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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 14:45

Jeunes talents et danses mosaïques


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Exigeant, varié, parfois introspectif mais souvent spectaculaire, le programme d’Incidence chorégraphique séduit tout en mettant à l’honneur de jeunes pousses de l’Opéra de Paris.

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« Incidence chorégraphique » | © Patrick Herrera

Chaque année à l’automne, les danseurs d’Incidence chorégraphique investissent le Théâtre de Fontainebleau. Récurrent et réjouissant : on sait qu’on va se régaler d’un patchwork de chorégraphies classiques et contemporaines, dont certaines du directeur artistique Bruno Bouché, sujet de l’Opéra de Paris. Il y en a pour tous les goûts, et c’est ce qui constitue sans doute l’une des clés du succès de l’entreprise : cette fois encore, le théâtre était presque plein. L’idée est de permettre à des danseurs du corps de ballet de l’Opéra de s’exprimer dans un répertoire autre que celui de la maison mère, et de sortir ainsi des sentiers battus.

On apprécie donc vraiment la démarche de recherche et d’exploration exigeante qui anime tous ces danseurs. Cette année, d’ailleurs, les interprètes ont pris un coup de jeune et sont pour beaucoup moins expérimentés que leurs prédécesseurs de 2011. Peut‑être est‑ce cela qui explique le début moyennement convaincant de Germain Louvet, lancé en solo pour les premières minutes du spectacle dans un extrait du Lac des cygnes ? L’arrivée de sa partenaire Marion Barbeau relance en tout cas ce numéro classique. Et l’on est tout content de voir mais aussi d’entendre la danse : le bruit sec des pointes contre le sol ; l’essoufflement du danseur qui soulève sa poitrine haletante. Bref, le spectacle vivant dans toute sa splendeur.

Intense et convaincant

Changement radical d’univers pour la deuxième pièce, inspirée d’un tableau de Francis Bacon, Study from the Human Body. On y retrouve Erwan Leroux, seul survivant de l’Incidence de 2011, dans un duo avec Mathieu Botto, qui, physiquement, est tout son opposé, avec sa grande silhouette à la crinière blonde. La musique démarre, s’arrête, reprend, comme les danseurs qui esquissent des mouvements restant inachevés… Cette histoire tortueuse d’un type et son double se révèle intense et convaincante.

Nouveau changement de cap avec cette fois une chorégraphie pleine de fraîcheur de José Martinez, Mi favorita, sur une musique alerte de Gaetano Donizetti : dans de pétillants costumes couleur lie‑de‑vin dessinées par la danseuse étoile Agnès Letestu, trois filles et trois garçons jouent la comédie de l’amour. C’est un peu une parabole tendre et drôle sur la danse comme séduction, et une belle occasion pour les danseurs d’exprimer un talent d’acteur, avec mention spéciale à Marion Barbeau et Camille de Bellefond, qui minaudent joliment.

Deux pièces terminent le programme et complètent sa tonalité contemporaine. En guise de fin, un trio sur la musique d’Astor Piazzolla, mais, avant, une épatante chorégraphie intitulée Fugitif. Un vrai morceau de bravoure à elle toute seule, avec sa recherche étudiée sur les lumières et la bande-son : le fond de scène est zébré de faisceaux de lumière et de motifs géométriques qui créent un climat mystérieux. Il y a aussi la musique électronique obsédante de Swood… L’esprit et les sens sont happés par cette combinaison réussie des mouvements, des lumières et des sons. Les danseurs semblent, eux, trouver dans cette chorégraphie un espace d’expression privilégié. Germain Louvet est transfiguré, à l’unisson de ses deux acolytes Jeremy Loup Quer et Florent Melac ; quant à Sae Eun‑park, son talent explose dans cette pièce où elle fait montre de tout son talent d’interprétation et d’une souplesse démoniaque… On aimerait bien revoir à l’avenir cette danseuse dans des rôles à sa mesure. 

Céline Doukhan


Incidence chorégraphique, sous la direction artistique de Bruno Bouché

Répétitions et collaboration artistique : Aurélien Houette

Chorégraphies de Rudolf Nureev, Bruno Bouché, José Martinez, Sébastien Bertaud

Avec : Marion Barbeau, Camille de Bellefond, Sae Eun‑park, Mathieu Botto, Erwan Leroux, Germain Louvet, Jeremy Loup Quer, Florent Melac

Musiques de Piotr Ilytch Tchaïkovski, Antonio Vivaldi, Gaetano Donizetti, Swood, Astor Piazzolla, Michelangelo 70

Régisseur lumière : Tom Klefstadt

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91

Le 12 octobre 2012 à 20 h 30

Autres dates d’octobre 2012 à juin 2013 sur http://6-primeagency.com

Durée : 1 h 30 avec entracte

De 12 € à 33 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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