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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 17:39

Où est le rockn’ roll ?


Par Estelle Pignet

Les Trois Coups.com


Bonlieu scène nationale d’Annecy accompagne la création de Fani Carenco « Il suffit d’un train pour pleurer ». La jeune femme auteur et interprète incarne ces trentenaires qui peinent à sortir de l’adolescence pour entrer dans une vie étriquée, trop éloignée de celle dont ils ont rêvé.

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« Il suffit d’un train pour pleurer » | © D.R.

Seule sur scène, Fani Carenco nous raconte ses déboires sentimentaux comme elle les raconterait à une personne rencontrée dans un bar à une heure tardive. Il est d’ailleurs beaucoup question de bars dans ses histoires, d’alcool, de lendemains de soirées trop arrosées. Son personnage (elle-même ?) ne conçoit pas de mener une vie rangée, elle rêve d’absolu, et son idéal passe par la boisson. Mais, étrangement, les histoires d’amour nées dans les vapeurs d’alcool ne se révèlent jamais belles. Aussi, son héroïne enchaîne-t-elle les relations perdues d’avance avec de faux poètes mais vrais drogués, pervers et infidèles.

Vivre après vingt-sept ans

Son imaginaire amoureux sort tout droit des films romantiques et des séries télé. Quant à son idéal de vie, c’est celui de ses idoles du rock n’ roll : Curt Cobain, Jim Morrison, Elvis… Ses propres mésaventures sont alors ponctuées par le récit des morts tragiques de ces icônes qui ont brûlé la vie par les deux bouts. En comparaison, comment vivre quand on a déjà dépassé l’âge fatidique de vingt-sept ans et qu’il ne nous reste comme horizon qu’une petite vie banale ?

On ne sait pas très bien à quelle distance de son personnage se situe l’auteur. Par moments, elle semble consciente des clichés qu’elle décrit et nous en montre le côté pathétique. Mais ce recul n’est pas toujours présent : elle semble, par exemple, sincèrement croire que les autres gens s’ennuient forcément dans leur vie, et que l’on n’existe qu’au travers de psychodrames, quitte à les provoquer soi-même. L’ambiguïté du regard que porte le personnage sur sa propre vie limite notre capacité d’empathie et brouille la lisibilité du propos. Au final, on ne sait pas si c’est un regard tendre porté sur des années passées, après avoir franchi un cap, ou si cette posture est plus symptomatique d’une génération qui s’attarde et se complaît dans l’adolescence.

Variations de jeu

Si le texte est un peu léger pour soutenir une heure de jeu, la comédienne peut s’appuyer sur de nombreux éléments scéniques apportés par la mise en scène de Marion Guerrero. Le plateau est encombré d’accessoires et divisé en plusieurs espaces. Les variations de jeu et de rapport au public s’en trouvent intelligemment multipliées : la comédienne passe d’une grande proximité et d’une adresse directe à une présence en fond de scène par l’intermédiaire d’une caméra et d’un écran, qui nous donnent l’impression de pénétrer dans ses pensées. À cela s’ajoutent de nombreuses sources de lumières, de sons et d’images. La vidéo est habilement utilisée : des images de la comédienne seule à des tables de bistrot viennent, par exemple, contredire ses récits de folle vie de fêtarde. Par contre, la musique, tellement présente dans le texte, est rendue paradoxalement anecdotique par la diffusion d’extraits trop courts. On ne fait qu’effleurer le rock, qui manque sur scène comme il manque finalement dans la vie du personnage, alors que l’on prendrait un vrai plaisir à le partager avec elle.

De la même manière, Fani Carenco se révèle comme comédienne quand elle assume ses excès. Elle devient touchante dès qu’elle rit, s’amuse, crie son besoin d’amour et ses difficultés dans les relations humaines. Le spectacle prend alors une autre dimension dans sa seconde moitié, avec la scène de la baignoire, pleine d’autodérision, et beau numéro d’actrice. Elle semble également trouver une présence et une justesse quand, après plusieurs errements vestimentaires, elle enfile une tenue rouge qui la rend belle, comme si grandir, en fin de compte, lui allait bien. 

Estelle Pignet


Il suffit d’un train pour pleurer, de Fani Carenco

Cie Théâtre Petit comme un caillou • 45, rue de la République • 34920 Le Crès

Site : http://tpc1c.tumblr.com

Courriel : petitcommeuncaillou@gmail.com

Mise en scène : Marion Guerrero

Avec : Fani Carenco

Lumières : Rémi Lamotte

Son : Luc Guillot

Vidéo : Mélisande Boissière et Thibault Lamy

Salle Paul-Thisse • 12, avenue Lucien Boschetti • 74000 Annecy

Réservations : 04 50 33 44 11

Site du théâtre : www.bonlieu-annecy.com

Du 30 janvier au 2 février 2013, du mercredi au samedi à 20 h 30, le jeudi à 19 heures

Durée : 1 h 10

25 € | 12 € | 8 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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