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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 16:44

Max Chabrol
et Alexandre Sauvaire :
sons sensibles insolites


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Dans les locaux du 16-18 rue de l’Agau, à Nîmes, la C.O.M.M.U.N.E. (Coopérative des musiques multiples et éphémères) a donné jeudi 12 novembre 2009 son premier concert d’improvisation. Max Chabrol, jeune percussionniste inventif, et Alexandre Sauvaire, violoniste, ont produit, dans l’éphémère d’une rencontre sans préparation, une heure de voyage dans les contrées, soudain proches, de l’imaginaire.

Dans un cadre sobre, aménagé pour une soirée intimiste – ensemble aux chaises dépareillées et coussins posés sur un tapis au sol –, hormis quelques initiés, se trouvaient dans le public des néophytes en quête de découvertes sonores et sensibles. Ils ont été comblés par ce moment sous le signe de l’éphémère. En effet, les musiciens, dans le désir de laisser reine l’improvisation, ne se sont rencontrés musicalement que dans l’instant présent. L’écoute, accompagnée souvent sur le visage des protagonistes par un sourire marquant une soudaine et pleine complicité, a engendré des jeux tantôt lyriques, tantôt rythmiques et, parfois même, comiques. Le public, d’emblée, a été rendu captif par la nouveauté des sons produits dans un usage inhabituel et non conventionnel des instruments.

Les musiciens, dans la riche naïveté de leur recherche expérimentale, ont élargi pour le spectateur la perception quelque peu restrictive que celui-ci pouvait avoir ou des percussions ou du violon. Acceptant d’utiliser, dans leur démarche créative, leur instrument comme un objet, chacun en a fait, au-delà de la partie mélodique habituelle, l’organe qui produit le surgissement d’un son dont la provenance étonne.

« Improvisations », avec Max Chabrol

Il en est ainsi, par exemple, du percussionniste à l’imagination véloce. Tantôt il frotte son archet sur une cymbale ou fait glisser cette dernière sur la peau tendue d’une caisse claire, produisant dans un temps allongé un fonds sonore envoûtant ; tantôt il se sert, dans une petite valise aux merveilles, de bols tibétains, il les frappe et, les approchant de sa bouche, il émet quelques souffles qui engendrent des sonorités captivantes. Le voilà encore qui promène une chaîne, telles des gouttelettes de métal, sur une peau tendue, d’où émerge une sonorité gracile. Jouant de ses baguettes, à la manière d’un butoir et d’un tampon, il laisse prévoir au spectateur l’évidente perspective d’un son fort. Il déjoue alors cette attente, l’amortit en ondes sonores, dont l’extinction se donne autant à entendre qu’à voir : baguette plantée en plein cœur de la peau, mais maintenue juste en deçà de la rupture pour permettre au son une douce échappée.

Le violoniste, lui aussi, se plaît à montrer ce qui peut être obtenu de son objet tout de bois et de cordes. Il en joue comme d’un partenaire sur scène et, quelquefois, par mimétisme, le violon accompagne le geste. De son instrument, Alexandre Sauvaire tire des notes feutrées qui soulignent autant la circularité des phrasés que l’amplitude du silence dans la salle. Le spectateur est toutes oreilles tendues, sensibilisé à l’éclosion et à la disparition du son. À ces instants presque susurrés s’opposent les moments où domine la tension, ainsi que les passages où les cordes sont presque décollées du manche dans un mouvement brusque et sec, ou encore les épisodes d’envolées puissantes à l’image des sonorités du Kronos Quartet. Ces Improvisations se teintent aussi de réminiscences orientales. Le violoniste a trouvé, de fait, dans le partage d’une rencontre musicale momentanée et improvisée, un partenaire de choix. Un idéal les relie : dans la pleine possession du temps présent, ouvrir à l’imaginaire de l’ailleurs. Le premier concert de la C.O.M.M.U.N.E., à l’initiative de Nicolas Stimbre et William Gosselin – musicien et plasticien – laisse espérer d’autres concerts propices à l’étonnement. 

Fatima Miloudi


Improvisations

Association Du vent dans l’horloge

Contact : William Gosselin | http://duventdanslhorloge.over-blog.com/

Percussionniste : Max Chabrol

Violoniste : Alexandre Sauvaire

Le 16-18 • rue de l’Agau • 30000 Nîmes

Le 12 novembre 2009 à 20 h 30

Durée : 1 heure

Entrée libre

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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