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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 13:38

Basse-cour et grand cirque


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


1999 : Archaos crée « In vitro ». La pièce de cirque s’inscrit alors dans le tumulte qu’a engendré trois ans plus tôt la naissance de Dolly, premier mammifère issu du clonage. 2009 : Guy Carrara, cofondateur de la compagnie, recrée la pièce. Avec Raquel Rache de Andrade, il nous propose « In vitro 09 ». Le nouveau dispositif scénographique et la jeune distribution suffiraient sans doute à démontrer qu’il s’agit là d’une création à part entière. On ajoutera que le temps écoulé a permis de décontextualiser le spectacle et de déjouer ainsi les pièges d’une interprétation univoque.

in-vitro-luis-sartori-do-valeL’histoire est la suivante : un savant manipule le vivant pour dominer le mystère de la reproduction. Apprenti sorcier, il se retrouve à la fois victime des créatures qu’il a exploitées et délaissé par la femme qu’il avait créée puis manipulée comme une marionnette. Quel bonheur de suivre une vraie fable avec des péripéties et un dénouement ! Si le nouveau cirque tend à abolir la succession des numéros pour instaurer une continuité, rarement cette recherche aura été aussi aboutie. On ne sait où donner du regard pour suivre toutes les minuscules tragédies qui se tissent dans l’arène et qui préparent les minutes suivantes. L’espace se modifie ainsi à vue, mais sans qu’on le perçoive : pas de rupture dans le rythme, pas de solution de continuité.

In vitro 09 est bien une pièce de cirque. D’ailleurs, on ne peut qu’être sensible à la qualité du jeu des interprètes. Sur leurs visages passent la peur, la colère, le désarroi ou le désir. Même lorsque les projecteurs éclairent l’un des neufs acteurs, les autres continuent à jouer impeccablement leur rôle. En outre, la structure dramatique oppose une situation initiale à un dénouement qui surprend par son courageux parti pris théâtral.

Échapper au manichéisme

On dira que la fin est attendue. Peut-être, mais ne trouve-t-on pas justement un plaisir à voir ses attentes comblées ? On rétorquera que la fable semble parfois convenue. Rien n’est moins sûr. La mise en scène permet aux personnages d’échapper au manichéisme. Le personnage du savant est particulièrement ambigu. Étrange Frankenstein en combinaison de centrale nucléaire, c’est un savant mais mâtiné de Pygmalion, un despote mais aussi un amoureux. Ainsi, on peut y voir une allégorie de la tentation narcissique qu’a l’homme de devenir le maître et possesseur de la nature. Ce n’est alors plus seulement la question des manipulations génétiques qui semble posée, mais celle des rapports de domination que l’homme instaure avec les autres vivants y compris sa compagne.

Par ailleurs, nombre de ces archétypes présentés par la fable interrogent l’histoire même du cirque. Ainsi, la lutte des hommes pour la femme donne lieu à des démonstrations de force et permet de poser la question de l’obligation de la prouesse sur la piste. Le personnage de la femme retrouve peu à peu jupette et paillettes, mais échappe au topos des rôles féminins (poésie et grâce). Les animaux présents sur scène rappellent, quant à eux, toute une tradition du cirque, mais la mise en scène, qui en fait des doubles des figures humaines, consomme la rupture avec cette tradition.

Enfin, si l’on fait fi de l’interprétation, il reste le plaisir mêlé d’effroi que l’on éprouve face à la prouesse. Les interprètes d’In vitro 09 sont des virtuoses de la piste. La fable est le prétexte à l’élaboration de numéros originaux : ballet sur la corde de la belle endormie, jonglage avec des œufs, acrobaties pour volatiles ou moutons de laboratoire, prouesses en rollers… L’on pense aux cris frénétiques des enfants présents sous le chapiteau. Troublés, comme le savant de la fable, par la sensualité des corps à corps, ils ont peut-être perçu la force belle et animale du spectacle. Et quand, à la fin de la représentation, ils ont crié « Encore, encore », on aurait été tenté de les imiter. 

Laura Plas


In vitro 09, d’Archaos et de l’école de cirque de Rio ENC/FUNARTE

In vitro ou la Légende des clones, éditions L’Entretemps

Compagnie Archaos • 7, rue Gustave-Ricard • 13006 Marseille

Tél. 04 91 55 61 64 | télécopie 04 91 55 56 84

Site : www.archaos.fr

Courriel : info@archaos.fr

Mise en scène : Guy Carrara et Raquel Rache de Andrade

Direction d’acteurs : Boris Vecchio

Artistes : Luis Sartori Do Vale, Camille Fransisci, Luciane Vivas Costa, Jonathan Young, Adelly Costantini, Bruno Carneiro Batista, Oto Camara Fode, Florian Meheu, Thomas Dechaufour

Création lumières : Pascale Bongiovanni, Rose Line Moisy

Régie lumières : Rose Line Moisy

Régisseur général : Hervé Bigey

Technicien plateau : Sylvain Peugniez

Création musicale : Arnaud Bertrand

Régie son : Arnaud Bertrand

Création costume : Élise Magne

Espace chapiteaux du parc de la Villette • 75019 Paris

Métro : Porte-de-la-Villette

Site : www.villette.com

Réservations : 01 40 03 75 75

Du 24 novembre au 26 décembre 2010 (mercredi, vendredi et samedi à 20 h 30 (sauf samedi 25 décembre à 16 heures), jeudi à 19 h 30, dimanche à 16 heures)

Durée : 1 heure

20 € | 15 € | 12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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