclées, de mauvaises voix de fausset : on ne peut jouer à faire sa Castafiore que lorsqu’on sait vraiment chanter. Chœur, canon, solo ou duo : quel brio ! Et quelle adéquation au texte aussi. Se succèdent de fait des airs mélodieux, et des musiques sautillantes : la musique va, elle aussi, à sauts et à gambades. Un spectacle donc délicieusement insolent, un plaisir pour les grands auxquels l’enfance fait des clins d’œil, pour les enfants aussi, mais déjà un peu grands (à partir de huit ans). 

Laura Plas


Innocentines, de René de Obladia

Édité chez Grasset

Adaptation et mise en scène : Pierre Jacquemont

Avec : Manon Landowski, Isabelle Ferron, Pierre Jacquemont, Laurent Conoir

Piano : Véronique Briel, en alternance avec Thierry Boulanger

Accordéon  : Stéphane Puc

Musiques : Gérard Calvi

Théâtre du Ranelagh • 5, rue des Vignes • 75016 Paris

Site du théâtre : www.theatre-ranelagh.com

Réservations : 01 42 88 64 44

Du 5 octobre au 19 novembre 2011, les 27, 28, 30 octobre 2011 et 2, 9, 6, 13, 16 novembre 2011 à 15 heures, le 29 octobre 2011, le 12 et le 19 novembre 2011 à 16 heures

Durée : 1 heure

15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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