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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Chaliwaté, éclosion de talent
C’est un délice de spectacle : parfait pour les plus jeunes, « Îlo » fera aussi craquer les grands avec son humour visuel et universel.
« Îlo» | © Gilles Destexhe
C’est super de voir de temps en temps un spectacle simple, intelligent, malin comme tout, qui en plus ne paye pas de mine (théâtre visuel sans paroles, avec deux comédiens, pendant quarante‑cinq petites minutes !). L’argument tourne autour de l’eau. Un type assoiffé dans le désert vient à la rescousse d’une plante qui refuse de sortir de son pot. Tous deux continuent leur petite odyssée en s’entraidant et parfois aussi en se disputant…
Il n’y a pas un seul mot échangé. Tout se passe sur le plan visuel – avec parfois de judicieuses musiques. Ce parti pris suscite des scènes d’une cocasserie indescriptible : personnages à tête d’arrosoir, pot de fleur se déplaçant sur deux jambes… On est en peine de mots pour bien rendre compte de ces images burlesques.
Une apparente facilité
Mais le spectacle n’est pas une simple succession de tableaux poétiques épurés. Au contraire, il est même très physique. Avec une apparente facilité, Sicaire Durieux et Sandrine Heyraud utilisent leur corps en brouillant les frontières entre la danse, le mime et les acrobaties. Ils créent un langage original qui fait mouche. Avec des motifs très simples, mais qui paraissent tout neufs.
Spectateur, on est tout surpris et amusé, comme si l’on redevenait un grand enfant. Ainsi, une séquence très réussie met aux prises les deux personnages, devenus plantes, avec une difficulté considérable : se tenir debout tout seuls. Pour parvenir jusqu’à une pauvre bouteille aux trois quarts vide laissée là par un passant, ils doivent s’épauler, se tenir, s’appuyer l’un sur l’autre, et ces tentatives sont passionnantes et très drôles à regarder. Mais, enfin récompensés de leurs efforts, les voilà qui se disputent comme des chiffonniers pour s’approprier la fameuse bouteille. Et c’est parti pour un combat de titans ! Ils s’empoignent et se sautent dessus, dans une suite de mouvements à la fois très fluides et spectaculaires.
Ainsi, sous des dehors débonnaires, le spectacle est quand même très soigneusement écrit et ne cède jamais à la facilité. Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux, qui ont fondé leur compagnie Chaliwaté en 2005, sont des artistes complets, et l’on comprend aisément pourquoi leur travail a déjà été récompensé par de nombreux prix, surtout en Belgique où est basée la compagnie. Visiblement conquis, le public des Doms applaudit très chaleureusement les deux artistes. Espérons qu’ils continueront de rencontrer le large public qu’ils méritent et gardons un œil sur ce très sympathique duo. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Îlo, de Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux
Compagnie Chaliwaté
Mise en scène et interprétation : Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux
Regard extérieur : Alan Osbourne
Décor et costumes : Thibaut De Coster et Charly Kleinermann
Son : Loïc Villiot
Lumières et régie : Jérôme Dejean
Vidéo : Pascal Giraud
Graphisme : Atelier Design
Théâtre des Doms • 1 bis, rue des Escaliers‑Sainte‑Anne • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 14 07 99
Du 8 au 28 juillet 2012 à 14 h 15, relâche le 16 juillet 2012
Durée : 45 minutes
16 € | 11 € | 8 € | 6 €
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